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Full text of "Essai sur la statistique morale de la France"

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PRÉCÉDÉ D'UN RAPPORT A l'àCADEMIE DE» SCIENCES, 



PAR MM. LACROIX , SI LVESTRE ET GIRARD ; 

PAR A. M. GUERRY, 

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AVOCAT A LA COUR HOTALK. 









Homo , nature ministcr t\ interprei, de naiur.r ordine 
taulùm scit et poU»t quantum observai^ i; , nro. 
ampliùs crit aut point. 

1 '«eux , Aoi>. Organ. tii. /, Jph. t. 

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A PARIS, 



CHEZ CROCHARD, LIBRAIRE, 

RUE ET PLACE DE L'ÉCOLE-DE-MÉDECINE. 

LONDRES. 

HALIMBOURG, 32 SOUTHA-.IPTO.X STK. STRAHD, FORF.IG7I BOOKSF.M.F.R. 




M DCCC XXXIII. 















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ESSAI 






SUR LA 



STATISTIQUE MORALE 



LA FRANCE. 



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IMPRIMÉ CHEZ PAUL RENOUARD , 

RUE GARKKCIERF. , N" 5. 



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*N0C,v E N7OTH EN .y.p. L ., NHI3ME/|0ny 










ESSAI 



SUR LA 



STATISTIQUE MORALE 



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LA FRANCE, 



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PRECEDE D UN RAPPORT A L ACADEMIE DES SCIENCES, 
PAR MM. LACROIX, SJLVESTRE ET GIRARD ; 



PAR A. M. GUERRY, 

AVOCAT A I.A COl'B nOÏALK. 



Homo, Dalunc minuter cl iulerprn «le ustiim; online 
tautiim scit cl jinicsi quantum olisenaveril , nec 
amplit'is scit aul potesl. 

li.scoi», .Vue. Organ. I.ib. I, ÀpU. i. 



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A PARIS, 



CHEZ CROCHARD, LIBRAIRE, 

RUE ET PLACE DE L'ÉCOLE-DE-MÉDECIXE. 



M DCCC XXXIII. 






TKE NEW YORK 

5J3357 A 

AETOE, LCNCXAUO 

TIUJENFOUNUA-aOMi 
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INSTITUT DE FRANCE. 



RAPPORT 

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A L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES , 



PAR 



MM. LACROIX, SILVESTRE ET GIRARD, RAPPORTEUR. 



Nous avons été chargés MM. Lackoix, SavMTaa et moi, de rendre compte à l'académie d'un mémoire manuscrit 
que M. Guerrjr, avocat, lui a présenté le a juillet ,83a, et qui porte pour titre : Essai sur la statistique morale 
de la France. 

Tarmi les différens objet» qui sont du ressort de la .tatistique, un des plus importa.» et des plus difficiles à 
traiter, consiste dans l'énumération et le classement des actions humaine, qui peuvent exercer une influence quel- 
conque sur l'état de l'individu isolé, ou sur l'état de «a société dont il fait partie. Mais le, actes qu'il s'agit d'énu- 
mérer et de classer Rendent dan. un champ si vaste, se présentent sou, un si grand nombre d'aspect,, et pro- 
viennent de tant de causes diverses, que l'étude de cette branche de la statistique ne peut conduire à des résultats 
utiles qu'autant qu'il, ont été déduits de longues séries d'observations. 

On conçoit que ces observation, ne doivent pa, seulement être nombreuses; il faut encore les répéter dans des 
«.constance, variables de temp» et de lieu, et .urtout dan. un ordre et par des méthode, qui le. rendent compa- 
rable.. Ainsi, lorsque des administrations publiques soumises à un régime uniforme sont obligées d'inscrire sur des 
registres spéciaux les circonstances essentielles et successives de la vie sociale de leurs administrés, ou lorsque des 
fonctionnaire, d'un certain ordre «ont chargé, de faire connaître à de. époque, fixe, la série de tous les faits qu'il 
entre dans leurs attribution, de constater, on peut, avec confiance, comparer ces faits entre eux; le caractère de 
certitude que leur imprime la notoriété publique les rend en effet éminemment propres à servir de base aux recher- 
ches dont, i proprement parler, la Statistique morale se compose. 









tj RAPPORT A L'ACADEMIE DES SCIENCES. 

Les registres de l'état civil, tels qu'ils sont tenus en Fiance depuis quarante ans (i), et les dénombreraens qu'on y 
fait périodiquement de ses habitans donnent les moyens d'établir le rapport de sa population au nombre des nais- 
sances, des mariages et des décès, et comme nous avons devancé la plupart des autres nations par la régularité et 
les soins apportés à la conservation de ces documens, il est tout simple que les étrangers viennent les consulter 
chez nous, pour y trouver les élémens d'une science nouvelle dont on reconnaît de plus en plus l'importance. 

Ce que nous disons ici des actes de l'état civil s'applique sans restriction aux comptes qui ont été rendus annuelle • 
ment de l'administration de la justice criminelle, depuis i8»5 jusqu'en i83i. 

Les actions humaines étant toujours innocentes ou coupables par rapport à la société , la recherche des lois numé- 
riques , suivant lesquelles les unes et les autres se répartissent dans un pays quelconque , est l'objet essentiel de la 
Statistique morale. C'est aussi par cette recherche que M. Guerry entre en matière dans le mémoire qu'il a soumis 
au jugement de l'académie. 

Le nombre des accusés lui ayant paru représenter plus exactement que celui des condamnés le nombre des crimes 
commis, attendu qu'il ne reste aucun doute sur la réalité de ces crimes, même après l'acquittement de la plupart 
des prévenus, il a cru devoir prendre le nombre de ceux-ci pour base fondamentale de ses calculs. 

Les tableaux de statistique criminelle, dressés au ministère de la justice, conduisent à des résultats généraux qui se 
représentent chaque année dans les différentes parties de la France avec une constance et une régularité qu'il n'est 
pas permis d'attribuer au hasard. 

Afin de rendre plus sensibles et plus concluantes les preuves de cette vérité , l'auteur a divisé la France en cinq 
régions composées chacune de dix-sept départeinens limitrophes : celles du nord, du sud, de l'est, de l'ouest et 
du centre. Adoptant ensuite les deux grandes classifications de crimes commis contre les personnes ; et de crimes 
commis contre les propriétés, il fait le relevé des uns et des autres, depuis i8a5 jusqu'en i83o inclusivement, 
et il trouve : 

i° Que durant cette période de six ans, la plus grande variation qu'ait éprouvé le nombre des crimes commis 
chaque année contre les personnes, dans chaque région, n'a pas dépassé le o,a5 de leur nombre; 

»° Que le maximum de cette variation s'est réduit au 5o" pour les crimes commis contre les propriétés. 

Conclusions remarquables que n'altèrent d'ailleurs, ni le sexe des accusés, ni leur âge, ni les saisons pendant 
lesquelles les crimes ont été commis. 

Il serait utile, sans doute, pour généraliser ces conclusions, d'établir un parallèle entre les divers états qui pos- 
sèdent des relevés de statistique judiciaire. Malheureusement la différence des législations qui les régissent s'oppose 
à ce que ces relevés soient comparables entre eux, et rend, quant à présent, presque insurmontable la difficulté 
d'apprécier la moralité des nations par le nombre des condamnations que prononcent leurs tribunaux. 

Nous en sommes donc réduits à nous renfermer dans les limites de la France, et a nous en tenir aux faits qu'on 
y observe. 

L'auteur classe par ordre de fréquence, dans un premier tableau, les crimes que l'on y commet chaque année. 
Le nombre des crimes contre les personnes s'élève à 1900, et le nombre des crimes contre les propriétés à 5,3oo 

(1) La tenue des registres de l'état civil a été transportée des curés aux maires , par la loi du ao septembre 179a (Tit. I", art. s"; 
Tit. VI, art. 1" et a.) 

Les tables annuelles et décennales ont été prescrites par la même loi ( Tit. II , art. 1 5 ) , et cette description a été renouvelée par le 
décret du ao juillet 1807 , qui détermine le mode d'exécution. 

Un arrêté du 3 5 vendémiaire an tx avait prescrit la formation de ces tables suivant l'ère républicaine : le décret de 1807 , l'a bit ac- 
corder avec le calendrier grégorien. 



• RAPPORT A L'ACADEMIE DES SCIENCES. *ij 

cnTiron. Les diverses espèces de vol forment la plus grande partie de ces derniers. M Guerry fait rémunération 
de tous les autres ; mais ce sont des détails dans lesquels le temps qui nous est accordé ne nous permet pas 
«l'entrer. 

Les deux tableaux suivans font connaître dans quelle proportion le nombre des crimes se partage entre les 
accusés des deux sexes. On y Toit que sur 100 crimes contre les personnes, 86 sont commis par des hommes , et 
14 par des femmes. Sur un pareil nombre d'attentats contre les propriétés, les hommes en commettent 79 et les 
femmes ai. 

Est-on pour cela fondé à conclure que les penchans criminels ont beaucoup moins d'énergie chez les femmes 
que chez les hommes? L'auteur ne le pense pas. Il croit que, par suite du genre d'instruction qu'elles reçoivent, 
et de la faiblesse de leur constitution physique, les femmes te trouvent très rarement en position de commettre cer- 
tains crimes. Par exemple, elles ne sont presque jamais accusées de faux en écriture, de soustraction et de suppres- 
sion de titres, etc., parce qu'en général elles sont peu versées dans la connaissance des transactions civiles. De 
même aussi les voit-on rarement figurer dans les affaires de vol à main armée, de rébellion à force ouverte, 
de coups et blessures et autres voies de fait qui exigent de la force et de l'audace , parce que la crainte de s'exposer 
à un danger présent les retient; mais à mesure que le danger s'éloigne, et que la nature du crime semble le rendre 
plus difficile à découvrir, elles deviennent plus entreprenantes : voilà probablement pourquoi, sur 14 empoisonne- 
mens, on en trouve douze commis par des femmes et deux seulement commis par des hommes. Il en est de même 
des vols domestiques. Ils forment les a/5 de la totalité des vols qui sont commis par les femmes, tandis qu'ils 
ne comptent que pour i;5 parmi ceux que les hommes commettent. 

Un quatrième tableau offre la distribution des crimes aux différens âges de la vie, à partir de la puberté jus- 
qu'au dessus de soixante-dix ans. 

La discussion de ce tableau mène à des conclusions importantes que M. Guerry a rendues sensibles, en représen- 
tant graphiquement le nombre des crimes commis à différens âges pendant des périodes constantes de dix ans. La 
simple inspection des figures ainsi construites apprend que le nombre des crimes s'élève au maximum pendant la 
période de la vie qui s'écoule de vingt-cinq à trente ans , ce qui a lieu également pour les accusés des deux sexes. 
Elle apprend aussi que si les penchans criminels se développent plus tôt chez les hommes que chez les femmes, ils 
s'affaiblissent plus rapidement chez ceux-là que chez celles-ci, et qu'enfin, à partir de cinquante ans jusqu'à la fin 
de la vie, la tendance à la culpabilité est la même chez les deux sexes. 

Il est encore des crimes propres à chaque âge. M. Guerry en a fait le relevé pour les deux périodes extrêmes de 
la vie. C'est l'objet du cinquième tableau inséré dans son ouvrage. 

Les saisons exercent-elles quelque influence sur le nombre des crimes commis? Le sixième tableau et la con- 
struction graphique de ses résultats répondent à cette question. Il suffit d'y jeter les yeux pour en conclure que le 
nombre des crimes contre les personnes est plu* grand en été qu'en hiver, et qu'au contrairo le nombre des crimes 
contre les propriétés est plus grand en hiver qu'en été; le printemps et l'automne en présentent un nombre 
à-peu -près égal. 

Il peut être digne de remarque qu'entre tous les crimes contre les personnes, l'attentat à la pudeur est celui sur 
lequel les saisons exercent le plus d'influence. En effet , sur 100 crimes de cette espèce, on en compte : en été 36 , 
au printemps a5, en automne ai, et en hiver 18 seulement. 

La plus importante de toutes les parties de la statistique criminelle serait celle qui aurait pour objet d'indi- 
quer les véritables motifs des crimes commis; mais cette recherche est hérissée de tant de difficultés que, jusqu'à 
présent , les seuls motifs apparens des crimes capitaux sont susceptibles de classement. M. Guerry en compte douze 
qu'il a rangés par ordre de fréquence dans le septième tableau. 



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Y, 'j RAPPORT A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 

La haine et lt T«ngeanee r qul paroiuent en première ligne, font commettre le» a6/ioo ou plu* du quart de. crime» 
d'empoisonnement, do meurtre et d'incendie. 

Le Ublean suivant préieiite le. crime, capitaux classé, dan. l'ordre de leur, motif, apparen.; l'auteur trnure 
que, sur le nombre de 100 empoitonnemen., 35, c'et-à-dire plu. du tier. «ont commi. par .uitc d'adultère. 

Au .urplu», quel que .oit le genre d'attentat» provoqué» par la même cause, .oit contre le. époux .oit contre leur, 
complice» , on a remarqué que pre.quc la moitié do ce» crime» étaient dirigé» contre Yépoux outragé. 

C'est au contraire la vie de la concubine ou de la femme .éduitc que menacent le plu, les crime» commi» par 
suite de débauche, de concubinage ou de séduction. Voilà du moins la conséquence immédiate que l'on lire de» 
fait» rapportés dans le quatrième tableau. 

M. Guerry en termine la discussion par l'indication des causes particulières à notre époque qui tendent peut- 
être plus qu'autrefois . égarer l'opinion et à la rendre moins sévère sur de, liaisons que la morale réprouve. Les 
reflexions qu'il fait à cet égard nous ont paru pleine» de sagesse et de raison. 

L'auteur .'occupe en.uite d'assigner le. rapport, qui existent dan. le. cinq régions de lu France entre !eur popu- 
lation et le nombre des crimes qui y sont commis contre les personnes. 

En prenant les é.émen. de la recherche à laquelle il se livre dans les état, de statistique criminelle correspond»», 
aux six années comprises de ,8,5 à ,83o inclusivement, il trouve que le rapport du nombre des accusés au nombre 
total de, habitan. a été, pour 1. région du .ud, de , à „,oo3; pour la région de l'e.t, de . . , 7 ,34 9 ; pour celle 
du nord de , à ,9,964; pour celle de l'ouest, de , à 20,984 ; enfin pour celle du centre, de , à aa,,68. 

On voit qu'il a été commi» dan» la région du .ud un nombre de crimes double de celui qui a été commis dans la 
région du centre. Les différences sont plus grandes quand on considère les départemens pris séparément. Afin de 
rendre ces différence, sensibles aux yeux, M. Guerry, imitant l'exemple donné par un de nos honorables confrères 
dans de, recherches du même genre, a indiqué le rapport variable du nombre des crimes contre les personne, à la 
population de chacun de nos 86 départemens , par le, teintes plus ou moins foncées dont il les a couverts 

On voit par exemple que le département de 1. Corse, où l'on compte un accusé sur a,, 99 habitans, est le plu. 
fortement coloré, tandi. que celui de la Creuse, où l'on ne trouve qu'un accusé sur 3 7 ,o,4 habitan. , n'est 
couvert d aucune teinte. 

Après avoir ainsi résumé ses recherches sur le, crime, commi, contre le, per.onne., M. Guerry rend compte de 
celles qu il a faites sur les crimes commis contre les propriétés. 

H trouve que, depuU ,8,5 jusqu'en ,83o, le rapport du nombre de. accusés a été, dan, la région du nord, de 
. . 3,984; dans la région de l'est, de , à 6,949; dans la région du sud, de , à 7 ,534 ; dans la région de l'ouest, de 
1 a 7.945; enfin , dans la région du centre, de 1 à 8,a65. 

Le plus grand nombre de, crime, contre les propriétés est, comme on voit, toujours commis dans la région du 
nord , qu, ne se présente qu'au troisième rang pour les crimes qu'on y commet contre les personnes. 

Une deuxième carte indique que la région du centre et encore celle où il y a le moin, de crimes commi, con- 
tre le, propriétés. Cette carte indique aussi que le département de la Seine , plus fortement teinté que tous les au- 
tre, , compte un accu.é sur ,,368 habitan. , tandi. que le département de 1. Creuse , qui ne porte aucune teinte, ne 
compte qu'un seul accusé sur ao,a35 individus. 

Beaucoup de personne, ont pensé que l'ignorance était une de. cause, principale, de. crime, commi, I. était 
donc ,nd„p,„.able de procéder à U vérification de cette opinion par 1. même voie qu'on a prise pour .Wer de 

P^r/oyair 1 " '^ C0Dtre ,M Per80Dne$ " ~" - ***** « <***«' — I- ^rentes 
Mai. .« Heu de juger de l'éta, de 1'in.truction par le nombre de, élevés qui fréquentent les école, de, différens 



* V 






RAPPORT A L'ACADEMIE DES SCIENCES. ix 

département , M. Guerry, craignant que ses relevés ne fussent pas faits arec une exactitude suffisante , a pensé que 
les renseignemens recueillis depuis 1827 par ordre du ministre de la guerre , sur le nombre des jeunes gens 
qui savent lire et écrire au moment où ils sont appelés à faire partie de la conscription , lui fourniraient des don- 
nées plus certaines. 

C'est d'après ces renseignemens qu'il a dressé son dixième tableau. On y voit que pendant les trois années 1827 , 
1828 et 182g , sur 100 jeunes gens appelés comme conscrits, 53 savaient lire et écrire dans la région de l'est de la 
France, 52 dans la région du nord, 33 dans la région du sud, 27 dans la région de l'ouest, et 25 dans la région 
du centre. Or, sur 100 accusés traduits devant les cours d'assises , 52 savaient lire et écrire dans la région de 
l'est , /, 7 dans la région du nord , 29 dans la région du sud , 26 dans la région de l'ouest et 24 dans la région du centre. 
Il y a donc, dans chacune de nos cinq régions , sur 100 individus qui sont accusés, et sur 100 qui ne le sont pas , 
à-peu-pret autant des uns que des autres qui ont reçu l'instruction élémentaire. D'où il suit que cette instruction , 
n'exerce , quant à présent , aucune influence sensible sur le nombre des crimes commis. Conclusion qui semblerait 
infirmer une opinion généralement admise, mais qui pourra elle-même être infirmée plus tard par de nouvelles 
observations. 

Une carte où sont représentés nos 86 départemens couverts de teintes plus ou moins claires , selon que , sur 
un nombre donné de conscrits il s'en trouve plus ou moins qui savent lire et écrire , indique d'une manière 
sensible aux yeux la distribution géographique de l'instruction entre tous les jeunes gens d'une même levée. La 
légende dont cette carte est accompagnée fait connaître, par exemple, que , sur 100 conscrits, il s'en trouve dans 
le département de la Meuse, 74 qui savent lire et écrire, et qu'on en compte douze seulement dans le département de 
la Corrèze , où il y a moins d'instruction que dans tout autre. 

M. Guerry a indiqué par le même procédé sur une quatrième carte, tous les rapports qui ont été observés dans 
les divers départemens entre le nombre des naissances légitimes et celui des naissances illégitimes; les départemens 
de la Seine, du Rhône, de la Seine-Inférieure, du Nord , des Bouches-du-Rbônc et de la Gironde sont ceux où 
il naît proportionnellement le plus grand nombre d'enfans naturels. Ce fait s'explique, non-seulement par l'agglo- 
mération de la population dans les grandes villes, de Paris, de Lyon, de Rouen, de Lille, de Marseille et de 
Bordeaux, mais encore par la facilité qu'on y trouve de déposer ces enfans dans des hospices consacrés à les rece- 
voir. C'est ainsi qu'en Angleterre la charité légale accroît indéfiniment le nombre des pauvres. (1) 

L'auteur a recueilli quelques documens sur les donations et les legs autorisés en faveur des indigens, des écoles 
et des établissemens religieux. II a considéré la distribution de ces actes dans l'ordre géographique de nos départe- 
mens, et suivant le sexe, l'âge et la position sociale des donateurs; mais il faut l'avouer, ces documens ne sont 
encore ni assez nombreux, ni assez précis, pour qu'il soit permis d'en déduire des conséquences positives. 

La dernière partie du mémoire de M. Guerry contient l'exposé de ses recherches sur les suicides. 

D'après les comptes de la justice criminelle depuis 1827 jusqu'en i83o, il en a été commis 6,900 dans toute l'é- 
tendue du royaume, c'est-à-dire près de 1800 chaque année; encore faut-il observer que les autorités judiciaires 
n'ayant constaté que ceux de ces crimes qui ont été suivis de mort ou qui ont donné lieu a un commencement d'in- 
struction, le nombre de 1800 est probablement inférieur de beaucoup à celui des suicides qui ont été commis. 

Si maintenant, partant de cette donnée, on se rappelle que le nombre des crimes contre les personnes s'élève 
chaque année à 1900 , dont 600 seulement sont des attentats à la vie d'autrui, on est conduit à cette conclusion 



(1) Il importe cependant d'observer que si la facilité de déposer les enfant naturels dam du lioipieei spéciaux contribue toujours a ac- 
croître le nombre de» naissances illégitimes, cet établissement peuvent aussi avoir quelquefois l'avantage de pré\enir det crimes d'avortement 
et d'infanticide 






\ 



x RAPPORT A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 

imprévue, que toutes le» fois qu'un homme périt en France de mort violente, autrement que par accident ou par 

homicide involontaire , il y a trois à parier contre un qu'il aura lui-même attenté à ses jours. 

De ces considérations générales , notre auteur passe à la distribution géographique des suicides commis dans cha- 
cune des cinq régions du royaume. 
, « " trouve que, sur 100 suicides, il s'en commet annuellement 5i dans la région du nord, n dans la région du 

sud, 16 dans la région de l'est, i3 dans celle de l'ouest, enfin 9 dans celle du centre. 

Quant au rapport du nombre des suicides à la population , on compte , dans lu région du nord , un suicide sur 
9,853 habitans, dans celle de l'est, 1 sur 21,734 ; dans celle du centre, 1 sur 27,393; dans celle de l'ouest , 1 sur 
3o,499; enfin dans celle du sud, 1 sur 30,876. 

II est à remarquer que dans le seul département de la Seine , il se commet chaque année environ le sixième de 
la totalité des suicides qui se commettent dans nos 86 déparlcmens , mais il convient de remarquer en même temps 
que la plupart des suicides sont étrangers à la capitale. 

Ainsi, sur 100 individus qui s'y rendent coupables de suicide, 5o5 sont originaires des départemens du nord, 
168 de ceux du sud, 65 de l'ouesi et enfin 5a du centre. Distribution qui se présente, sinon dans la même propor- 
tion, du moins dans le même ordre que la distribution des suicides commis dans nos cinq régions, eu égard à la 
population. 

La légende explicative qui accompagne la carte que M. Guerry a dressée de la distiibution des suicides par dé- 
partemens , indique que dans celui de la Seine, où il s'en commet le plus, on compte un suicide sur 3,6oo 
habitans, tandis que dans celui de la Haute-Loire, où il s'en commet le moins, on n'en compte que 1 sur i63,ooo 
habitans. 

L'inspection de cette carte donne lieu à une remarque singulière, c'est que, de quelque point de la France que 
l'on parte, le nombre des suicides s'accroît pour ainsi dire, régulièrement à mesure que l'on avance vers la capi- 
X taie; ainsi il s'en commet plus dans les départemens presque limitrophes de Scine-et-Oise , de l'Oise et de Seine- 

et-Marne, que dans les départemens un peu plus éloignes de la Seine-Inférieure, de l'Aube et du Loiret. 
- La même remarque est applicable à la ville de Marseille, considérée comme métropole de quelques-uns de nos 
départemens du sud-est. Plus ces départemens se trouvent rapprochés de cette ville , plus les suicides y sont nom- 
breux , eu égard à la population. 

La comparaison des crimes contre les personnes et des suicides constatés dans les différentes régions du royaume 
fournit la preuve que les départemens où l'on attente le plus souvent a la vie des autres sont précisément ceux où 
l'on attente le plus rarement à la sienne propre, et réciproquement. 

Nous ne suivrons point l 'autour dans les réflexions qu'il fait sur les diverses causes qui peuvent inciter les hommes 
an suicide. Nous dirons seulement avec lui qu'on connaît les véritables motifs de ce crime avec bien plus de certitude 
que les motifs de la plupart des autres. Il est rare en effet que les individus qui se donnent la mort ne laissent pas 
quelque écrit où ils manifestent leurs dernières volontés, et où ils exposent, en essayant presque toujours de les 
justifier, les raisons de leur détermination. 

M. Guerry a pu consulter un grand nombre de ces écrits posthumes conservés aux archives de la préfecture de 
police , et classer dans un certain ordre et sous différens titres les sentimens qui y sont exprimés. Il en a dressé un 
tableau où chaque article offre aux moralistes un ample sujet de réflexions. 

Nous ne pousserons pas plus loin l'analyse de l'ouvrage que M. Guerry a soumis au jugement de l'académie. La 
.Statistique morale dont il traite se place au premier rang parmi les autres branches de la statistique générale , tant 
à cause de la difficulté de coordonner entre eux les faits moraux dont elle exige la recherche, que par la haute im- 
portance des résultats auxquels cette recherche conduit. La connaissance exacte de ces faits et l'assurance acquise de 



RAPPORT k L'ACADÉMIE DES SCIENCES. xj 

leur retour dans des circonstances déterminées peuvent seules, en effet, éclairer le gouvernement sur le choix des 
moyens les plus efficaces pour créer ou pour améliorer toute institution susceptible d'exercer une influence quel- 
conque sur les mœurs nationales publiques ou privées. 

Nous avons dit comment nous nous trouvions en France en possession des documens les plus précieux pour les 
progrès de la statistique. On ne peut assez louer les grandes administrations de l'état qui recueillent ces documens, 
qui les publient, ou qui, avant leur publication, les communiquent avec autant de libéralité que de bienveillance aux 
personnes qui ont besoin de les consulter. 

M. Guerry a eu l'heureuse idée de mettre en œuvre un grand nombre de ces documens, et il l'a fait avec con- 
science et sagacité. Lors même que les conséquences qu'il a tirées des faits dont son travail présente la discussion ne 
sembleraient pas tous également fondés , il n'en aurait pas moins le mérite d'avoir étendu le domaine de la Statis- 
tique morale en l'enrichissant de classifications nouvelles qu'il a établies sur des considérations d'un ordre élevé , 
il nous paraît avoir rendu en cela un véritable service , et donné un excellent exemple. Nous pensons en consé- 
quence que M. Guerry doit être invité à persévérer dans la carrière où il est entré, et que son ouvrage est digne 
d'obtenir l'approbation de l'académie. 

Fait à l'Académie, le 8 avril 1 833. 

Signé Lacroix, Sjlvistre, Girard , Rapporteur. 

L'Académie approuve les conclusions du présent rapport. 

* Le secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences, 

Signé Araoo. 






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Inobservation et l'étude des faits sont la base de nos connaissances. 
Appliqué aux sciences naturelles qui lui doivent leur marche rapide, ce 
principe ne parait pas toujours admis dans les sciences morales et politi- 
ques ; la théorie le reconnaît, il est vrai, mais la pratique le néglige encore. 
Au lieu d'observer on disserte; dans les questions même dont la solution 
n'exigerait qu'un examen attentif de ce qui est, souvent l'un regarde 
comme certain ce qu'un autre rejette comme une erreur. De là tant d'o- 
pinions qui n'ont aucun fondement solide. 

L'emploi de la méthode d'observation dans l'étude des questions mo- 
rales et politiques, ne tend pas seulement au progrès de la science, 
elle doit réagir sur des intérêts plus graves, peut-être, et plus im- 
médiats. De nos jours les systèmes, quels qu'ils soient, ne restent pas 
long-temps de vaines abstractions; des écrits ils passent dans le public, 
et bientôt pénétrant dans les institutions, ils exercent sur la société une 



ri 

influence nuisible ou salutaire, tl importe donc d'introduire autant qu'il 
se peut dans l'étude des sciences morales, la méthode sévère des sciences 
physiques et naturelles; d'appeler l'attention sur les faits, de les recueil- 
lir, de les constater, d'en répandre la connaissance, et de détruire ainsi 
les faux systèmes en consacrant en même temps les vérités utiles. 

Déjà la statistique, en éclairant de hautes questions de législation 
criminelle, a montré la fécondité de ses applications et le succès qu'on 
pourrait espérer de recherches du même ordre. Jusqu'ci l'on s'était borné 
presque exclusivement à rassembler les faits relatifs au mouvement de la 
population d'un pays, et à la connaissance de ses richesses commerciales 
ou agricoles; on n'avait pas encore songé à recueillir, dans un ouvrage 
spécial, ceux qui font apprécier l'état moral de ses habitans. Persuadé 
de l'importance et de l'utilité d'un pareil travail, nous avons cru devoir 
l'entreprendre. 

C'est sur la France que s'est portée notre attention. Nous offrons dans 
une suite de tableaux, pour le royaume en général, et pour chacun de 
ses départemens en particulier, une collection de documens authentiques 
disposés avec méthode, coordonnés entre eux, et qui, tous, se rapportent 
à l'état moral de -la société. 

En indiquant dans un texte peu étendu les principaux résultats de ces 
tableaux et quelques-uns des rapprochemens qu'ils présentent, nous avons 
dû éviter, sur leur enchaînement et leurs causes, toute considération 
hasardée pour ne pas nous écarter de l'objet de la statistique qui , se bor- 
nant à resserrer les faits sous leur forme la plus concise, n'en montre pas 
directement la liaison. L'étude des causes est lente, difficile, et féconde 
en erreurs; pour être faite avec fruit dans des matières si délicates et si 
complexes, elle exigerait que le travail que nous publions aujourd'hui fût 
renouvelé périodiquement après un certain nombre d'années. De la sorte, 
les faits pouvant être embrassés d'un même regard, non-seulement dans 



m 

leur simultanéité, mais encore dans leur succession, leurs causes, leur 
action réciproque deviendraient plus apparentes, et c'est ainsi que peu- 
à-peu se rectifieraient les inductions erronées. 

Pour rendre plus frappans les résultats auxquels nous sommes arrivé, 
nous avons eu recours à divers moyens graphiques. Sans exclure les énu- 
mérations que le lecteur peut combiner à son gré, ils ont des avantages 
aussi réels, mais d'un autre genre. Les dégradations de teinte de nos cartes 
font ressortir à l'instant des rapports de position géographique qui se 
fussent perdus dans de longues séries de chiffres; les rapports de quantité 
sont exprimés avec précision par des courbes dont la vue seule laisse 
dans la mémoire une impression durable. Si d'ailleurs il fallait justifier 
l'emploi de ces méthodes et s'appuyer de l'autorité d'un nom illustre, 
nous citerions M. Al. de Humboldt, qui en a fait souvent l'usage le plus 
ingénieux, et qui ne pense pas que la science doive dédaigner d'en em- 
prunter quelquefois le secours. « Tout ce qui se rapporte, dit- il, à l'éten- 
due et à la quantité, est propre à être représenté par des constructions 
géométriques. Les projections statistiques qui parlent aux yeux sans fati- 
guer l'esprit, ont l'avantage de fixer l'attention sur un grand nombre de 
points importans. » ( i ) 

Aucun esprit de système ne nous a dirigé, nous n'avons cherché 
d'appui à aucune théorie. C'eût été montrer des vues peu philosophiques 



(i) Al. de Humboldt, Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, t. i" , Introduction. — 
Voyez aussi le Mémoire du même auteur sur les lignes isotliermes. 

Nous pourrions citer encore W. Playfair. Les réflexions suivantes extraites de son Atlas commercial 
et politique s'appliquent parfaitement à notre ouvrage : 

« The givingfonn and shape to what otherwisc would only hâve been an abstract idea has often ren- 
dered easy and accurate a conception t'uxt was in itsclf imperfect and acquired mth dijficulty. — Men of 
« great rank or active business f can only pay attention to gênerai outlines ; nor is the attention to parliculars 
of use anyfarther than as tfwy give a gênerai information. And il is hoped, that mth tlie assistance of 
thèse c/iarls, such information will be got witlwul the fatigue and trouble of studjring the parliculars of 
which it is composed. » The commercial and political Atlas, i vol. 4*» London 1786. 

1. 



IV 

et mal comprendre les intérêts de son pays, que de s'attacher à faire res- 
sortir les faits favorables à une doctrine en négligeant ceux qui lui parais- 
saient contraires. Nous avons, d'ailleurs, fait connaître avec soin les sour- 
ces où nous avons puisé, et donné ainsi les moyens de s'assurer de notre 
exactitude et de notre sincérité. 






ESSAI 



SUR LA 



STATISTIQUE MORALE 



DE 



LA FRANCE. 



STATISTIQUE CRIMINELLE. 



CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 



Les premiers documens authentiques publiés sur l'administration de la justice cri- 
minelle en France ne remontent qu'à l'année 1825. Pour connaître la nature et le 
nombre des crimes commis pendant les années précédentes, on serait réduit à faire 
dans chaque préfecture des relevés des registres d'écrou. Un pareil travail, outre 
l'extrême difficulté de son exécution, serait tellement incomplet qu'il ne pourrait être, 
d'aucune utilité. 

Aujourd'hui les procureurs généraux adressent chaque trimestre au garde-des- 
sceaux les états des affaires criminelles ou correctionnelles portées devant les tribunaux 
de leur ressort. Ces états rédigés sur des modèles uniformes, pour qu'ils ne présen- 
tent que des résultats positifs et comparables, sont examinés avec soin au ministère, 
contrôlés les uns par les autres dans leurs diverses parties, et leur analyse faite à la 
lin de chaque année forme le Compte général de l'administration de la justice crimi- 
nelle. Jamais chez aucun peuple un travail de ce genre n'avait été exécuté d'une manière 
aussi complète; on le doit à M. Guerry de Champneuf, ancien directeur des affaires 



6 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

criminelles et des grâces, qui pendant cinq années n'a cessé de le perfectionner (i). 
C'est là qu'ont été puisés nos renseignemens pour tout ce qui se rapporte aux crimes. 
Au lieu de prendre pour base de nos calculs le nombre des condamnés, nous avons 
pris celui des accusés, qui représente plus exactement le nombre des crimes commis. 
Cette méthode peut étonner d'abord et paraître vicieuse : comme elle a été déjà l'objet 
de critiques assez vives, Jors de la publication du compte général de 1 827, nous croyons 
devoir exposer les motifs qui nous ont déterminés à la suivre. 

Un accusé, dit-on, n'est pas nécessairement un coupable, le nombre des crimes ne 
peut donc pas se conclure de celui des accusés, à moins de compter parmi les criminels 
des hommes dont un arrêt vient de proclamer l'innocence. Sans doute ce serait une 
erreur que de regarder comme coupable l'homme qui vient d'être reconnu innocent; 
mais de ce que le crime n'a pas été commis précisément par celui à qui on l'imputait, 
conclura-t-on qu'il n'y a pas eu de crime? Un individu est accusé d'assassinat, des 
charges suffisantes ne s'élèvent pas contre lui, il est acquité : malgré l'acquittement il 
n'en est pas moins vrai qu'un homme a été assassiné. Le crime est certain, son auteur 
reste inconnu. Les débats dépouillent quelquefois les faits des circonstances dont ils 
paraissaient accompagnés dans l'instruction écrite; mais lorsqu'il en est ainsi, le crime 
ne disparait pas toujours, seulement il est moins grave et change de qualification. 
L'assassinat présumé n'est plus qu'un meurtre , le meurtre qu'un homicide. Il peut ar- 
river néanmoins que toute la criminalité ne repose que sur une erreur, comme lors- 
qu'une mort accidentelle ou volontaire est attribuée à un crime. Ce cas, il est vrai, 
se rencontre quelquefois, mais les nombreuses formalités dont l'accomplissement pré- 
cède la mise en accusation doivent le rendre fort rare. 

Avant qu'une affaire ne soit soumise au jury, une enquête est faite par le procureur 

(1) Le compte de l'administration de la justice criminelle de France, encore si peu connu parmi nous, a été appelé 
par les étrangers un monument national, et le modèle que doivent suivre les peuples civilisés ou prétendant 
i.'ktre, qui voudront constater l'état de leur moralité. Il est imité maintenant dans presque toute l'Europe. 
Voici quels sont, à notre connaissance , les états qui font recueillir chaque année, sur l'administration de la justice, des 
documens statistiques plus ou moins éteudus. Ces documens dont quelques-uns n'ont pas été publiés sont tous extrê- 
mement rares en France. 



Angleterre et Galles. — Ecosse. 


Bavière. 


IndcS'Orien taies. 


Bussie (ms.). 


Autriche (ms.). 


Danemark. 


Boy. Lomb. Vénitien (ms). 


Suède. 


Belgique. 


Espagne. 


Milan (nu.). 


Canton de Vaud. 


Grand-duché de Bade. 


Genève. 


Prusse. 


Wurtemberg. 



Nous regrettons de ne pouvoir signaler à la reconnaissance publique les auleurs de ces utiles travaux, nous croyons 
savoir seulement que le compte de Genève est rédigé par M. de Boche:, -Lombard, conseiller d'État; le compte du 
Grand-duché de Mecklembourg , par M. F. W. Wick , conseiller ù la cour de justice à Butzow ; celui de Belgique , par 
MM. Ed. Smits et Quételet, et le meilleur de tous, celui du grand-duché de Bade, par un des crimina listes les plus 
distingués de l' Allemagne , M. Mittermaier, professeur à Heidclberg. 

Dans un discours prononcé au mois de janvier dernier, le gouverneur de New- York a demandé avec instance 
à la législature, l'allocation des fonds nécessaires pour la publication d'un compte de l'administration de la justice 
criminelle aux États-Unis. (The Westminster Review , octob. i83», page 379.) 



. ...» 



I 



I 



CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 7 

du roi et le juge d'instruction qui présente son rapport à la chambre du conseil; si la 
prévention est suffisamment établie, et qu'il s'agisse d'un crime, le procès-verbal et un 
état des pièces de conviction sont transmis au procureur général de la Cour royale. 
Un rapport est fait par celui-ci à la chambre d'accusation , si cette chambre n'aperçoit 
aucune trace de délit, ou qu'elle ne trouve pas d'indices suffisans de culpabilité, elle 
ordonne la mise en liberté du prévenu. Dans le cas contraire, le procureur général 
dresse l'acte d'accusation, et l'accusé est renvoyé devant la Cour d'assises. 11 est difficile 
qu'une instruction où concourent tant de personnes, et dont la durée est au moins 
de trois mois, ne fasse pas découvrir le véritable caractère du fait qui donne lieu aux 
poursuites; aussi remarque-t-on au ministère de la justice que sur mille affaires 
portées devant les Cours d'assises, il s'en trouve à peine vingt pour lesquelles, après 
l'acquittement des accusés, il ne reste plus ni crime ni délit. 

En prenant le nombre des accusés pour base des calculs, on s'expose sans doute à 
des erreurs, mais ces erreurs sont moins graves que si l'on ne considérait que celui des 
condamnés. En effet, l'action publique attribuée par la loi aux procureurs généraux 
et aux procureurs du •roi sous la direction du ministre de la justice, s'exerce partout 
avec une rigueur égale, du moins dans les affaires criminelles non politiques, tandis 
que la conviction des jurés ne se fonde pas partout sur des élémens semblables, sur 
une même masse de preuves. Des motifs indépendans de leur opinion sur la culpabilité 
déterminent souvent leur réponse; s'ils craignent par exemple l'application d'une peine 
qu'ils jugent trop rigoureuse. Dans tout le royaume les mêmes charges suffiraient pour 
conduire un accusé sur les bancs de la Cour d'assises ; mais les chances d'acquittement 
varieraient suivant la nature du crime et le lieu où il serait jugé. Pour l'incendie, plus 
des trois quarts des accusés sont acquittés chaque année, bien qu'il n'y ait presque ja- 
mais de doute sur la réalité du crime. Dans plusieurs départemens, l'infanticide reste 
le plus souvent impuni , tandis qu'il en est d'autres où sa répression est toujours extrê- 
mement forte. 

Les différences qui proviennent de ces deux manières d'opérer ne sont d'ailleurs 
importantes que si l'on s'arrête à des crimes particuliers ou à des départemens isolés; 
car elles s'effacent en partie dès que ces crimes sont groupés ou qu'on embrasse toute 
une région (i). Il ne reste plus alors que l'erreur générale en moins sur la masse totale 
des crimes s'ils ne sont calculés que d'après les condamnations. 

On demandera peut-être encore s'il est juste d'attribuer en général aux habitans 
d'un département les crimes qui s'y commettent. Cette objection à laquelle il eût été 
entièrement impossible de répondre il y a quelques années, a été prévue dans le compte 
de 1828. On sait aujourd'hui, sans recourir à aucune supposition, que la plupart des 
accusés ou 72 sur 100 appartiennent par leur naissance et par leur domicile au dé- 
partement où ils sont jugés. Ce rapport s'élève à 84 pour 100 dans les crimes contre 

(1) Voyei pnge 9, ce que noui entendons pur région. 



8 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

les personnes, il descend à Go, dans les crimes contre les propriétés. La moyenne 
s'élève de beaucoup pour cette dernière espèce de crimes, si l'on retranche le dé- 
partement du Rhône et celui de la Seine. Une très faible proportion des accusés ou 
seulement 3 sur 100 sont reconnus étrangers à la France. 

Les premiers écrits sur la statistique criminelle présentaient des résultats si positifs 
et qui s'accordaient si bien avec des théories généralement admises, qu'ils furent 
accueillis avec une extrême faveur. Les esprits étaient fatigués de voir les mêmes 
doctrines tour-à-tour attaquées et défendues par le raisonnement, on crut enfin avoir 
trouvé un instrument qu'il suffisait d'appliquer pour obtenir à l'instant la solution des 
questions les plus difficiles. Mais bientôt l'exactitude de ces résultats fut contestée, et 
des chiffres renversèrent ce que des chiffres avaient établi. Alors, la statistique crimi- 
nelle inspira quelque défiance, on l'accusa d'être une science vaine et conjecturale dont 
on devait rejeter le secours. 

Dans les matières criminelles, a-t-on dit, de même que dans ce qui se rattache aux 
sciences inorales, les faits sont trop mobiles, trop fugitifs, pour ne pas échapper à 
l'observation numérique. 11 faut donc s'en tenir, comme par le passé, aux théories 
fondées sur le raisonnement, sur l'examen des faits généraux et sur l'expérience in- 
dividuelle. D'abord nous demanderons comment apprécier les résultats de cette expé- 
rience, puisqu'ils ne sont ni classés ni constatés numériquement, et que par conséquent 
leur importance varie, non-seulement d'un individu à l'auti'e, mais de l'individu à lui- 
même, selon qu'il est plus ou moins prévenu, selon que par des circonstances particu- 
lières et accidentelles, des faits de telle ou telle nature produisent momentanément sur 
son esprit une impression plus vive et plus durable. Comment donner de l'unité à des 
élémens si disparates et les comparer entre eux? Ensuite, qu'est-ce qu'un fait général? 
la collection, l'ensemble des faits particuliers dont il n'est que l'expression la plus 
simple, et dont il implique l'énumération : si d'abord les faits particuliers n'ont pas été 
observés et constatés, s'ils sont incomplets, vagues, incertains ou inconnus, que repré- 
sentera le fait général? Évidemment chacun pourra le créer, le modifier à son gré, 
pour y trouver la base de tous les systèmes qu'il lui plaira d'imaginer, (i) 

D'ailleurs, si sur un grand nombre de faits de statistique morale déjà rigoureu- 
sement constatés, l'opinion commune fondée sur cette sorte d'expérience individuelle 
était entièrement erronée, et la suite de cet ouvrage prouvera qu'il en est ainsi, 
peut- on penser qu'elle cessera de l'être lorsqu'il s'agira de faits d'une observation 
moins directe et par conséquent plus difficile? 

Les erreurs reprochées à la statistique ne sauraient lui être directement attribuées , 

(i) Les formules générales ne peuvent naître que des rapprochemens des faits bien observes et classés sous les 
lois communes. Elles ne doivent être qu'une déduction logique de ces faits, une expérience généralisée, et non l'ap- 
plication incertaine et divinatoire d'un principe purement abstrait. 

Dimif aîné [Disc, de recept. à F Acad. française.) 

\ 



CONSIDERATIONS GENERALES. 

elles sont dues au défaut de critique, à la précipitation, à l'impatience d'obtenir 
des résultats tranchés et d'une application immédiate. Le plus souvent encore les. 
conséquences sont erronées , non parce que les faits sont altérés ainsi qu'on serait 
parfois tenté de le supposer, mais seulement parce qu'ils sont hypothétiques ou 
exceptionnels. 

La statistique criminelle devient aussi positive, aussi certaine que les autres scien- 
ces d'observation lorsqu'on sait s'arrêter aux faits bien constatés, et les grouper de 
manière à les dégager de ce qu'ils offrent d'accidentel. Ses résultats généraux se pré- 
sentent alors avec une si grande régularité qu'il est impossible de les attribuer au 
hasard. Chaque année voit se reproduire le même nombre de crimes dans le même 
ordre, dans les mêmes régions; chaque classe de crimes a sa distribution particulière 
et invariable, par sexe, par âge, par saison; tous sont accompagnés, dans des pro- 
portions pareilles, de faits accessoires, indifférens en apparence, et dont rien encore 
n'explique le retour. 

Avant d'entrer dans les détails de la statistique criminelle, il importe de donner 
des exemples de cette fixité, de cette constance dans la reproduction de faits jusqu'ici 
considérés comme insaisissables dans leur ensemble, et comme n'étant assujétis à 
aucune loi. 

Pour comparer, à plusieurs époques, la distribution des crimes dans les diverses 
parties du royaume, il faut embrasser à-la-fois un certain nombre de départemens; 
on affaiblit ainsi l'influence des causes accidentelles. Nous diviserons donc la France 
en cinq régions naturelles du nord, du sud, de l'est, de l'ouest et du centre, formées 
chacune par la réunion de dix-sept départemens limitrophes (i). Cette division n'a 



(i) Division de la France, en cinq régions. 

NORD. . • Aisne, Ai donnes, Calvados, Eure, Manche, Marne, Meuse, Moselle, Nord, Oise, Orne, 

Pas-de-Calais, Seine, Seine-Inférieure, Seine-et-Marne, Seine-ct-Oise , Somme 8,757,700 

SUD.. . . Ardèche, Arriège, Aude, Aveyron, Bouches-du-Rhône , Gard, Haute-Garonne, Gers, 
Hérault, Lot, Lozère, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales, Tarn, Tarn-ct-Garonnc, 
Vaucluse, Var 4,8*6,49'} 

EST. . . . Ain, Basses-Alpes, Hautes-Alpes, Aube, Côte-d'Or, Doubs, Diôme, Isère, Jura, Haute- 
Marne, Metfrthe, Bas-Rhin, Haut- Rhin, Rhône, Haute-Saône, Saône-et-Loire , Vosges. 5,840,996 

OUEST.. Charente, Charente-Inférieure, Côtes-du-Nord, Dordogne, Finistère, Gironde, Ille-et- 
Vilaine, Landes, Loire-Inférieure, Lot-et-Garonne, Maine-et-Loire, Mayenne, Morbihan, 
Basses-Pyrénées, Deux-Sèvres, Vendée, Vienne 7,008,788 

CENTRE. Allier, Cantal, Cher, Corrèze, Creuse, Eure-et-Loir, Indre, Indre -et-Loirc, Loire, Loir- 
et-Cher, Loiret, Haute-Loire, Nièvre, Puy-de-Dôme, Sarfhe, Haute-Vienne, Yonne. . 5,a38,9o5 

Population des cinq régions. . . . 31,672,88a 

Corse 185,079 

Population du royaume 31,857,961 

2 



10 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

rien d'arbitraire, et ne tend à favoriser aucun système, puisqu'elle est toute géomé- 
trique, et que l'arrondissement de chaque région est déterminé par celui des quatre 
autres. Elle paraît la plus convenable pour grouper les faits qui doivent être étudiés 
par grandes masses. Nous sommes loin de désirer, cependant, qu'elle soit adoptée 
pour la publication des documens de statistique officielle, qui ne sauraient être présen- 
tés d'abord avec trop de détails.'Si l'administration les donnait seulement, comme on 
l'a demandé dans la vue de simplifier le travail, par ressort de cour royale ou même 
pour tous les départemens formant l'arrondissement d'une ancienne province, ils 
deviendraient bien moins utiles et ne seraient pas recueillis plus aisément. 

Si l'on représente par ioo le nombre des crimes commis en France chaque année, 
les cinq régions offrent les proportions suivantes : 

Crimes contre les personnes. 





Années 1825 


1826 


1827 


1828 


1829 


1830 


Moyenne 


















2 
















3 < 
















» 


















, Centre . . . . 12 . 


. 13 . 


» • * • 


. . 14 . 


. . 14 . 


. . 18 . . 


. . 14 




Totaux . . 100 


100 


100 


100 


100 


100 


100 



Crimes contre les propriétés. 



*^-^ 



y. 

o , 

o 





Années 


1825 


1826 


1827 


1828 


1829 


1830 


Moyenne 










































































Centre 


. . . 


. 12 . . 


. 12 . . 


. 11 . . 


. 12 . . 


. 13 . 


. 13 . . 


. . 12 


Totaux . . 


100 


100 


100 


100 


100 


100 


100 






— — 


— 





— — 


— 


■ 


—■ " 



On voit que, pour les crimes contre les personnes, la plus grande différence 
observée dans chaque région, n'excède jamais de plus de quatre centièmes, la 
moyenne des six années, et que, pour les crimes contre les propriétés, elle n'est pas 
de plus de deux centièmes au-dessus ou au-dessous de cette moyenne. Assurément 
le produit annuel des récoltes ou des impôts, dans les diverses parties du royaume, 
ne saurait être évalué d'avance avec plus de précision , de certitude que le nombre 
des vols, des meurtres et des assassinats. 

Sur ioo individus accusés de vol, dans tout le royaume, le nombre des hom- 
mes et des femmes a été successivement dans les proportions ci -après: 



CONSIDERATIONS GENERALES. 



11 







Sexe des accusés. 










Années 1826 


1827 


1828 


1829 


1830 


Moyenne 




i 


— -* 


— 


■ ' -^ 


- 


— — 






























Totaux . 




100 


100 


100 


100 


100 



Le rapport du sexe est donc connu pour ce crime, à deux centièmes près. 



Atje des accusés. 



Année» 1826 1827 1828 1829 1830 



Sur 100 individus accusés de ) âgèsde 16 à 25 ans. . . 37 . .35 
vol, il y en a eu chaque année : ) 25 à 35 ans. . . 31 . .32 



• 38 • . o7 . . o7 . 
. 30 . . 31 . . 32 . 



Moyenne. 

. .37 
. .31 



La plus grande variation n'a pas excédé un centième, au-dessus ou au-dessous 
de la moyenne. 

Non-seulement les crimes sont commis dans une proportion connue, en un lieu 
déterminé, par des individus dont le sexe et l'âge sont prévus; une saison est en- 
core affectée à chacun d'eux. Ainsi les attentats à la pudeur sont plus fréquens 
pendant l'été, on le soupçonnerait aisément, mais ce qu'il est plus difficile d'ima- 
giner, c'est qu'ils y reparaissent dans la même proportion chaque année. Les cri- 
mes de coups et blessures n'offrent pas moins de régularité dans leur distribution. 

Influence des saisons. 



Années 1827 1828 1829 1830 

Sur 100 attentats à la pudeur* il en a été commis successive* 
ment pendant le trimestre d'été 36 . . 36 . . 35 . . 38 . 

Sur 100 crimes de coups et blessures , il en a été commis pen- 
dant la même saison 28 . . 27 . . 27 . . 27 . 



Moyenne. 

. . 36 

. . 28 



La plus grande différence n'a été que de deux centièmes au-dessus de la moyenne. 

Si nous considérons maintenant le nombre infini de circonstances qui peuvent faire 
commettre un crime, les influences extérieures ou purement personnelles qui en dé- 
terminent le caractère, nous ne saurons comment concevoir, qu'en dernier résultat, 
leur concours amène des effets si constans; que les actes d'une volonté libre viennent 
ainsi se développer dans un ordre fixe, se resserrer dans des limites si étroites. Nous 
serons forcés de reconnaître que les faits de l'ordre moral sont soumis, comme 
ceux de l'ordre physique, à des lois invariables, et qu'à plusieurs égards, la statistique 
judiciaire présente une certitude complète. Aussi, malgré l'abus qu'on en a fait 

2. 



12 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

quelquefois, et les critiques des publicistes dont elle contrariait les théories, elle a 
imprime de toutes parts une direction nouvelle aux études qui ont pour objet la lé- 
gislation pénale et la morale publique. Sur ces matières, quelque opinion, quelque 
système qu'on veuille désormais attaquer ou défendre, on ne pourra plus dédaigner le 
secours de la statistique, il faudra s'appuyer des faits qu'elle présente, et les discuter. 

Cette régularité dans le rapport numérique des crimes entre eux, et surtout dans 
leur distribution géographique, fait sentir l'importance qu'il y aurait à établir, 
comme nous le faisons pour les départemens, un parallèle entre les états qui possèdent 
des relevés de statistique judiciaire. Au premier abord on croirait ce parallèle d'une 
exécution très facile. Une foule de causes le rend presque impossible. La principale 
de toutes est la différence des législations, (i) 

Partout sans doute l'assassinat, l'empoisonnement, le meurtre, sont au rang des 
crimes, mais il est un grand nombre d'autres actions coupables sur la qualification 
desquelles on est loin de s'accorder également. Il n'y a point de règle commune pour 
les classer d'après leur gravité, pour distinguer ce qui constitue la simple contraven- 
tion, le délit et le crime: il s'ensuit que ces mots crime, délit, contravention, ne cor- 
respondent à rien de précis, et changent de signification d'un pays à l'autre. 

En France, où l'infraction est qualifiée d'après la nature des peines, un vol 
simple est un délit punissable de peines correctionnelles, quelle que soit la valeur de 
l'objet volé. En Angleterre, au contraire, où l'on a égard à la nature et à la valeur 
de l'objet, le vol d'un cheval, d'un bœuf ou même d'un mouton, est un crime punis- 
sable de la peine capitale. Si l'on relève le nombre des crimes en France et en An- 
gleterre, sans tenir compte de cette différence dans la manière d'envisager le vol, il 
arrivera que, dans chaque pays, un certain nombre de délits, ou même de simples 
contraventions de police seront confondus avec les crimes, et l'on sera conduit ainsi 
aux plus graves erreurs. Les attentats contre les personnes présenteraient des diffé- 
rences encore plus' marquées, puisqu'il en est plusieurs qui sont punis, en Angleterre, 
de peines afflictives et infamantes, et dont on ne trouve pas môme le nom dans notre 
code. Admettons cependant que, sur quelques points, on parvienne à établir une con- 
cordance des lois pénales (2). La différence dans les lois sur l'instruction criminelle, et 
dans leur application, lorsqu'elle n'est point surveillée comme en France par une cour 
suprême qui fixe la jurisprudence, suffirait seule pour que bientôt les faits ne 
fussent plus comparables, non-seulement d'un pays à l'autre, mais souvent encore 
dans les diverses parties d'un même territoire. 

(1) Le* prtnciptilea causes d'erreur que prc'scntc lu statistique criminelle comparée ont été signalées par 
M. A. de Candolle dans la Bibliothèque universelle fie Genève, et par M. Miltcnnaicr dan» un excellent ouvrage qu'il 
rient de publier sons ce litre : 2V itregt $ur Griminûf.-(£f«f iflif , mit »fra,rctcb>ib<n Srmtrtungtn ûber bit SCttbàltnifiir ter 
93frbv«f)cn unb ber Griminat*3"fti$. Berlin, Starcke, i83o, in-8°. 

(a) On peut juger par ce passage du Quarterly Review , de l'impossibilité presque absolue qu'il y aurait à établir 
aucune concordance exacte entre les loit anglaises et les noires : « The édition o/the statutes by Tomlins andRaithby, 



CONSIDÉR AXIONS GÉNÉRALES. 13 

Dans les états où, comme en Angleterre, l'uction publique appartient aux particu- 
liers, la crainte d'exciter des ressentimens, d'avoir à supporter des frais de procédure, 
ou même de payer des dommages-intérêts en cas d'acquittement des accusés, sont un 
obstacle à la poursuite des crimes. Dans d'autres contrées divisées, comme l'Alle- 
magne, en un grand nombre de petites principautés, et où la police n'a point de centre 
commun, les coupables peuvent aisément échapper aux recherches, puisqu'ils n'ont 
qu'à faire quelques lieues ou à passer une rivière pour devenir aussitôt justiciables d'un 
autre gouvernement. Là, sans doute, les tableaux qui encore ne comprennent pas les 
affaires de toutes les juridictions, peuvent présenter un nombre proportionnel de 
crimes, inférieur à celui de la France; il ne faudrait cependant pas se hâter d'en 
conclure qu'en France on en a commis réellement davantage. 

Ces considérations feront apprécier le degré de confiance que méritent les écrits de 
statistique où, sans le moindre examen des législations étrangères, après avoir rap- 
proché quelques tableaux de condamnations qui souvent se rapportent à des époques 
différentes, on prononce sur la moralité comparée des peuples. 

Les détails relatifs aux résultats de l'instruction criminelle, à la répression , aux réci- 
dives, à la marche plus ou moins prompte de la justice dans le ressort de chaque cour 
royale donneraient lieu à d'importantes observations, et feraient connaître en même 
temps les nombreuses améliorations pratiques introduites par la statistique dans l'ad- 
ministration de la justice. Nous devons cependant les écarter comme étrangers à notre 
plan , et parce que d'ailleurs ils ne seraient vraiment utiles qu'autant qu'on les expo- 
serait dans leur ensemble, et qu'ils deviendraient l'objet d'un travail spécial. 

which is the most condensai of any hitherlo given to the public forms seventeen volumes in-t t m> and two parts , from 
Magna Charta to the end of 1818; five volumes and a half oj which comprise the acts from king John' s to the 
end of the reign of George II, and the rcmaining ten and half are filled with those of the présent reign. Sincc the 
Union with Ircland a thick closely printed volume has bcen published every two or threeyears , and the ancrage number 
of public acts passed in each ofthe lastyears amounts to 140. At tltis rate of accumulation , their site, at the end of 
the présent eentury, mil hâve swelled toffty ofsuch ponderous quartos , and the number of public acts to 14,000. No 
in-appropriate companion tho the 800 or 1 000 volumes qf Reports which , at that period, are likely to compose a portion 
ofa lawycr's library. (Quarterly Reriew, dcc. i8ao.) 



NATURE ET NOMDRE 



CRIMES COMMIS EN FRANCE CHAQUE ANNÉE, 

CLASSAS PAR ORDRE DE FRÉQUENCE, (l) 
( Relevée des 6 années 1825—1830). 



CRIMES CONTRE LES PERSONNES. 



CRIMES CONTRE LES PROPRIETES. 



i 



HATUIM DU VKIM1I. 



Nomb. des cr. 

,- - ■'- 



Pur 
ni). 



Sur 
1.00(1. 



JIATUKI lill CM M II. 



Blessures cl coup» 

Meurtre 

Assassinat 

Rébellion 

Viol et atlenlnt à la pudeur tur de» adultes. . . 
Viol et attentat à la pudeur sur des enfaus. . . 

Infanticide 

Faux témoignage et subornation . , 

Coups et blessures envers ascendans 

Empoisonnement 

Association de malfaiteurs 

Crimes envers des enl'aus 

Parricide 

Avortemcnt 

Bigamie 

Voies de fait envers des magistrats ou fonc- 
tionnaires publics 

Mendicité avec violence 

Crimes et délits politiques 

Menaces sous condition 

Évasion de détenus 

Contravention aux lois sur la police sanitaire. , 

Castration 

Faux témoignage en matière civile 

Outrage à la morale publique 

Forfaiture 

Traite des noiri 



308 

2U8 

255 

10G 

173 

133 

118 

87 

85 

40 

22 

20 

13 

12 

11 

9 
9 
C 
6 
1 
I 
1 



197 

1G0 

137 

10J 

93 

71 

63 

47 

40 

21 

12 

11 

7 

7 

5 

S 

a 

3 
3 



Totaux. 



1,865 1,000 



Vol (autro que les suivans). . .' 

Vol domestique 

Faux, autre que les suivant 

Vol sur un chemin public , 

Faux en écriture de commerce 

Banqueroute frauduleuse 

Incendie d'édifices i 

Vol dans les églises , 

Faux par supposition de personnes. .... 

Fausse monnaie 

Concussion et corruption 

Extorsion de signatures 

Destruction de propriétés mobilières ou im- 
mobilières 

Pillage et dégât de grains 

Incendie de divers objets 

Contrefaçon de sceaux et marteaux. . . . 

Pillage et dégât d'objets mobiliers 

Soustraction et suppression de titres ou actes. 

Contrefaçon de billets de banque 

Détournement et soustraction dedeniers publics 

Contrebande 

Bris de scellés 

Perte d'un navire par négligence du pilote. . . 

Baraterie 

Importations de marchandises prohibées. . . 

Abus d'un blanc seing 

Totaux 



Nomb. descr. 



Par 
an. 



Sur 

1.000. 



3,219 

1,043 

255 

159 

100 

105 

87 

54 

48 

46 

39 

27 

24 
23 
18 
9 

4 
3 
3 

a 



610 

198 

48 

30 

20 

20 

10 

10 

9 

9 

7 

5 

5 
4 
3 
2 
I 



5,282 



1,000 



Crimes contre les personnes. 

Les crimes contre les personnes forment plus du quart du nombre total des crimes. 
On en compte près de 1 900 chaque année. 

Les crimes de coups et blessures, les plus fréquens de tous (1 et 9), forment le 
quart du nombre total des crimes contre les personnes. 

L'assassinat est un peu plus rare que le meurtre. Les divers homicides volontaires 
réunis à ces deux crimes, s'élèvent chaque année à plus de 700, c'est presque deux 
par jour. 

Les crimes de rébellion qui viennent en quatrième ordre sur le premier tableau, 
consistent ordinairement à résister en armes aux agens de la force publique à 



(1) Ce tableau ne comprend point les affaires portées devant les tribunaux militaires et maritimes. — En 1829, 
le ministre de la guerre fit recueillir, sur la demande de M. Guerry de Champneuf, des documens qui devaient servir 



NATURE ET NOMBRE DES CRIMES. 15 

l'occasion de délits ruraux ou forestiers, de rixes ou de pillage de grains. Jusqu'en 1 83o, 
ils ne montaient qu'à 180 chaque année. Maintenant qu'ils sont plus nombreux et 
qu'ils prennent souvent un autre caractère, on devrait distinguer dans les relevés ceux 
qui ne sont point dus à des motifs d'intérêt privé. Il serait important aussi de ne 
pas confondre avec les meurtres ordinaires, ceux qui sont la suite d'exaltation poli- 
tique. Autrement, en peu d'années, les résultats du compte de la justice ne seraient 
plus comparables, puisqu'il est tel département où le nombre annuel de ces attentats 
est déjà dépassé de beaucoup, et où il augmenterait bien davantage encore dans le cas 
d'insurrection locale et de réactions politiques. La régularité qui s'observe dans le re- 
tour de certains crimes, à des époques particulières de l'année, serait d'ailleurs promp- 
tement troublée si, avec les crimes ordinaires on en confondait ainsi un grand nombre 
d'autres purement exceptionnels et qui ne fussent pas soumis aux mêmes influences 
naturelles. La même cause d'erreur n'affecterait pas moins une partie des résultats de 
l'instruction criminelle. 

Les attentats à la pudeur forment un sixième des crimes contre les personnes. Il 
n'en est pas commis sur des adultes beaucoup plus que sur des enfans au-dessous de 
quinze ans. 1 3o affaires de cette dernière espèce sont soumises au jury chaque année. 

Viennent ensuite, et dans des proportions toujours décroissantes, l'infanticide, le 
faux témoignage, la subornation de témoins, et les coups et blessures contre les 
asccndans qui entrent pour un vingtième dans la masse des crimes contre les per- 
sonnes, et qui conduisent tous les ans plus de 80 accusés devant les cours d'assises. 

Ce sont là les crimes qui déterminent principalement l'ordre des divers départemens 
dans la carte des crimes contre les personnes. L'empoisonnement, le parricide et les 
autres attentats sont beaucoup trop rares pour qu'on ne doive pas les regarder, surtout 
quant à leur distribution géographique, comme des faits accidentels. Il faut observer 
néanmoins que l'avortement, qui ne vient ici qu'en quatorzième ordre, est bien moins 

à préparer, au ministère de Injustice, le projet du code pénal militaire. Voici les principaux résultats contenus 
dans ces documens. 

Tribunaux militaires de l'intérieur du royaume. — Nombre des militaires mis en 
jugement pendant 10 années (de 1818 — 1827). 

CRIMES ET DÉLITS MILITAMES. CRIMES ET DÉLITS COMMUNS. 

Désertion 16,462 Vol et escroquerie 1,447 

Trahison a3 Assassinat, meurtre, -violences *»'77 

Embauchage et espionnage 99 Viol et attentats aux mœurs 160 



Total 2,884 

Crimes et délits militaires 27,446 



Voies de fait et menaces envers supérieurs. a,653 

Insubordination 94 1 

Vol cl inGdélité 3,852 

Faux 75 Total général 3o,33o(<») 

Abus d'autorité 56 

Autres crimes et délits militaires 3,334 



Total 27,4/46 coedamnés 



(a) Sur ce nombre, 17,714 ou plus de la moitié ont éle 



16 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

rare que ne le ferait supposer le rang qu'il occupe. Dans plusieurs parties du 
royaume il est probablement aussi commun que l'infanticide. 

A mesure que les crimes sont moins fréquens, leur retour devient plus irrégulier. 
Aussi les derniers nombres de ce tableau, assez exacts lorsqu'ils sont groupés, ne 
doivent plus être considérés, dès qu'ils sont pris séparément, que comme de simples 
approximations. 

Crimes contre les propriétés. 

Les crimes contre les propriétés forment presque les trois quarts du nombre total 
des crimes. On en compte près de 5,3oo chaque année. 

Les diverses espèces de vol forment la plus grande partie de ces crimes, les 85 cen- 
tièmes environ. 

Les vols domestiques s'élèvent au quart du nombre total des vols ; ceux qui ont lieu 
sur un chemin public n'en font pas la trentième partie; les plus rares de tous sont 
commis dans les églises, et l'on en compte à-peu-près 5o chaque année. 

Ensuite se présentent, toujours dans des proportions plus faibles, les diverses es- 
pèces de faux, la banqueroute frauduleuse, l'incendie, la fausse monnaie, la concus- 
sion, les extorsions de signatures, enfin d'autres crimes plus rares encore et dont, par 
conséquent, le nombre peut varier beaucoup d'une année à l'autre. 

On répète souvent que les grands crimes se multiplient en France d'une manière 
effrayante. Aucun document authentique ne permet d'établir de rapprochement exact 
entre notre situation présente et celle qui existait avant i8a5 ; on est donc réduit, sur ce 
point, à de simples opinions dénuées de preuves. Rien ne porte à croire cependant 
que les attentats contre les personnes soient plus communs aujourd'hui qu'à la fin du 
siècle dernier. Alors, comme on l'a observé avec raison, les affaires criminelles se ju- 
geaient secrètement, et rarement on en connaissait les détails hors du ressort du 
tribunal qui en était saisi. Aujourd'hui , dès qu'un crime est commis, la presse pério- 
dique l'annonce à-la-fois à toutes les parties du royaume; à chaque degré que parcourt 
la procédure, et pendant les débats, elle en reproduit les circonstances les plus atroces. 
Souvent elle les rappelle encore à l'occasion du pourvoi en cassation, du recours en 
grâce et de l'exécution. Cette publicité, qui d'ailleurs n'est pas sans avantages, doit 
avoir pour résultat inévitable de faire paraître le nombre des attentats plus considé- 
rable qu'il ne l'est en effet. 

D'un autre côté, dans le but de prouver l'amélioration progressive des mœurs, 
des publicistes ont établi que, depuis la restauration, la masse totale des crimes avait 
diminué. A défaut de renseignemens positifs, ils ont eu recours à diverses inductions. 
Ils ont pensé, par exemple, que le tableau des condamnations aux travaux forcés pro- 
noncées chaque année par les cours d'assises, pouvait faire évaluer, assez approxima- 
tivement, le nombre total des crimes commis. Nous avons déjà dit ce qui rend cette 



NATURE ET NOMBRE DES CRIMES. 17 

base incertaine ; même en l'adoptant, il eût été indispensable de savoir sur quelle espèce 
de crimes portait la différence, puisqu'il en est plusieurs pour lesquels la législation a 
changé depuis 1 825. On a supposé encore que la dépense des prisons correspond toujours 
exactement au nombre des prisonniers, et que le nombre des prisonniers représente celui 
des attentats commis. La dépense avait diminué; aussitôt on se crut fondé à en conclure 
qu'il y avait eu justement une diminution proportionnelle dans le nombre des crimes. La 
conséquence, bien que paraissant fort naturelle, n'en était pas moins erronée. L'intro- 
duction des travaux productifs dans les prisons et une meilleure administration intérieure 
avaient été les seules causes de la diminution des dépenses. On voit qu'en statistique les 
faits doivent, autant que possible, se constater au lieu de s'établir ainsi par induction, 
et que l'hypothèse la plus légitime ne peut jamais suppléer à l'observation directe. 

En 1 8a5, le nombre des accusés traduits devant les cours d'assises comme auteurs de 
crimes contre les personnes, s'élevait à 2,069; *" rt'était plus, pour les quatre années 
suivantes, que de 1,709, 1,91 1 et 1 ,844- Enfin, en i83o, il est descendu à 1,666. 

Les crimes contre les propriétés, au contraire, après être restés à-peu-près sta- 
tionnantes pendant trois années, ont pris tout-à-coup, en 1828, un accroissement 
considérable. De 5,oi8, leur nombre s'est élevé à 5,552. L'année i83o offre, il est 
vrai, une diminution; mais elle n'est sans doute qu'apparente, et on doit l'attribuer 
à ce que les poursuites ont été moins actives au commencement du dernier trimestre, 
et a ce que, dans plusieurs département, la quatrième session des assises n'ayant pas 
été ouverte, un grand nombre d'accusés n'ont pu être jugés qu'à la première session 
de l'année suivante. Il est donc probable que le compte de i83i , présentera une assez 
forte différence en plus, comparativement aux résultats de l'année précédente. 

Une des causes les plus fécondes de l'augmentation des crimes est, chez nous comme 
en Angleterre, la proportion toujours croissante des récidives parmi les jeunes gens con- 
damnés pour des attentats contre les propriétés. Pendant long-temps on avait dédaigné , 
comme des spéculations de la science, toutes les pensées de réforme dans les lois pé- 
nales ou dans le régime des prisons. Lorsque plus tard l'administration a voulu enfin 
améliorer, elle a marché au hasard. Qu'en est-il résulté? En France, presque le tiers des 
condamnés tombe en récidive , et , ce que l'on aura peine à croire , dans nos maisons cen- 
trales ou la philanthropie s'occupe presque exclusivement d'adoucir le sort matériel des 
détenus, le nombre des récidives est aujourd'hui/?^ considérable que dans les bagnes. 

La statistique judiciaire, en faisant connaître un pareil état de choses, a signalé 
le mal : c'est au gouvernement qu'il appartient de le combattre et d'en arrêter les 
progrès. lie premier moyen pour y parvenir serait d'écarter d'abord tout esprit 
de système , de recueillir sur le régime des prisons de grandes masses de faits bien 
constatés, et de les livrer ensuite à la discussion. Peut-être éviterait-on , ainsi , de tenter, 
avec des dépenses énormes , des essais qu'il faudait abandonner plus tard. 






a 



INFLUENCE DU SEXE. 



RAPPORT DES CRIMES ENTRE EUX, AVEC DISTINCTION DU SEXE DES ACCUSES. 



CRIMES CONTRE LES PERSONNES. 



CRIMES DES HOMMES. 



a 



i 

2 

3 

4 

5 



7 

8 

9 

10 

I I 

12 

13 

14 

15 

1C 

17 

18 

19 

20 

21 

22 

2.1 

24 

25 

20 



C. 



1 

2 

3 

4 

5 

G 

7 

8 

9 

10 

11 

12 

13 

14 

15 

16 

17 

18 

19 

20 

21 

22 

23 

24 



NATURE DES C1UME5. 



Blessures et coups , 

Meurtre 

Assassinat 

Rébellion 

Viol sur des adultes 

Viol sur des enfaus • . . . . 

Faux et subornation 

Blessures et coups envers ascendans 

Association de malfaiteurs 

Empoisonnement. . 

Voies de fait envers un magistrat 

Crimes envers les enfans 

Bigamie 

Parricide 

Mendicité avec violence 

Infanticide 

Menaces sous condition 

Crimes cl délits politiques 

Avortement 

Évasion de détenus 

Contravention aux lois sur la police sanitaire. 

Faux en matière civile 

Outrage à la morale publique 

Castration 

Traite des noirs 

Forfaiture • 



Sur 1,000 
crimes. 



213 
171 

147 

110 

105 

88 

47 

44 

14 

13 

7 

G 

G 

G 

5 

5 

5 

4 

2 



Total. 



1,000 



11. 



CRIMES DES FEMMES. 



1 

2 

3 

4 

5 

G 

7 

8 

9 

10 

11 

12 

13 

14 

15 

10 

17 

18 

19 

20 

21 



NATURE DES CRIMES. 



Infanticide 

Assassinat 

Blessures et coups 

Empoisonnement 

Coups et blessures envers ascendans. 

Rébellion 

Faux témoignage et subornation. . . . 

Meurtre 

Crimes envers les enfans 

Avortement 

Association de malfaiteurs 

Parricide ■ 

Mendicité avec violence 

Viol 

Viol sur des enfans 

Castration 

Rigamic 

Menaces sous condition 

Crimes et délits politiques 

Évasion de détenus 

Voies de fait envers des magistrats . . 



Total. 



Sur 1,000 
crimes. 



406 

107 

72 

64 

63 

62 

48 

43 

37 

32 

21 

19 

8 

6 

5 

2 



1,000 



CRIMES CONTRE LES PROPRIÉTÉS. 



CRIMES DES HOMMES. 



SATURE DES CRIMES. 



Vol 

Vol domestique 

Faux 

Vol sur un grand chemin 

Faux en écriture de commerce. . . 

Banqueroute frauduleuse 

Incendie d'édifices 

Vol dans les églises 

Faux par supposition de personnes. 

Fausse monnaie 

Concussion et corruption 

Destruction de propriétés 

Extorsion de signatures 

Pillage et dégât de grains 

Incendie de divers objets 

Contrefaçon de sceaux et marteaux . 
Pillage et dégât d'objets mobiliers. . 

Soustraction de titres 

Contrefaçon de billets de banque. . , 
Détournement de deniers publics. . 

Contrebande 

Perle d'un navire par négligence. . 

Baraterie 

Abus d'un blanc seing 



Sur 1,000 
crimes. 



635 

15G 

53 

37 

22 

20 

14 

10 

10 

9 

9 

5 

5 

5 

4 

2 
I 



Total. 



1,000 



D. 



CRIMES DES FEMMES. 



1 

2 

3 

4 

5 

G 

7 

8 

9 

10 

11 

12 

13 

14 

15 

1G 

17 

18 

19 



NATURE DES CRIMES. 



Vol 

Vol domestique 

Faux 

Incendie d'édifices 

Banqueroute frauduleuse 

Vol sur un chemin public 

Vol dans les églises 

Pillage et dégât de grains 

Extorsion de titres et signatures , 

Faux en écriture de commerce , 

Faux par supposition de personnes 

Fausse monnaie 

Incendie de divers objets 

Pillage et dégât d'objets mobiliers 

Contrefaçon de billets de banque 

Destruction de propriétés mobilières ou inini. 

Soustraction et suppression de titres 

Concussion et corruption 

Contrefaçon de sceaux et marteaux 



Sur 1 ,000 
crimes. 



510 

362 

25 

23 

13 

12 

11 

8 

7 

G 

6 

6 

3 



Total . 



1,000 






INFLUENCE DU SEXE. 19 

Les crimes étant commis plus souvent par l'homme que par la femme, l'ordre 
de fréquence dans lequel ils se présentent chez l'homme reste à-peu-près le même 
que dans le tableau i , qui fait connaître la nature et le nombre des crimes sans dis- 
tinction du sexe des accusés. Nous examinerons donc principalement ici les crimes 
commis par la femme. 

L'infanticide fait seul les deux cinquièmes des attentats contre les personnes dont la 
femme se rend coupable (h, b.). C'est celui de tous qu'elle commet le plus souvent. 

L'assassinat qui vient immédiatement après l'infanticide est, relativement, presque 
deux fois aussi fréquent pour elle que pour l'homme, bien que celui-ci en commette 
règlement sept fois davantage; c'est-à-dire que l'assassinat forme une fraction plus 
for'e des crimes contre les personnes commis par la femme, que de ceux qui sont 
commis par l'homme, quel qu'en soit d'ailleurs le nombre réel. 

Pour la femme, l'empoisonnement fait plus de 6 pour ioo des crimes contre les 
personnes; pour l'homme il n'en fait que la centième partie. 

Ces différences résultent surtout de ce que les crimes de coups et blessures , de 
meurtre, de rébellion, bien plus souvent commis parles hommes, affaiblissent pour 
eux le rapport des crimes dont nous venons de parler, et le font paraître en même 
temps plus fort pour les femmes. 

Les diverses espèces de vol égalent les 84 centièmes des attentats contre les pro- 
priétés commis par les hommes, et les 90 centièmes de ceux qui le sont par les 
femmes (11, c. d.). 

Les vols domestiques forment les deux cinquièmes des vols commis par les femmes, 
tandis qu'ils ne forment pas même un cinquième de ceux dont les hommes se 
rendent coupables. En conclura-t-on que les femmes abusent une fois plus de la con- 
fiance des maîtres? Il faudrait, avant de rien décider à cet égard, savoir d'abord 
quel est , dans tout le royaume , le rapport des serviteurs à gages des deux sexes ; 
mais bien qu'il soit très facile de s'en assurer dans un recensement général , on 
l'ignore entièrement. S'il arrivait que le nombre des femmes fût le double de celui des 
hommes, il en résulterait que les vols domestiques ne seraient pas plus fréquens pour 
les uns que pour les autres. 

Les vols dans les églises font, pour les hommes et pour les femmes, la centième 
partie du nombre total des vols qu'ils commettent. 



3. 



INFLUENCE DU SEXE. 



RAPPORT DU SEXE DES ACCUSAS POUR CHAQUE CRIME. 



III. 



a. 



CRIMES CONTRE LES PERSONNES. 



NATURE DU C1IME5. 



Sur 100 crimes 
on en compte : 



Par des 
hommes. 



Par des 
femmes. 



CRIMES CONTRE LES PROPRIÉTÉS. 



HATURE DES CRIMES. 



Sur 100 crimes 
on en compte : 

Par des Par des 
hommes, femmes. 



2 

3 

4 

5 

6 

7 

8 

9 

10 

II 

12 

13 

14 

15 

16 

17 

18 

19 

20 

21 

22 






Traite des noirs 

Forfaiture 

( Outrage à la morale publique 

Contravent. aux lois de police sanitaire. 
I Faux témoignage en matière civile ... . 

Viol sur les adultes 

Viol sur des enfans 

Bigamie 

Voies de fait envers un magistrat. . . . 

Menaces sous condition 

Crimes et délits politiques 

Meurtre 

Blessures et coups 

Rébellion 

Assassinat 

Faux témoignage et subornation 

Évasion de-détenus 

Coups et blessures envers ascendans. . 

Association de malfaiteurs 

Mendicité avec violence 

Parricide 

Empoisonnement. 

Crimes envers les enfans 

Avorteinent. 

Castration 

Infanticide 



M 

+100 



99 
99 
98 
98 
97 
97 
90 
95 
91 
89 
85 
83 
80 
80 
79 
M 
55 
50 
28 
25 
— 6 



— 



I 
1 

2 

2 

3 

3 

4 

5 

9 

II 

15 

17 

20 

20 

21 

36 

45 

60 

72 

75 

+ 94 



2 
3 
4 

5 
6 
7 

8 
9 
10 
11 
12 
13 
14 
15 
1C 
17 
18 
19 
20 



Contrebande 

Bris de scellés 

Perte de navire par négligence 

Baraterie 

Abus d'un blanc seing 

Concussion et corruption 

Contrefaçon de sceaux 

Destruction de propriétés mobilières 

ou immobilières ■ . . . . 

Contrefaçon de billets de banque 

Faux en écriture de commerce 

Vol sur un chemin public 

Soustraction et suppression de titres. . . 
Pillage cl déglil d'objets mobiliers. . . . 
Faux ■ 



Banqueroute frauduleuse 

Faux par supposition de personnes. 

Fausse monnaie. 

Incendie de divers objets 

Vol 



Vol dans les églises 

Extorsion de signatures. . . 

Incendie d'édifices 

Pillage et dégât de grains. 
Vol domestique 



+100 



99 
98 

98 
95 
93 
92 
90 
89 
89 
80 
80 
86 
84 
83 
78 
71 
70 
69 
. 60 



— 



7 
8 
10 
II 
11 
14 
14 
14 
16 
17 
22 
29 
30 
31 
+ 40 



Le tableau H indique, séparément pour chaque sexe, le rapport dans lequel 
sont entre eux les différens crimes dont le nombre total est ramené à 1,000 : celui-ci 
fait connaître, séparément pour chaque crime ramené à ioo, la proportion suivant 
laquelle il est commis par les accusés des deux sexes. Ces deux rapports qui pourraient 
être confondus au premier coup-d'œil, sont essentiels à distinguer: le premier classe 
lei attentats par ordre de fréquence absolue; le second, par ordre de fréquence 
relative. 

En tête de la première colonne (a) de ce nouveau tableau, paraissent les crimes de 
traite, de forfaiture, de viol, de bigamie, de voies de fait envers les magistrats, dont la 
plupart sont rares, mais qui sont particuliers à l'homme. A la fin de la même colonne 
se trouvent ceux d'infanticide, de castration, d'avortement dont les nombres sont de 
même très inégaux , mais qui sont particuliers à la femme. Les attentats dont la plus 
forte partie est commise par les hommes étant nécessairement ceux que les femmes 
commettent en moindre proportion, et réciproquement, il en résulte que l'ordre de 
progression est en sens inverse pour les deux sexes. 

(«) Dans plusieurs tableaux, le maximum a été indiqué pnr le signe +, et le minimum par le »igne — . 






RAPPORT DU SEXE DES ACCUSÉS POUR CHAQUE CRIME. 21 

Sur ioo crimes contre les personnes, les hommes en commettent 86 et les femmes 14. 
Sur un pareil nombre d'attentats contre les propriétés, les hommes en commettent 
79 seulement, et les femmes ai. 

Ce serait une erreur de penser que ces nombres représentent, pour chaque sexe, 
le degré d'énergie des penchans criminels, de croire par exemple que, pour les attentats 
contre les personnes, ces penchans sont réellement cinq fois plus développés dans 
l'homme que dans la femme. Il est un principe que l'on ne doit jamais perdre de vue 
dans des rapprochemens de ce genre : c'est de ne comparer que des faits de même 
nature, et placés dans les mêmes conditions. Les motifs, les sollicitations extérieures qui 
portent au crime, sont-ils également fréquens pour les deux sexes? Les occasions, 
les moyens d'exécution sont-ils ensuite également favorables? 11 est évident que l'on 
trouve de chaque côté des conditions très différentes, et qui doivent beaucoup altérer 
l'exactitude des rapports que nous avons indiqués. Il est un grand nombre de crimes 
que la femme ne se trouve presque jamais en position de commettre; si elle ne s'en 
rend pas coupable , on ne doit point en chercher la raison clans une meilleure mora- 
lité. On s'étonnera peu qu'elle ne paraisse pas dans des affaires de concussion, puis- 
qu'elle n'est revêtue d'aucune charge publique; qu'elle soit rarement accusée de faux, 
de corruption, de contrefaçon, de soustraction et de suppression de titres, puisqu'en 
général son instruction est faible, et que d'ailleurs elle est peu versée dans la con- 
naissance des diverses transactions civiles. Après les crimes qui tiennent à la position 
sociale, il en est d'autres qui demandent à-la-fois de la force physique et de l'audace : le 
vol à main armée, la rébellion, les coups et blessures, et le meurtre. Quand les occa- 
sions de commettre ces crimes s'offriraient à la femme aussi souvent qu'à l'homme, elle 
serait fréquemment arrêtée par le sentiment de sa faiblesse et par la crainte du danger. 
Mais ces occasions sont pour elle infiniment plus rares, et pour ne parler que du 
meurtre et des coups et blessures qui seuls forment les deux cinquièmes des crimes 
contre les personnes commis par les hommes, ils sont ordinairement, comme on le 
verra dans le tableau des motifs (vu, b. c. J, la suite de querelles dans les lieux publics, 
de rixes et de rencontres fortuites où presque jamais les femmes ne se trouvent mêlées. 
Les rivalités de commerce et d'industrie, les querelles de compagnonage sont aussi 
une cause très fréquente de blessures et de meurtre qui n'existe pas non plus pour 
les femmes. 

Il est impossible, dans l'état actuel de la statistique judiciaire, de tenir compte 
de ces différences; toutefois, si l'on accorde qu'en général la femme a plus de 
moralité que l'homme, il faut reconnaitre aussi qu'en réalité, il y a moins de dispro- 
portion qu'on ne le suppose, dans la force des penchans criminels chez les deux sexes. 
Les résultats suivans feront ressortir le caractère propre aux attentats commis par 
les femmes. 

Les crimes de coups et blessures, d'assassinat et de meurtre sont commis par 
l'homme dans une plus forte proportion que le parricide ou l'empoisonnement, 



22 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

C'est le contraire pour la femme. Tandis qu'elle ne se rend coupable que d'un 
vingtième des meurtres, d'un vingt-cinquième des coups et blessures, elle commet le 
-dixième des assassinats ou des meurtres prémédités, le quart des coups et blessures 
contre les ascendans, plus du tiers des parricides, et presque la moitié des em- 
poisonnemens. 

A mesure que le danger diminue, elle devient plus entreprenante. Si elle ne commet 
que 5 pour ioo des crimes de coups et blessures, et 8 pour 100 des vols sur un 
chemin public, elle coin met d'un autre côté, 17 pour 100 des vols ordinaires, 22 
pour 100 des vols dans les églises, et, sans y comprendre encore les infanticides, la 
moitié des attentats contre les jeunes enfans. 

Plus des trois cinquièmes des empoisonnemens entre époux sont commis sur le 
mari par la femme seule ou aidée de complices. 

Sur 100 attentats à la vie de l'un des époux par l'autre, on en compte environ 60 
par le mari, et 4o par la femme; mais pour la femme, les quatre cinquièmes sont pré- 
médités , tandis qu'il n'y en a que les trois cinquièmes de prémédités par le mari. 

Lorsque par suite de querelles et de discussions de famille, mais non dans le cas 
d'adultère , l'un des époux attente aux jours de l'autre, s'il trouve des complices dans 
l'intérieur de la famille, ce sont presque toujours des femmes. 

L'opinion qu'en général on a des marâtres dont le nom seul parmi nous est devenu 
presqu'une injure, est justifiée par les faits, car lorsque des enfans d'une première 
, union sont tués par le nouvel époux , c'est presque toujours par la seconde femme de 
leur père. 

La mauvaise direction des affections naturelles et la vivacité des sentimens auxquels 

la femme se laisse souvent entraîner, paraît être pour elle la cause la plus commune 

des attentats contre les personnes, attentats dont la nature est ensuite déterminée par 

| - sa faiblesse. On a pu le remarquer déjà par ce qui précède ; mais en voici une preuve 

nouvelle et bien extraordinaire : c'est qu'il y a des femmes qui tuent leurs enfans par 
tendresse, et uniquement pour les soustraire aux peines de la vie. Ces femmes, 
dira-t-on, sont donc aliénées? Rien dans leur conduite antérieure ne peut le fait soup- 
çonner, elles considèrent leur crime comme un acte de dévoûment; elles le méditent 
longuement et l'exécutent avec sang-froid. Aussitôt après elles se donnent la mort. 



24 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

* 

Influence de l'âge. 

Ce tableau fait connaître l'ordre dans lequel se présentent les crimes à chaque 
âge de la vie. Cet ordre ne reste sans doute pas le même pour l'homme et pour la 
femme; la distinction simultanée de l'âge et du sexe des accusés serait donc im- 
portante; mais les documens que l'on possède sur ce sujet ne permettent de l'éta- 
blir qu'imparfaitement, et seulement pour la masse totale des crimes. Voici les prin- 
cipaux résultats qu'offre l'analyse de ces documens. Nous les présenterons d'une 
manière, absolue et sans avoir égard à la distribution de la population par sexe et 
par âge qui, chez nous, n'est pas exactement connue, (i) 

Le maximum des crimes tombe, séparément pour les deux sexes, entre vingt-cinq 
et trente ans. Presque le cinquième de leur nombre total est commis dans cette courte 
période de cinq années (pl. vu, a.). 

Les penchans criminels sont plus tôt développés chez l'homme que chez la femme. 
Comparativement, ils acquièrent chez celui-ci une plus grande énergie entre seize et 
vingt-et-un ans. D'un autre côté , ils s'affaiblissent aussi plus rapidement que chez la 
femme, particulièrement après trente-cinq ans. Sur 1,000 crimes commis par l'homme, 
on en compte, au-dessous de seize ans, 19; de seize à vingt-et-un ans, 169; de vingt- 
et-un ans à vingt-cinq, 162; sur un pareil nombre de crimes commis par les femmes, 
il ne s'en trouve, pour les mêmes âges, que i4, i35 et i58. 

Jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, chaque période de cinq années offre, comme on 
le voit , un nombre proportionnel d'attentats plus considérable pour l'homme ; 
cet excédant devient plus sensible encore si l'on tient compte des affaires crimi- 
nelles qui déjà, pour les hommes de vingt à vingt-cinq ans, sont enlevées à la juridic- 
tion commune et portées devant les tribunaux militaires et maritimes. Depuis 
vingt-cinq ans, et surtout depuis trente ans jusqu'à cinquante, il devient au con- 
traire plus élevé pour la femme. Sur 1,000 crimes, on en compte alors successive- 
ment pour elle, i85, i48, 117, 84, 66; tandis que pour l'homme, il ne s'en trouve 
plus que 182, i44,9ii 76 et 59. Après cinquante ans, les rapports ne diffèrent presque 
plus chez les deux sexes jusqu'à la fin de la vie, c'est-à-dire que, dans un même 
nombre d'années, les hommes et les femmes commettent une fraction pareille du 
nombre total des crimes dont ils se rendent coupables pendant la durée entière de 
leur existence. Il sera difficile d'expliquer de pareilles différences tant qu'on ignorera 
sur quelle espèce de crimes elles portent particulièrement. 

Examinons maintenant la distribution des crimes aux différens âges et par période 

(1) M. Quotelet, qui a déjà public, sur la statistique générale des Pays-Bas, des écrits remarquables par un sage 
esprit de critique et de réserve, a inséré dans le dernier volume des mémoires de l'académie de Bruxelles, des 
Recherches sur le penchant au crime aux dijjèrens tiges. Les résultats de ce travail s'accordent parfaitement avec les 
nôtres qui sont d'ailleurs présentés sous une forme différente. 



» 



INFLUENCE DE L'AGE. 25 

de dix années sans distinction de sexe. Ici, les crimes étant ramenés à 1,000 pour 
chaque colonne, les résultats sont parfaitement comparables sans qu'il y ait à établir 
aucun rapport avec la population. 

Parmi tous les attentats contre les personnes , commis par les accusés des deux 
sexes âgés de moins de vingt-et-un ans, ceux de blessures et coups , de viol sur les adultes 
et de meurtre sont les plus fréquens (iv, a.). De vingt-et-un à trente ans, on trouve 
ensuite les blessures et coups, le meurtre et l'assassinat. Ces trois crimes dont l'ordre 
est seulement transposé quelquefois, se présentent invariablement les premiers depuis 
vingt-et-un ans jusqu'à soixante; mais après cet âge, l'assassinat, les coups et bles- 
sures deviennent un peu plus rares, ils s'abaissent, et sont alors remplacés par les 
attentats à la pudeur qui paraissent au premier rang chez les accusés âgés de plus 
de soixante-dix ans. 

Pour faire apprécier plus facilement la fréquence relative des crimes à chaque âge, 
on en a marqué plusieurs de lignes diversement coloriées qui permettent de suivre leur 
développement respectif, depuis la jeunesse jusqu'à la fin de la vie. 

Dans la première colonne, au-dessous de vingt-et-un ans, le viol sur les adultes, 
marqué d'une ligne noire, paraît en second ordre. De vingt-et-un ans à trente, et de 
trente à quarante, il n'est plus qu'en cinquième ordre; il descend au septième rang 
après quarante ans, et enfin au onzième après soixante. Dans la même colonne, 
et au-dessous, le viol sur les enfans, marqué d'une ligne rouge, parait en quatrième 
ordre, et suit, jusqu'à quarante ans, une direction parallèle à celle du viol sur les 
adultes; mais après cet âge les deux lignes se croisent : les attentats à la pudeur sur 
les enfans, qui avaient diminué jusque-là, deviennent tout-à-coup plus nombreux; 
de quarante à cinquante ans, ils reparaissent en cinquième ordre comme après 
vingt-et-un ans; ils sont au second rang pendant les dix années suivantes, et ils 
s'élèvent enfin au premier, à l'âge de soixante-dix ans à quatre-vingts et au-dessus. 

L'assassinat (marqué d'une ligne brune), assez rare au-dessous de vingt-et-un ans, 
devient, entre quarante et cinquante ans , le plus fréquent des attentats contre les 
personnes ; ce n'est cependant pas alors qu'on en commet réellement le plus grand 
nombre, mais bien entre vingt-et-un et trente ans. Après soixante ans, il fait une 
moindre partie du nombre total des crimes; la diminution est du reste beaueoup moins 
' forte que ne le ferait supposer l'abaissement de la ligne rouge. Car dans la dernière 
colonne, les nombres, à l'exception toutefois du premier, sont trop faibles pour être 
déjà considérés comme l'expression d'une loi. 

Le parricide semblerait devoir descendre dans chaque colonne, à mesure qu'on 
avance en âge; cependant, il n'occupe que le quinzième rang dans la série des crimes 
commis avant vingt-et-un ans; il s'élève au quatorzième après cinquante ans, an 
neuvième après soixante. Non-seulement il est placé plus haut dans les dernières co- 
lonnes, ce qui pourrait s'expliquer dans le cas où la diminution de quelques crimes les 
ferait descendre au-dessous de celui-ci , sans que son rapport avec la totalité des 

4 






/ 
/■ 



20 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

attentats fût d'ailleurs affaibli; mais ce rapport, loin de rester fixe, augmente assez 
régulièrement II n'est que de 5 sur 1,000 avant vingt-et-un ans, il s'élève à 8 de 
vingt-et-un à trente ans, à o de trente à quarante; il est enfin de 10 sur 1,000 après 
cinquante ans, et de 21 après soixante ans. 

Le père ayant, en général, environ vingt-cinq ans de plus que le fils, on pourrait 
croire que la plupart des parricides sont commis sur des vieillards nonagénaires. Au 
premier abord, cette opinion semble résulter des faits; néanmoins elle ne serait pas en- 
tièrement fondée, par la raison qu'ici l'âge des fils est souvent confondu avec celui des 
complices qui est ordinairement plus élevé. 

Le vol est, à tout âge, le plus fréquent des attentats contre les propriétés (rv, B.). C'est 
aussi le moyeu le plus facile de s'emparer de la chose d'autrui. Le vol domestique oc- 
cupe le second rang jusqu'à soixante-dix ans; il diminue alors, parce qu'il y a bien 
moins d'occasions de le commettre. Du reste, si, comme nous l'avons dit plus haut, 
on ignore quel est en France le rapport des serviteurs à gages des deux sexes, on ne 
sait pas davantage quelle est leur distribution par âge. On peut croire cependant qu'ils 
sont peu nombreux dans un âge avancé. 

Au-dessous de vingt-et-un ans, le vol sur un chemin public vient immédiatement 
après le vol domestique. Après cet âge, il est dépassé par le faux, et il reste en qua- 
trième ordre jusqu'à cinquante ans; il descend alors, et fait place à la banqueroute 
frauduleuse, aux faux en écriture de commerce, à la concussion, puis aux faux par 
supposition de personnes et aux incendies, attentats pour lesquels la force physique 
n'est pas nécessaire, et qui, en cintre, ne mettent pas en danger la vie du coupable. 

Les vols dans les églises sont à tout âge les plus rares des vols, c'est pendant la 
jeunesse qu'ils sont placés le plus haut dans la série des crimes contre les pro- 
priétés. Après soixante-dix ans, ils n'occupent plus que le dernier rang. 

Les crimes de fausse monnaie, d'incendie et de concussion, sont propres à la vieil- 
lesse; celui de concussion surtout, qui n'est qu'au dix-septième rang au-dessous de 
ving* et-un ans, s'élève progressivement, à mesure qu'on avance en âge, et paraît en 
quatrième ordre après soixante ans. 

On n'a pas multiplié davantage les lignes coloriées, afin d'éviter la confusion; il 
est d'ailleurs facile de suivre maintenant le développement des autres crimes avec 
lage, en négligeant toutefois les derniers de chaque colonne, et ceux qui sont 
les plus rares après soixante-dix ans. 



INFLUENCE DE L'AGE. 



CRIMES PROPRES A CHAQUE AGE, POUR LES DEUX PERIODES EXTREMES. 



CRIMES CONTRE LES PERSONNES. 



A. 



CRIMES DES JEUNES CENS. 



CRIMES DES VIEILLARDS. 



KATURE DES CRIMES. 



Sur 1 ,000 crimes du chaque 
nature, il en est commis: 

Avant 25 ans. Après 25 ans 



HATURt DES CRIMES. 



Sur 1 ,000 crimes de chaque 
nature, il en est commis : 

Après 60MM. Avant OOans. 



Viol sur des adultes 

Association de malfaiteurs. . . . 
Voies de fait env. un magistrat 

Viol sur des eufans 

Infanticide 

Blessures et coups 

Blessures et cou pseuv. ascendant 

Rébellion 

Meurtre 

Crimes envers des eufans 

Parricide 

Assassinat 

Faux témoignage et subornation 

Empoisonnement ■ . . 

Avortement 

Mendicité avec violence 

Bigamie 



476 
405 
357 
334 
325 
319 
306 
292 
291 
271 
271 
237 
207 
177 
172 
135 
42 



— 524 
595 
643 
6G6 
675 
681 
694 
708 
709 
729 
729 
763 
793 
823 
828 
865 

-f- 958 



1 
2 
3 
4 
5 
6 
7 
8 
9 

10 
I I 
12 
13 
14 
15 

ia 

17 



Viol sur des enfans 

Faux témoignage et suboruation 

Parricide 

Avortement 

Empoisonnement 

Voies de fait env. un magistrat 

Meurtre 

Assassinat 

Rignmic . 

Mendicité avec violence. .... 

Crimes envers les enfans 

Rébellion 

Blessures et coups 

Infanticide 

Association de malfaiteurs. . . . 

Viol sur des adultes 

Blessures envers ascendant . . . 



+ 108 
87 
86 
86 
63 
54 
43 
42 
42 
38 
32 
31 
29 
24 
23 
7 

— 5 



— 893 
913 
914 
914 
937 
946 
957 
958 
958 
902 
9GI 
969 
971 
976 
977 
993 

+ 995 



CRIMES CONTRE LES PROPRIÉTÉS. 



c. 



CRIMES DES JEUNES GENS. 



D. 



CRIMES DES VIEILLARDS. 



HATURE DES CRIME". 



Sur 1 ,000 crimes de chaque 
nature, il en est commis: 

Avant 25ans. Apres 25 ans, 



SATURE DES CRIMES. 



:Sur 1 ,000 crimes de chaque 
nature, il en est commis: 

A près (>0 ans. Avant 60 ans. 



1 
2 
3 
4 
5 
6 
7 
I 
I 
10 

11 

12 
13 
14 
15 



Vol daus les églises 

Vol domestique 

Vol 

Dcstr. de propr. inohil. ou iiiim 
Vol sur un chemin public. . . . 

Incendie de divers objets 

Pillage et dégât de grains .... 

Inceudic d'édifices 

Faux par supposit. de personnes 

Fausse monnaie 

Faux 

Faux en écriture de commerce 

Extorsion de signatures 

Banqueroute frauduleuse 

Concussion et corruption.... 



443 
439 
377 
340 
308 
290 
264 
204 
200 
167 
154 
143 
114 
69 
6 



— 557 
561 
623 
660 
692 
710 
733 
798 
800 
833 
846 
857 
886 
931 

+ 995 



Concussion et corruption 

Fausse monnaie 

Incendie de divers objets 

Faux par supposit. de personnes. 
Destr. de propr. mnbil. ou imm . 

Faux 

Incendie 

Banqueroute frauduleuse 

Faux en écriture de commerce. . 

Pillage et dégât de grains 

Vol 

Vol dans les églises 

Vol domestique 

Vol sur un chemin public 

Extorsion de signatures 



136 
93 
86 
81 
78 
78 
77 
50 
29 
29 
28 
26 
25 
25 
23 



+ 87 



86 \ 
907 
094 
919 
922 
922 
923 
950 
971 
971 
972 
974 
975 
975 
977 






Les crimes propres à chaque âge ne sont pas nécessairement ceux qui se trouvent 
les plus fréquens à cet âge, mais bien ceux qui sont commis alors dans une plus forte 
proportion que dans le reste de la vie, quel que soit d'ailleurs leur rapport avec le 
nombre absolu des autres crimes. C'est une distinction analogue à celle qui a été 
déjà faite, en parlant de l'influence du sexe (ni, a. b.), et où l'on a vu que certains 

4. 



■I 



28 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

attentats propres aux femmes, par exemple, peuvent être fort rares, tandis que d'autres 
qui , numériquement, viennent pour elles aux premiers rangs, peuvent cependant être 
commis plus souvent par les hommes. 

Dans ces deux tableaux, on ne considère donc plus la fréquence absolue des crimes 
à chaque âge, mais leur distribution relative, sans avoir égard à leurs nombres res- 
pectifs qui sont tous ramenés à 100 pour faciliter les comparaisons. 

Les attentats à la pudeur sur les adultes sont, de tous les crimes contre les per- 
sonnes, ceux dont la plus grande partie se commet avant vingt-cinq ans (v, a.). Les 
associations de malfaiteurs viennent ensuite, puis les voies de fait sur des magistrats 
siégeant à l'audience, et enfin les attentats à la pudeur sur des enfans âgés de moins 
de quinze ans. L'empoisonnement, le faux témoignage, la mendicité avec violence, 
sont les crimes commis en plus faible proportion par les jeunes gens. 

Parmi les attentats contre les personnes dont les vieillards se rendent coupables, 
on trouve d'abord, comme dans le tableau précédent, le viol sur des enfans; on a 
vu que c'est de tous les crimes contre les personnes , celui qui est pour eux le plus 
fréquent, c'est encore celui qu'après soixante ans, ils commettent dans une pro- 
portion plus forte qu'aucun autre. 11 est pénible, assurément, de voir se repro- 
duire ainsi, toujours aux premiers rangs, un attentat si contraire aux sentimens de 
respect que doit inspirer la vieillesse; mais il est marqué d'ailleurs d'un tel caractère 
de sottise et de faiblesse, que bien souvent il pourrait être considéré comme un signe 
de démence sénile. 

On a remarqué dans le tableau (iv, b.) que le vol dans les églises qui, après les 
autres vols, est, au-dessous de vingt-et-un ans, le plus fréquent des attentats contre les 
propriétés, diminue ensuite progressivement, et en devient un des plus rares après 
soixante-dix ans. On voit ici que c'est encore celui de tous ces attentats qui est le plus 
particulier aux jeunes gens, puisque près de la moitié en est commise par des accusés 
âgés de moins de vingt-cinq ans. C'est au contraire un de ceux dont la plus faible 
proportion est commise par des accusés au-dessus de soixante ans. A quoi faut-il 
attribuer une pareille opposition ? Peut-être à ce que les idées religieuses ont 
plus de puissance dans la vieillesse. Mais s'il en est ainsi, comment les attentats, au 
lieu de devenir moins graves , prennent-ils alors un caractère de dépravation , de per- 
versité plus prononcé qu'auparavant? c'est que souvent, affaibli par les années, et 
frappé de vagues appréhensions de l'avenir, l'homme peut respecter tout ce qui se 
rattache au culte, et même se livrer à des pratiques extérieures de religion sans pour 
cela réformer en rien sa conduite. 



INFLUENCE DES SAISONS. 



VI. 



A. CRIMES CONTRE LES PERSONNES. 



CRIMES CONTRE LES PROPRIÉTÉS. 



Hiver. . 



Printemps 



Décembre. 
Janvier. . 
Février. . 



•{ 



Eté. 



Automne. 



Mars. . . . 
Avril. . . . 
Mai. . . . 

( Juin. . . . 
< Juillet. . . 
(Août. . . . 

f Septembre . 
\ Octobre. . . 
( Novembre. . 

Totaux. 



Sur i,r» 



82 
69 

70 

85 
78 
92 

99 
89 
95 

88 
75 
78 



V —221 



9 \ 
5 ) 



255 



+283 



241 



1,000 1,000 



Hiver. 



Décembre. 
Janvier. . 
Février. . 



( Mars 

Pructemvs. < Avril 

(Mai 

(Juin 

Eté. . . . < Juillet .... 
(Août 

f Septembre . . 

Automne. . s Octobre. . . . 

( Novembre. . . 

Totaux. . 



Sur 1,000. Sur l.roo. 



102 
96 
81 

84 
75 
77 

78 

7 

8 

80 
85 

89 



279 



I- 



236 



SI 

32 j 
19 S 



231 



+254 



1,000 1,000 



Le plus grand nombre des attentats contre les personnes est commis en été; c'est 
en hiver qu'il y en a le moins. Le printemps et l'automne en présentent un nombre 
à-peu-près égal (vi, a. — pl. vu, c ). 

De tous les crimes contre les personnes , l'attentat à la pudeur est celui pour lequel 
l'influence des saisons est le plus évidente. Sur 100 crimes de cette espèce, on en 
compte en été, 30; au printemps, 25 ; en automne, 21 ; et en hiver, 18 seulement. 

Si cette distribution était, comme on pourrait le croire, un effet indirect des va- 
riations de température, les crimes contre les personnes seraient plus nombreux 
lorsque la température moyenne est le plus élevée, par conséquent, dans les mois de 
juillet et d'août, tandis que ce n'est pas alors qu'ils le sont ordinairement, mais dans 
le mois de juin. 

Le maximum du nombre des crimes contre les personnes, qui peut néanmoins 
être lié à l'élévation de la température, paraîtrait coïncider davantage avec la longueur 
des jours. On pourra s'en assurer dans quelques années, en faisant par mois, des 
relevés particuliers pour les divers attentats. 

L'infanticide est plus fréquent au printemps et en hiver, qu'en été ou en automne. 
Dans le cas où cette distribution se maintiendrait à l'avenir , elle s'expliquerait aisément , 
puisque c'est à-peu-près celle des naissances les plus nombreuses. Le mois de mars 
qui voit commettre le plus d'infanticides est, après celui de février, celui qui compte 
aussi le plus de naissances. 

Les crimes contre les propriétés se présentent à-peu-près en oi'dre inverse des 
crimes contre les personnes, de sorte que souvent le minimum des uns coïncide avec 
le maximum des autres (vi, b. — pl. vu, d.). 

C'est en été que les crimes contre les personnes sont le plus fréquens ; c'est également 
pendant cette saison qu'a lieu le plus grand nombre d'admissions dans la maison royale 



1 

* f 

I 



30 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

de Charenton. Faut-il en conclure qu'il existe, comme on l'a dit, des rapports entre les 
aliénés et les criminels? que les mêmes causes peuvent troubler l'intelligence et pervertir 
la volonté? Quand la coïncidence que l'on a cru remarquer existerait en effet, et même 
se reproduirait pour des nombres beaucoup plus forts, elle ne suffirait point, ce nous 
semble, pour résoudre la question. En effet, comme il s'écoule un temps plus ou moins 
long entre l'époque où le délire éclate et celle où l'on se décide à éloigner l'aliéné de 
sa famille, et que d'ailleurs la maison de Charenton reçoit ses malades de toutes les 
parties de la France, il en résulte qu'en général, les admissions du mois de juin font 
remonter à-peu-près au mois de mai , l'invasion de la folie. 

Des rapprochemens entre les aliénés et les criminels , considérés particulièrement 
sous le rapport du sexe et de l'Age, seraient sans doute d'un grand intérêt. Nous ob- 
serverons toutefois qu'une partie des recherches statistiques sur lesquelles il faudrait 
s'appuyer ne méritent pas beaucoup de confiance, car elles ne concernent guère que 
les établissemens publics de la capitale, et n'apprennent rien sur les aliénés renfermés 
dans les prisons et les hospices des départemens, ni sur ceux qui sont traités au sein 
de leur famille. Par conséquent, plusieurs des résultats qu'elles présentent peuvent 
être exceptionnels, c'est-à-dire, se rapporter seulement à une certaine classe d'a- 
liénés. M. le docteur Esquirol , à qui l'on doit les statistiques de Charenton , de Bi- 
cêtre et de la Salpétrière , et qui recherche avec tant de zèle tout ce qui peut être 
utile à l'étude des maladies mentales, reconnaît lui-même combien sont incomplets et 
insuffisans les documens que nous possédons sur ce sujet (i). Plusieurs fois il a sol- 
licité de l'administration supérieure, la publication d'une statistique générale de 
l'aliénation mentale en France. Ce travail commencé en 1818, sur le plan qu'il avait 
tracé, a été depuis interrompu; espérons que bientôt il sera terminé, et que non- 
seulement il amènera la solution d'importantes questions de philosophie morale, mais 
que surtout il répandra quelque lumière sur le traitement de l'une des plus tristes 
infirmités qui puissent frapper l'espèce humaine. 

(i) Esquirol. Remarques sur la statistique des aliénés { Ann. d'hygiène publique et de mcd. légale. Dccemb. 1 83o). 
— Idem. De l'état des aliénés en France, et des moyens d'améliorer leur sort. (Paris , 1 8 1 8 , in- 8*. ) 



■fc»^M 



MOTIFS DES CRIMES CAPITAUX. 



a. ORDRE DES MOTIFS APPARENS , vu. 

DES CRIMES DEMPOISONNEMENT, DE MEURTRE, D'ASSASSINAT ET D'iNCENDIE, 

CLASSÉS PAR FRÉQUENCE. 
If* d'ordre. Sur 1,000 crimes. 

I. Haine— Vengeance.— Ressentiment 264 

II. Dissensions domestiques. — Haine entre parens 143 

III. Querelles au jeu ou dans des lieux publics 113 

IV. Vol ( pour l'exécuter ou en assurer l'impunité) 102 

V. Querelles et rencontres fortuites 94 

VI. Discussions d'intérêt ou de voisinage 80 

VII. Adultère 64 

VIII. Débauche. — Concubinage. — Séduction 53 

IX. Désir de recueillir une succession ou d'éteindre une rente viagère . 26 

X. Désir de toucher une prime d'assurance sur la vie ou les propriétés . 25 

XI. Amour dédaigné ou contrarié. — Refus de mariage ...... 20 

XII. Jalousie 16 

Total 1,000 



B. ORDRE DES MOTIFS APPARENS, AVEC DISTINCTION DES CRIMES. 



EMPOISONNEMENT. 

1 Adiiltèr 349 

2 Dissensions domestiques. — Haine entre parens 320 

3 Desirderecueillirunesucc.oud'éteind. unerenteviag. 120 

4 Haine. — Vengeance. — Ressentiment 97 

5 Débauche. — Concubinage. — Séduction 57 

• Vol 17 

7 Amour dédaigné ou contrarié. — Refus de mariage. . . 17 

8 Désir de toucher une prime d'assurance 12 

9 Jalousie Il 

10 Querelles au jeu ou dans des lieux publics > 

1 1 Querelles et rencontres fortuites. » 

1 2 Discussions d'intérêt on de voisinage » 

Total 1,000 

MEURTRE. 

1 Haine. — Vengeance. — Ressentiment 305 

2 Querelles et rencontres fortuites 214 

3 Querelles au jeu ou dans les lieux publics 177 

4 Dissensions domestiques. — Haine entre parens 119 

5 Discussions d'intérêt ou de voisinage 86 

C Débauche. — Concubinage. — Séduction 36 

7 Vol 35 

8 Adultère 14 

9 Amour dédaigné ou contrarié. — Refus de mariage.. 6 

10 Jalousie 5 

11 Désir de recueillir une suce, ou d'cleind. une rente viag. » 

1 2 Deiir de toucher une prime d'assurance ■ 

Total 1,000 



ASSASSINAT. 

1 Haine. — Vengeance. — Ressentiment 218. 

2 Vol 214 

3 Dissensions domestiques. — Haine entre parens 1 50 

4 Querelles au jeu ou dans des lieux publics 94 

5 Adultère 91 

6 Débauche. — Concubinage. — Séduction 72 

7 Discussions d'intérêt ou de voisinage 59 

8 Desirderecueilliruncsucc.oud'éteind.unerenteviag. 50 

9 Jalousie 2f> 

10 Amour dédaigné ou contrarié. — Refus de mariage. . . 2C 

1 1 Querelles et rencontres fortuites «■ 

12 Désir de toucher une prime d'assurance 

Total 1,000 

INCENDIE. 

1 Haine. — Vengeance. — Ressentiment • 343 

2 Désir de toucher une prime d'assurance 198 

3 Discussions d'intérêt ou de voisinage 154 

4 Dissensions domestiques. — Haine entre parens 115 

5 Débauche. — Concubinage. — Séduction 50 

6 Amour dédaigné ou contrarié. — Refus de mariage. . . 4!) 

7 Vol 39 

8 Jalousie 30 

9 Adultère .' 22 

10 Querelles au jeu ou dans des lieux publics 

1 1 Querelles et rencontres fortuites » 

12 Desirderecueiliirunesucc.oud'elcind. unerenteviag. 

Total 1 ,000 



32 



STATISTIQUE CRIMINELLE. 



c. ORDRE DES CRIMES, 

D'EMPOISONNEMENT , DE MEURTRE, D 'ASSASSINAT ET D'iNCENDIE, 

CLASSÉS d'aPUÈS LEURS MOTIFS APPARENS. 



| 
I 



' 



Z. Crimes commis par suite de haine. — 
Vengeance. — Ressentiment. 

1 Meurtre 504 

2 Assassinat 315 

3 Incendie 159 

4 Empoisonnement. 22 

Total 1,000 

SX. Dissensions domestiques. — 
Haine entre parens. 

1 Assassinat 4o3 

2 Meurtre 3C6 

3 Empoisonnement 132 

4 Incendie 99 

Total 1,000 

ZXZ. Querelles au jeu ou dans des 
lieux publics. 

1 Meurtre G82 

2 Assassinat. 318 

3 Empoisonnement ■> 

4 Incendie ., 

Total 1,000 

IV. Fol. 

1 Assassinat ■ 797 

2 Meurtre 148 

3 Incendie 4 5 

4 Empoisonnement 10 

Total 1,000 



V. Querelles et rencontres 
fortuites. 

1 Meurtre 1 ,000 

2 Empoisonnement. » 

3 Assassinat » 

4 Incendie 

Total 1,000 

VI. Discussions d'intérêt ou de 
voisinage. 

1 Meurtre 480 

2 Assassinat 280 

3 Incendie 234 

4 Empoisonnement » 

Total 1,000 

VII. Adultère. 

1 Assassinat 542 

2 Empoisonnement 321 

3 Meurtre 95 

4 Incendie 42 

Total 1,000 

VIII. Débauche. — Concubinage. 
— Séduction. 

1 Assassinat 522 

2 Meurtre 299 

3 Incendie 115 

4 Empoisonnement 64 

Total 1,000 



IX. Désir de recueillir une succes- 
sion ou d'éteindre une rente viag. 

1 Assassinat , . . 731 

2 Empoisonnement 2C9 

3 Meurtre » 

4 Incendie 

Total 1,000 

X. Désir de toucher une prime d'assu- 
rance sur la vie ou les propriétés. 

1 Incendie 973 

2 Empoisonnement 27 

3 Meurtre » 

4 Assassinat . 

Total 1,000 

XI. Amour dédaigné ou contrarié. 
— Refus de mariage. 

1 Assassinat' 500 

2 Incendie 310 

3 Meurtre i3g 

4 Empoisonnement 52 

Total . . 1,000 

XII. Jalousie. 

1 Assassinat 612 

2 Incendie 225 

3 Meurtre 122 

4 Empoisonnement 41 

Total 1,000 



De toutes les parties de la statistique criminelle, la plus importante peut-être est 
celle qui a pour objet de faire connaître les motifs des crimes, du moins autant qu'ils 
ressortent de l'instruction et des débats; malheureusement c'est en même temps 
une de celles qui offrent le plus de difficultés, et qui, jusqu'à présent, ont été le 
moins étudiées. Le tableau des motifs, que nous avons dressé d'après les relevés des 
cinq années 1826, 27-28-29 et i83o, est sans doute incomplet, la division pourrait 
en être plus méthodique, et chaque article, au lieu de se réduire à une simple 



MOTIFS DES CIUMES CAPITAUX. 33 

énonciation, devrait former un chapitre, et présenter de nombreux développemens. 
Tout imparfait qu'il est, ce tableau néanmoins offre déjà des résultats dignes d'attention. 
Il sert en outre à fixer les idées, et à marquer le point de départ pour des recherches 
ultérieures. On observera d'ailleurs que les relevés n'ayant encore été faits que pour 
cinq années, les divers rapports numériques ne sont point ici d'une exactitude ri- 
goureuse, mais qu'ils indiquent seulement des tendances, particulièrement pour les 
deux tableaux vm et ix. 

Le premier tableau (vu, a.) contient les motifs des crimes d'empoisonnement, de 
meurtre, d'assassinat et d'incendie classés par ordre de fréquence, sans distinction de 
la nature des crimes. La haine, la vengeance qui paraissent en premier ordre, font 
commettre 2G pour 100, ou plus du quart du nombre total de ces attentats. Viennent 
ensuite les dissensions domestiques, les haines entre parens (0,1 4) ; puis les querelles 
au jeu et dans les lieux publics (0,11). Les motifs compris sous ces trois premiers 
articles produisent seuls plus de la moitié des crimes d'empoisonnement, de meurtre, 
d'assassinat et d'incendie. 

Les quatre tableaux de développement (vu, b.), qui se trouvent après celui-ci, 
font connaître, séparément pour chacun des crimes dont nous venons de parler, la 
fréquence relative des motifs. On voit, dans le premier de ces tableaux, que la cause 
la plus commune des empoisonnemens est l'adultère (1) qui vient en premier ordre, et 
qui fait commettre 35 pour 100, ou plus du tiers du nombre total de ces crimes. 

On trouve ensuite, sous les numéros 2 et 3, les dissensions domestiques (o,32), puis 
le désir de recueillir une succession ou d'éteindre une rente viagère (0,12). 

Les querelles au jeu ou dans les lieux publics, les rencontres fortuites et les dis- 
cussions de voisinage ne font presque jamais commettre d'empoisonnement, ils don- 
nent lieu au meurtre, et quelquefois à l'assassinat. Ce résultat pouvait être aisé- 
ment prévu. 

Les douze tableaux (vu, c.) qui suivent présentent, en ordre vertical, les crimes 
classés, non plus d'après leur nature, mais d'après les motifs qui les ont fait com- 
mettre. Ils se rapportent aux numéros du tableau général (vu, a.). 

Nous n'avons point parlé dans ces tableaux d'un petit nombre d'homicides et 
d'incendies commis par des enfans ou par des aliénés. 

(1) On connaît l'ancien adage de droit romain : Alulier adultéra, ergo venr/îca. 



s> 



— — < 



CRIMES 

d'empoisonnement, de meurtre et d'assassinat, 

COMMIS 

PAR SUITE D'ADULTÈRE- 



Tableau de développement. 



,r 



*L 



VIII. 



[ Du mari adultère. 



I 



DIS EPOUX 

ADULTERES. 



DES r.roi.x 

OUTRAGES. 



De la femme adultère. 



Par le mari outragé. . . . 
Par le complice de la femme . 



Sur i t ooOt Sur 1,000. 



I Du mari outragé. 



Par la femme adultère. . . . 
Par le complice de la femme. . 
Par la femme et sou complice. 
Par la femme et un tic» . . . 



' De la femme outragée. 
De la complice du mari. 



{Par le mari adultère. . . . 
Par la complice du mari . . 
Par le mari et sa complice. 



Parla femme outragée 

Par les parens du mari adultère. . 



DIS COMPLICES. 



DIS E1IFAHS. 



I Du complice de la femme . 



! Par le mari outragé , 

Par la femme et un tiers , 

[Par les païens de la femme infidèle, 



[ D'enfant adultérin! . 



Par la mère adultère. 
Par le mari outragé. 



f D'enfant légitime!. 



De tiers qui s' opposaientà l'adultère, 
De tien quifavoritaient l'adultère. 



Par la mère adultère 

Par le mari adultère et sa complice, 

' Par le complice de la femme. . . , 

! Par le mari outragé , 

Totaux 



22 
11 

77 
177 
1 •;«-. 

17 

177 
55 
50 

17 
17 

110 

11 
17 

22 
17 

5 
II 

16 



1,000 



33 

437 

282 
34 
138 

39 

16 

16 
5 



> 33 



719 



1,000 



J72 



55 



21 



1,000 



Lorsque, par suite d'adultère, il est commis un attentat contre la vie de l'un des 
époux, on peut supposer que souvent c'est l'époux outragé qui se venge de l'époux 
coupable. Cependant presque jamais il n'en est ainsi. Sur ioo attentats de ce genre, il 
n'y en a pas moins de yG contre l'époux outragé, encore faut-il observer que ce rapport 
s'applique à-la-fois aux deux époux. Si l'on ne considère que le mari adultère, on voit 
avec étonnement que jamais ses jours ne sont menacés, la faible proportion de quatre 
pour cent appartenant uniquement à la femme infidèle qui est moitié aussi souvent 
frappée par son propre complice que par l'époux qu'elle trahit (pi., vu, e.). 

Il est triste de penser que celui à qui, dans le monde, on a fait quelquefois expier par 
de scandaleuses railleries des fautes qu'il n'a pas commises, soit précisément celui qui a 
le plus à craindre pour ses jours. Les crimes dont il est l'objet forment les trois quarts 
de ceux qu'entraîne l'adultère. Les attentats à la vie du mari sont les plus fréquens ; 
ils s'élèvent aux trois cinquièmes du nombre total; ceux qui sont dirigés contre la 
femme en font les deux cinquièmes seulement. 

Les attentats contre le mari outragé se présentent dans cet ordre : ils sont commis 



MOTIFS DES CRIMES CAPITAUX. 35 

d'abord par le complice seul, par le complice et la femme, par la femme seule, puis 
par la femme et un tiers. 

Plus des trois cinquièmes des attentats à la vie des femmes outragées sont commis 
directement par le mari adultère; un cinquième est commis parla complice du mari; 
un autre cinquième environ par le mari et sa complice. 

Si la vie des époux adultères n'est presque jamais menacée, il n'en est pas de même 
de celle de leur complice, qui d'ailleurs est presque trois fois moins exposée que 
celle des époux outragés. 

La complice du mari adultère est trois fois moins souvent victime que le complice 
de la femme. Ce dernier périt le plus ordinairement de la main du mari , quelquefois 
aussi de la main de la femme ou de celle de ses proches. Il est remarquable, en effet, 
que lorsque des parens se trouvent mêlés à ces sanglans débats , ils sont constamment 
dirigés par des motifs honorables. S'ils paraissent, c'est toujours pour mettre un 
terme aux désordres qui troublent la famille, et pour venger l'époux trompé. Ils frap- 
pent alors infailliblement, non pas leur parent qui trahit ses devoirs, mais bien 
son complice. 

Après les époux et les complices, les enfans sont les premières victimes. D'abord, 
ceux qui sont le fruit d'un commerce adultère; ensuite ceux qui sont nés d'une union 
légitime. Les premiers sont tués par la mère qui veut faire disparaître la trace de sa 
faute, ou par le mari, pour venger son injure; les autres, objet d'aversion ou de ja- 
lousie, et dont l'héritage est convoité pour des enfans préférés, sont frappés par 
l'époux adultère et par sa complice. 

Ces résultats sont relatifs aux crimes commis par la masse de la population, sans 
distinction. Probablement ils seraient bien différens s'ils s'appliquaient seulement aux 

attentats commis par les habitans des grandes villes, et surtout par les classes élevées #«v 

de la société. 



»80 Q — 



CRIMES 

d'empoisonnement, de meurtre et d'assassinat, 



PAR SUITE DE DÉBAUCHE, SÉDUCTION ET DE CONCUBINAGE- 

Tableau de développement. 



IX. 



Dei 

hommti. 




ID'hommci qui avaient séduit le* parentes des accusés (filles, secun ou nièces). 
D'hommes, a la suite ou à l'occasion de scènes du débaucha 
D'hommes, par leurs concubines qu'ils avaient abandonnées > 

I De rivaux, en commerce illégitime. 

| De .séducteurs, pour s'en débarrasser < 

[ De garçons , après attentat à la pudeur < 



/ De jeunes filles , après attentat à la pudeur, pour prévenir la plainte 

De concubines qui avaient abandonné les accusés 

De femmes séduites, pour s'en débarrasser 

De prostituées, dans des maisons de débauche 

Déjeunes filles, à la suite de tcntativesd'avoiiem.par un médecin ou leur séducteur , 

De concubines et de filles séduites, par leurs complices , 

Déjeunes filles , par leurs séducteurs au mariage desquels elles étaient un obstacle . 
De femmes engagées dans un comm. illicite, par suite de discussion ou de jalousie 

De concubines, par des breuvages destinés a les rendre stériles 

De prostituées 

De concubines par leurs amans, de peur qu'elles ne leur fussent infidèles. . . 



De pères de filles séduites, par leurs séducteurs 

D'eufaus issus d'un commerce illicite 

De frères qui voulaient faire cesser les relations de leurs sieurs avec les accusés 

D'hommes qui avaient averti les pères des relations de leurs filles avec les accusés 

D'hommes qui avaient enlevé des filles à leurs ravisseurs 

D'hommes dont les concubines des accusés avaient & se plaindre 

De parens de femmes à la pudeur desquelles les accusés avaient attenté. ... 
De personnes qui avaient donné asile à des filles enlevées 

Totaux 



S. 1,'K.O S. 1,000 S. l,ooo 



1231 
20 1 
22 ( 
.12 i 
tà| 
7; 

167 

145 

138 

102 

36 

36 

22 

14 

7 

7 

7 

22 
là 

7 

15' 

1 ', I 

li 
7| 
7, 



218 



899 



681 



1 I 



44 



101 



1,000 1,000 1,100 



.<"S 



La débauche, la séduction et le concubinage, font commettre à- peu-près autant de 
crimes que l'adultère. 

On a vu que, dans l'adultère, c'est la vie de l'homme qui est le plus souvent menacée. 
Ici c'est tout le contraire ; par une sorte de compensation, plus des trois quarts des at- 
tentats sont dirigés contre la femme. Ses jours sont donc deux fois plus exposés que 
ceux de l'homme. 

Le désir de prévenir la plainte après un attentat à la pudeur, et d'échapper ainsi 
au scandale et aux dangers d'un procès criminel, est le motif le plus ordinaire des 
attentats contre la vie des femmes; seul il ne produit à-peu-près que le quart. 

Un sixième de ces crimes «st commis ensuite pour se venger de concubines infidèles 
ou qui veulent rompre de coupables habitudes ; un autre sixième , pour se débar- 
rasser de femmes séduites ou d'amantes délaissées qui deviennent un obstacle au ma- 
riage des accusés. Triste conséquence de pareilles liaisons! Qu'elle soit constante 
ou infidèle, la femme séduite n'en a pas moins de dangers à redouter. 

Une partie de ces attentats, un dix-septième environ, est d'une nature particulière, 
et se commet pour ainsi dire de complicité avec les malheureuses qui en sont les 



MOTIFS DES CRIMES CAPITAUX. 37 

victimes. Ils résultent d'empoisonnemcns involontaires, et de manœuvres périlleuses 
ayant pour but de provoquer l'avortement, et de s'épargner un crime pour l'avenir. 

Dans le mariage, l'infidélité de la femme ne fait commettre qu'environ le trente- 
troisième des attentats contre ses jours; elle en produit le sixième, ou quatre fois 
davantage, dans les unions illicites. 

Le motif le plus ordinaire des attentats à la vie des femmes, par suite de séduction, 
de débauche et de concubinage, en fait commettre le quart, ainsi qu'on l'a vu plus 
haut ; celui qui détermine principalement les attentats à la vie des hommes est plus 
puissant encore; il en fait commettre plus de la moitié. C'est le désir de venger des 
parentes séduites. Les crimes qui, comme celui-ci, ne sont point dus à un intérêt di- 
rect et personnel , sont extrêmement rares, car on en compte à peine deux sur cent, en 
y comprenant encore les ^endette de la Corse. Une moitié de ces crimes est commise 
par un mouvement soudain , en défendant des tiers , l'autre l'est en général pour venger 
des parentes séduites, mais souvent aussi, nous devons le dire, dans le dessein de satis- 
faire la haine des personnes avec lesquelles les accusés entretenaient des liaisons illicites. 

Un trente-troisième à-peu-près des attentats à la vie des hommes, toujours par suite 
de séduction , de débauche et de concubinage , est commis dans les lieux de prosti- 
tution. C'est presque toujours là que sont frappées les prostituées lorsqu'on attente à 
leurs jours. 

Pour compléter ce tableau des maux qu'entraîne après lui le dérèglement des mœurs, 
à cette effrayante série d'attentats, on devrait encore ajouter environ le quatorzième 
des incendies dont les motifs sont connus, un grand nombre de duels, d'aliénations 
mentales, surtout chez les prostituées, la totalité des infanticides, puis enfin, pour la 
capitale, la plupart des suicides commis par les jeunes femmes. 

De ces faits, on est conduit à des considérations qui sans doute n'auront point 
échappé au lecteur. Aujourd'hui que les croyances sont affaiblies, les anciens prin- 
cipes de conduite privée, du moins ceux qui ne touchent pas directement aux intérêts 
matériels et pécuniaires, sont ébranlés et remis en question. lies liaisons que la mo- 
rale réprouve sont vues surtout avec une extrême indulgence ; le théâtre et la 
littérature légère, en les présentant sans cesse comme des erreurs excusables, tendent 
à égarer encore l'opinion, et à la rendre, s'il se peut, moins sévère. Cependant, si nous 
abandonnons le principe du devoir, pour celui de l'intérêt ou de l'utilité; qu'à nos 
yeux la moralité d'une action résulte, non de sa propre nature, mais uniquement de 
ses conséquences, notre conduite doit toujours rester la même. Nous sommes forcés 
de reconnaître qu'appréciées seulement d'après cette base nouvelle, de pareilles liaisons 
ne deviennent pas des délits moins graves qu'ils ne l'étaient dans la doctrine que l'on 
rejette comme insuffisante et fondée sur de vains préjugés. En approfondissant les 
rapports de l'homme en société, l'on trouvera toujours que les idées d'utilité véritable 
et de devoir, loin d'être jamais opposées, se confondent et sont inséparables. 



CRIMES CONTRE LES PERSONNES. 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 

Les cinq régions du royaume, rangées d'après le rapport du nombre des crimes 
qu'elles ont vu commettre, avec leur population, se présentent dans l'ordre suivant 
pendant les six années comprises de i8a5 à i83o. 

Rapport du nombre des accusés avec la population. 





Années 1825. 


1826. 


1827. 


1828. 


1829. 


1830. 


Moyenne. 




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1 ace. 


1 «ce. 


x ace. 


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I ace. 




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sur . . . babil. 




1 -fSud . . 9 072. 


+S. 9 972. 


-fS. 11 830. 


+S. 11 743. 


+S. 11 277. 


-f-S. 13 080. 


-f-S. 11 003 




| Est . . 17 972. 


E. 15 536. 


E. 16 980. 


E. 16 361. 


E. 18 661. 


C. 18 512. 


E. 17 349 


O 

3 


1 Nord. . 17 983. 


N. 19 995. 


O. 17 880. 


N. 18 476. 


N. 20 414. 


E. 19 151. 


M. 19 964 


a 


1 Ouest . 20 1 40. 


C. 22 485. 


C 19 475. 


C. 21 471. 


C. 22 388. 


N. 22 807. 


C. 20 984 




' —Centre. 22 293. 


— O. 24 168. 


— N. 20 852. 


— O. 22 756. 


—0. 23 759. 


— O. 26 548. 


— O. 22 168 



Suivant ce tableau, les départemens de la région du sud sont, pendant les six 
années , ceux où se trouvent le plus de crimes contre les personnes. Ces crimes y 
sont deux fois aussi nombreux que dans les départemens des régions de l'ouest et du 
centre qui en offrent à-peu-près autant l'une que l'autre. Les différences pour les dé- 
partemens pris séparément sont bien plus fortes encore. 

D'après la moyenne, on a compté chaque année, dans le département de la Corse, 
un accusé pour attentats contre les personnes, sur 2,199 habitans; dans le départe- 
ment du Lot, 1 sur 5,885; dans celui de l'Ariège, 1 sur 6,173, et, dans la France 
entière, 1 sur 17,085. A l'autre extrémité de l'échelle, dans les départemens de la 
Côte-d'Or et de l'Indre, il n'y en a eu qu'un sur 32,ooo habitans; 1 sur 33,ooo dans 
ceux de la Somme et de Sarthe; 1 sur 35,ooo dans le département des Ardennes, et 
enfin, 1 sur 37,000 dans celui de la Creuse. C'est environ quinze fois moins que dans 
la Corse. Dans ce dernier département, le nombre des accusés plus faible chaque 
année a été réduit de plus de moitié depuis 1 825. 

De tous les attentats contre les personnes, ceux qui sont dirigés contre les ascendans 
supposent le plus de perversité. Il importe donc de savoir si c'est également dans le sud 
qu'il s'en commet le plus. Mais comme il est probable que les causes locales qui , dans 
cette région, multiplient les attentats contre les personnes, y multiplient de même les 
attentats contre les ascendans, nous ferons le rapport des crimes contre les ascendans, 
non pas avec la population , mais avec la masse totale des crimes contre les personnes. 

Crimes contre les ascendans, 

ItOHBRI DI CRIMES COHTRE LIS ASCEMDASS roUR 1,000 CRIMES CONTRE LU TERSONRIS. 



1 Landes 133 

2 Charente 129 

3 Charcute- Inférieure 125 

4 Aisne ,. 116 

5 Mcurthe 110 

6 Cotes-du-Nord 107 

7 Somme lOfl 













94 

















£0 Aude. 10 

81 Corse 2 

82 Indre 

83 Nièvre 

84 Jura 

86 Hautes- Pyrénées. 

— 86 Corme • . • . 



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CRIMES CONTRE LES PERSONNES. 30 

C'est dans les régions du sud et du centre, dans le Berry, le Limousin, l'Auvergne, 
la Provence, puis dans une partie du Languedoc et de la Guyenne, que les attentats 
contre les ascendans sont le moins nombreux comparativement à la masse des at- 
tentats contre les personnes. 

C'est dans le nord, l'est et l'ouest qu'ils sont le plus fréquens. Les de'partemens de la 
Corse, du Lot, de l'Ariège, des Pyrénées-Orientales, du Haut-Rhin et de la Lozère, 
les six premiers , pour les crimes contre les personnes , ne paraissent , pour les 
crimes contre les ascendans, que les 81 e , 54 e , 67 e , 74 e , 4<> e et 72 e ; sans doute, pour 
ces derniers crimes, l'ordre des départemens ne peut pas encore être déterminé avec 
une grande précision, mais il est néanmoins assez approximatif. 

Les parties du royaume où il y a le plus de respect pour les ascendans sont en 
général celles où les jeunes soldats abandonnent le plus souvent leur drapeau pour 
revenir dans leur famille. C'est là que se trouvent aussi le moins de naissances illégi- 
times et de suicides. 

La comparaison de cette première carte avec les suivantes ne fait pas toujours res- 
sortir la cause des résultats qu'elle présente, mais elle a du moins cet avantage, qu'elle 
nous apprend où nous ne devons pas les chercher. Si la coïncidence de plusieurs 
faits n'en suppose pas toujours la liaison , cette liaison ne peut être admise là où ne se 
rencontre pas de coïncidence. 

Nous examinerons, dans le texte de la carte de l'instruction, jusqu'à quel point est 
fondée l'opinion qui attribue à l'ignorance la plupart des crimes contre les personnes. 

L'agglomération de la population, en adoucissant les mœurs, et en diminuant en 
même temps les chances d'échapper aux poursuites de la justice, rend moins fréquens, 
dit-on, les crimes contre les personnes. En consultant le tableau xi, on verra que 
cette cause, si elle existe, est du moins très bornée, car les départemens des Bouches- 
du-Rhône , de l'Hérault , du Var , du Haut-Rhin et de la Moselle où se trouvent cepen- 
dant des villes très populeuses voient commettre un grand nombre de crimes de cette 
nature. Le rapport de la population rurale à la population urbaine ne ferait pas 
mieux ressortir cette influence, car si les départemens de la Corse, du Lot, de l'Ariège, 
de l'Aveyron et de la Lozère ont une population peu compacte, la région du sud-est 
est cependant celle où la population urbaine est la plus forte; les deux régions de 
l'ouest et du centre, où elle l'est le moins, sont celles qui présentent le plus petit 
nombre d'attentats contre les personnes. C'est le contraire de ce qui aurait lieu, si 
l'opinion dont nous parlons était généralement vraie. 

La loterie a été représentée à la tribune, sinon comme la cause principale de tous 
les crimes, du moins comme celle des vols domestiques, des coups et blessures envers 
les ascendans, et des empoisonnemens. Il est difficile de concevoir comment la 
loterie, dont nous sommes loin d'ailleurs d'approuver l'institution, produirait seule 
tant de forfaits. Les empoisonnemens sont beaucoup trop rares pour que leur 
distribution par département ne soit pas fort incertaine. Il en est à-peu-près de 



40 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

même des coups et blessures envers les ascendans. Il ne fallait tirer aucune conséquence 
des relevés d'une seule année qui pouvait offrir des résultats exceptionnels. Nous sa- 
vons maintenant qu'une assez grande proportion de ces crimes est commise dans des 
départemens où l'on met peu à la loterie , et dans d'autres où l'on n'y met pas du tout, 
par la raison qu'il ne s'y trouve pas de bureaux de recette. En supposant d'ail- 
leurs que dans les départemens où l'on met le plus à la loterie, les vols domestiques, 
les crimes contre les ascendans et les empoisonnemens , fussent réellement plus 
communs que dans les autres, ce ne serait sans doute là qu'une simple coïncidence ou 
la rencontre fortuite de deux effets indépendans l'un de l'autre, mais produits par 
une cause commune. 

A chaque époque, il y a des causes générales au moyen desquelles on prétend tout 
expliquer, et dont on reconnaît partout les effets. C'est ainsi qu'en France, par 
exemple, la différence qu'on observe dans le caractère moral des peuples, dans leurs 
usages, dans leurs préjugés, a été successivement attribuée, toujours d'après les idées 
dominantes, et d'une manière exclusive, au climat, à la température, au régime 
alimentaire, puis enfin, dans ces derniers temps, à l'instruction élémentaire, à l'in- 
dustrie, à l'action du clergé, à la jouissance des droits politiques. Aujourd'hui parti- 
culièrement, que les esprits sont vivement occupés de la discussion des affaires pu- 
bliques, on est porté à ne voir dans le caractère moral des peuples, que le résultat 
variable des institutions. Les influences naturelles qu'on paraît à peine soupçonner, 
agissent pourtant avec non moins de puissance, et méritent autant de fixer l'attention. 

Parmi les causes de l'inégale distribution géographique des crimes contre les 
personnes, il en est une que jusqu'ici l'on n'a point assez remarquée. C'est la différence 
d'organisation acquise ou primitive qui, malgré la régularité de nos nouvelles divisions 
administratives, fait encore reconnaître dans le royaume comme plusieurs nations 
distinctes ayant chacune son langage, ses mœurs, ses habitudes, ses préjugés de tra- 
dition. Dans des circonstances pareilles, le Basque où le Languedocien n'agira point 
comme le Normand, ni le Bas-Breton comme l'habitant de l'Auvergne ou du Berry. Ces 
diversités de caractère, dans plusieurs de nos anciennes provinces, sont même si 
frappantes, qu'elles sont depuis long-temps consacrées par des proverbes populaires. 
Malheureusement l'histoire naturelle de l'homme, qui devrait cependant nous intéresser 
si vivement, est trop peu avancée pour être ici de quelque secours. Les distinctions de 
type ou de race que, pour une partie de l'Europe, on n'a guère fait qu'entrevoir, ne sont 
établies que d'après des documens historiques, et d'une manière tout-à-fait incomplète 
et superficielle. L'étude des caractères physiologiques paraît devoir conduire à des 
résultats plus positifs et plus satisfaisans (i); mais sans doute on sera long-temps 
encore avant de posséder des observations assez nombreuses pour déterminer ri- 
goureusement chez nous une distribution géographique des races. 

( i ) W. F. Edwards. — Des caractères physiologiques des races humaines , considérées dans leurs rapports avec 
l'histoire. (Paris, 1849, in-8*.) 



CRIMES CONTRE LES PERSONNES. 41 

Outre les faits que nous avons recueillis, et dont on peut étudier la liaison avec la 
distribution des crimes, il en est d'autres fort importans que nous regrettons de ne 
pouvoir offrir à nos lecteurs. Quand même le résultat de leur examen eût été négatif, 
il n'eût pas été pour cela sans fruit; car, dans des recherches de cette nature, où 
presque toujours les explications à priori sont erronées , ce n'est guère que par voie 
d'exclusion qu'il faut espérer d'arriver à la vérité. 

Pour apprécier la facilité des communications, nous avons dressé la carte du déve- 
loppement des routes royales par lieue carrée ; nous aurions désiré que les élémens 
d'un travail semblable eussent été publiés pour les routes départementales, les chemins 
communaux et les rivières navigables. Il serait utile de savoir si , dans une longue éten- 
due , ces routes ne traversent pas des forêts ou des terres incultes; de connaître, pour 
chaque département, la division des propriétés, l'aspect physique du pays, l'industrie 
principale, le genre de culture, et, par conséquent, les mœurs, les occupations ordi- 
naires des habitans. Ces renseignemens que l'on possède, il est vrai, pour la plupart, 
mais qui n'ont été jusqu'à présent indiqués que d'une manière vague et incertaine, de- 
vraient être assez positifs, assez précis, pour être exprimés numériquement, et pour 
permettre de classer les départemens par ordre de progression, ce qui maintenant est 
impossible dans le plus grand nombre des cas. Nous voudrions enfin que, pour les 
crimes capitaux seulement, le compte général de la justice criminelle, si parfait 
d'ailleurs, distinguât à l'avenir ceux des habitans des villes, et ceux des habitans de 
la campagne, et qu'en outre, il présentât les principaux relevés par arrondissement, 
comme pour les affaires correctionnelles. Ce serait un des meilleurs moyens de re- 
monter à la cause locale des crimes, et de rendre la surveillance plus active là où elle 
devient plus souvent nécessaire. 

Peut-être s'étonnera-t-on de nous voir demander sans cesse de nouveaux rensei- 
gnemens et des développemens plus étendus. On pense assez généralement, que lorsque 
le cadre d'une statistique est une fois arrêté, il ne reste qu'à le remplir périodique- 
ment sans rien chercher de plus. C'est se tromper gravement. La statistique, ainsi 
considérée, serait d'une utilité bien restreinte : sans doute elle doit toujours continuer 
de recueillir, sous la même forme, les faits qu'elle a présentés d'abord, afin d'en 
montrer le développement successif; mais elle doit, en outre, ne pas négliger les faits 
accessoires ou secondaires qui peuvent être liés aux premiers. Il est rare qu'un seul 
tableau donne la solution complète d'une question. Le plus souvent cette question 
paraissait simple, on découvre qu'elle est composée. En continuant d'étendre les re- 
cherches à mesure qu'elle se divise, on parvient à en saisir tous les élémens, à l'em- 
brasser sous toutes ses faces; si, au contraire, on s'arrête au premier résultat partiel, 
il faut suppléer, par des hypothèses, à la connaissance des faits qui restent inconnus, 
et l'on s'engage alors dans une série interminable d'erreurs. 



CRIMES CONTRE LES PROPRIÉTÉS. 



Les cinq régions du royaume, rangées d'après le rapport de leur population avec 
le nombre des crimes contre les propriétés qu'elles ont vu commettre, se présentent 
dans l'ordre suivant : 



Rapport annuel des accusés avec la population. 

Années 182J. 1820. 187.7. 1828. 1829. 1830. 



I iffflt* t «ce. I atr. I aer. i aee. 1 aec 

nr.t.MtoM. aur ... babil, ftur ... habil. eur ... babil. Mir . . . babil, lur ... babil. 

' +l*ord. . 4 220. +N. 4 181. +N. 4 238. +N. 3 681. +N. 3 561. +N. 3 773. 

Est. . . 6 194. E. 7 089. E. G 890. E. 6 037. O. 7 362. C. 7 463. 

Sud... 7 912. O. 7 472. O. 7 324. S. 7 313. S. 7 369. E. 7 686. 

'â I Oucsl . 7 992. S. 8 423. S. 8 5i8. O. 7 354. E. 7 403. O. 7 745. 

—Centre. 8 382. — C. 8 703. — C. 9 792. — C. 8 148. — C. 7 626. —S. 8 279. 



Moyenne. 

I ace. 
anr . . . babil. 

+N. 3 924. 

,E. 6 949. 

O. 7 534. 

S. 7 945. 

— C. 8 285. 



Le maximum se trouve constamment dans la région du nord qui, pour les crimes 
contre les personnes, ne venait qu'en troisième ordre; et, sauf une exception pour l'an- 
née i83o,dont les résultats ont pu être altérés par les causes que nous avons indiquées 
plus haut (page 1 7),le minimum tombe toujours dans la région du centre où les attentats 
contre les propriétés sont, en général, une l'ois plus rares que dans celle du nord. 

Après le département de la Seine qui compte un accusé sur i3G8 habitans, ou 
douze fois plus que les départemens de la Haute -Loire et de la Creuse, c'est dans 
une partie de la Normandie, puis dans les départemens de Seine-et-Oise, d'Eure- 
et-Loir et du Pas-de-Calais qu'il y en a le plus. Par une heureuse compensation, 
les parties du royaume qui offrent le plus d'attentats contre les personnes, n'en pré- 
sentent que fort peu contre les propriétés. 11 faut cependant excepter l'Alsace et les 
départemens de la Corse, de Seine-et-Oise, de la Moselle et de la Lozère, qui pa- 
raissent encore ici aux premiers rangs, comme sur la carte précédente. 

Proportionnellement à la population, les crimes contre les propriétés sont ordi- 
nairement plus communs dans les villes populeuses que dans celles où les habitans 
sont peu nombreux. On a cru pouvoir conclure de là que leur principale cause était 
l'agglomération de la population. On a beaucoup trop généralisé, car des départe- 
mens où se trouvent des cités du premier ordre, Nantes, Bordeaux, Nîmes, Toulouse, 
Montpellier, Marseille, voient commettre moins de crimes de cette nature, que les 
départemens du nord dont les principales villes sont: Troyes, Châlons, Arras, Evreux 
et Chartres. On a sans doute attribué à l'agglomération de la population l'influence 
due à des faits très divers, qui souvent se rencontrent avec elle sans y être pour 
cela liés nécessairement. Comme ils se développent simultanément, il est difficile de 
distinguer, dans le résultat commun , ce qui est propre à chacun d'eux. 

La richesse, représentée à-la-fois par la quotité de la contribution personnelle et 
mobilière (xi , a) et par le revenu territorial , se rencontre plus souvent que l'agglomé- 
ration de la population avec les attentats contre les propriétés, dont elle paraît ainsi une 
cause indirecte. Nous observerons cependant que le maximum de la richesse établie par 



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CRIMES CONTRE LES, PROPRIÉTÉS. 43 

Ja combinaison de ces deuxélémens tombe, il est vrai, dans les départemens du nord où 
se trouve aussi le plus d'attentats contre les propriéte's, et son minimum dans celle du 
centre où ces attentats sont le plus rares; mais que, d'un autre côté, dans le sud, sa moyenne 
est presque aussi élevée que dans le nord, suivant la direction d'une courbe qui, com- 
mençant au département de la Charente, traverse une partie de la Guyenne, du Lan- 
guedoc et de la Provence. Si, dans le nord, c'est la richesse qui produit indirectement 
les crimes contre les propriétés, pourquoi n'en est-il plus de même dans le sud? 

De ce que les départemens les plus pauvres sont ceux où l'on commet le moins de 
crimes contre les propriétés, il serait peu rigoureux de conclure que la misère n'est 
pas la cause principale de ces crimes. Pour justifier cette dernière opinion , que 
d'ailleurs nous sommes loin de rejeter, il faudrait des preuves plus directes. En effet, 
il est possible que les départemens où il y a le moins de richesse, ne soient cependant 
pas ceux où l'on compte le plus d'indigens, et que les départemens où se trouvent 
les fortunes les plus considérables , soient précisément ceux où la misère est en 
même temps la plus profonde pour une certaine partie de la population. 

La question de T'influence de la richesse ou de la misère sur la moralité, pré- 
sente plus de difficulté qu'on ne le soupçonnerait au premier abord. Pour l'étudier, il 
serait indispensable d'établir, dans chaque département, le nombre proportionnel des 
indigens et des mendians. Quelques documens ont été publiés, il est vrai, sur ce 
sujet, mais il n'ont aucun caractère authentique, et ne paraissent pas mériter assez 
de confiance pour que nous en donnions ici l'analyse. 

Le tableau xn (b) offre, pour chaque département, d'après l'excellent compte rendu 
de l'administration des finances publié en i83o, par M. de Chabrol, le développement 
du commerce et de l'industrie, représenté par le rapport des patentables à la popu- 
lation. Sur la carte u, nous avons indiqué par le signe p les départemens où ce 
rapport est le plus élevé, et par le signe/? ceux où il l'est le moins. Les premiers 
sont presque tous au-dessus de la moyenne des crimes contre les propriétés; sauf la 
Corse, les autres se trouvent beaucoup au-dessous. Nous pourrions, il est vrai, signaler 
de nouveau des exceptions: pour une partie de la Bretagne, par exemple, où il y a 
le moins d'industrie et où les vols cependant sont très communs; ensuite, pour les 
départemens des Ardennes, de la Meuse et de la Côte-d'Or où l'on trouve au con- 
traire peu de crimes contre les propriétés, avec une industrie très active. Mais nous 
devons nous arrêter aux résultats généraux. 

Cette apparente liaison des crimes contre les propriétés, avec le développement du 
commerce et de l'industrie , mérite d'être étudiée avec soin , car la France n'est pas 
le seul pays où elle ait été remarquée, (i) 



(i) Whilst commerce bas încrcased one balf, crime has nearly quadruple*!. — Statislical illustrations of the 
bntish empire (London, 18*7, in-8°. Préface). —Girard, Rapp. à l'acad. des sciences, sur un mémoire de 
M. de Morogues, intitulé : De l'utilité des machines, de leurs inconvéniens , etc., page 17 (Paris, i83a, in-4 ). 

6. 



r 



44 STATISTIQUE CRIMINELLE. 

Dans la capitale et ses environs, de même que dans les grandes villes manufactu- 
rières et les ports de mer, une forte proportion des crimes contre les propriétés est 
commise par des voleurs de profession (i), dont le nombre, pour tout le royaume, 
ne selève pas, dit-on, à moins de 3o à 4o,ooo individus des deux sexes. Parmi eux se 
trouvent beaucoup de jeunes gens qui, dans nos maisons de correction, se sont pré- 
parés librement à l'exercice de leur infâme métier. Quant aux forçats, objet d'effroi 
pour la société, rarement, à l'expiration de leur peine, ils se rendent coupables de 
crimes aussi atroces qu'on l'imagine dans le monde. Comme ils connaissent parfaitement 
les lois pénales, ils évitent avec soin de commettre les actions qui pourraient les con- 
duire à l'écbafaud, et leurs attentats ne sont plus alors dirigés contre les personnes, 
mais contre les propriétés. Ils entrent au bagne assassins ou meurtriers, ils en sortent 
voleurs et faussaires. 

Ce serait ici le lieu d'examiner une opinion que nous ne saurions partager, bien 
qu'elle se trouve dans des écrits d'ailleurs dignes d'estime. Nous ne terminerons pas 
sans en dire quelques mots. 

Les attentats contre les personnes sont, dit-on, les plus graves de tous. Assurément, 
ils sont les plus graves pour celui qui en est la victime, mais le sont-ils également 
pour celui qui s'en rend coupable? Supposent-ils plus de corruption, de perversité, 
que les attentats contre les propriétés? Nous ne le pensons pas. Les coups et bles- 
sures, l'homicide, le meurtre même, quand ils n'ont pas pour but de faciliter le vol., 
sont dus le plus souvent à l'entraînement d'une passion violente qui peut laisser des 
remords, à un accès de jalousie, à un transport de colère, au désir de repousser une 
provocation ou de venger une injure. Dans des circonstances particulières, ces crimes 
peuvent même avoir pour principe un sentiment d'honneur, mai compris il est vrai T 
mais que savent excuser nos préjugés. 

Les attentats contre les propriétés, au contraire, longuement prémédités et renou- 
velés sans cesse, prouvent une affligeante persévérance dans le mal, et ne supposent 
pas moins de dépravation que de lâcheté; jamais ils n'excitent aucune sympathie. 
L'escroc, le faussaire, le banqueroutier frauduleux de nos départemens septentrionaux 
qui, avec des formes polies et une instruction variée, consomme froidement la ruine 
de vingt familles dont il a surpris la confiance, est à nos yeux plus vil, plus immoral 
que l'habitant illettré de nos provinces du midi qui, dans une rixe, frappe son 
adversaire ou lui donne la mort. 



(i) Celte observation .t'applique bien mieux encore à la ville de Londres où les voleurs, plus nombreux et plus 
liabiles que cher nous, forment une espèce de corporation , de société régulièrement organisée. — Minutes of évidence 
before the lelect committee on secondary punishments (I.omlon , septemb. i83i , page io3).— Report frorn the sélect 
cnmmittce on criminal cotnmittements and convictions (London, july 1 818, page S).— Minutes of évidence taken before 
sélect committee on secondary punishments (London, junc i83a, page 64). 



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INSTRUCTION. 



L'ignorance est, dit-on, la principale cause des crimes, et pour rendre les hommes 
meilleurs et plus heureux , il suffit de leur donner de l'instruction. Cette opinion 
a été soutenue devant les chambres et dans la société royale des prisons ; elle est gé- 
néralement adoptée en France. Depuis la publication du compte de l'administration 
de la justice criminelle, on l'a reproduite avec tant d'assurance et sous des formes si 
variées , qu'elle est devenue aujourd'hui une vérité vulgaire , un lieu commun qui ne 
demande plus de preuves. 

Sur quoi s'est-on fondé particulièrement pour établir cette opinion? sur cette ob- 
servation , que les département oit l'instruction est le moins répandue sont ceux où 
il se commet le plus de crimes. En est-il ainsi ? voilà toute la question. Pour la résoudre , 
il faut déterminer exactement, pendant un certain nombre d'années, la distribution 
de l'instruction et celle des crimes dans les diverses parties du royaume : nous croyons 
y être parvenu. 

La différence qui existe, sous le rapport de l'instruction, entre ce qu'on a de- 
puis appelé la France obscure et la France éclairée , a été remarquée pour la 
première fois en 1823, par M. Malte-Brun, comme un fait digne de l'attention la 
plus sérieuse \i). Le nombre des élèves du sexe masculin admis dans les écoles 
était le seul élément qu'on possédât alors, et dont cet auteur ait fait usage; c'est 
aussi le seul qu'on ait considéré dans les recherches qui plus tard ont été publiées 
sur le même sujet. 

Il était extrêmement probable qu'en général, dans chaque département, le nombre 
des écoliers devait représenter fi-peu-près l'état de l'instruction de la masse des habi- 
tans. On pouvait craindre cependant que les relevés, adressés au ministère, n'eussent 
pas été faits partout avec la même exactitude, et l'on ignorait, en outre, combien 
d'enfans étaient instruits dans leur famille, ou par des maîtres non autorisés. 

Nous avons maintenant un moyen plus sûr d'arriver à la solution du problème. De- 
puis la levée de la classe de 1827, le ministre de la guerre soumet les jeunes gens 
appelés à faire partie de l'armée, à un examen qui fait reconnaître, au moment du 
tirage, le nombre de ceux qui savent lire et écrire. C'est d'après les renseignemen» 
recueillis sur ce sujet pendant trois années, que nous avons dressé, pour les di- 
vers départemens , la carte comparative de l'instruction. Elle mérite d'autant plus 
de confiance, qu'elle embrasse, pour la même époque, des hommes de toutes les 
classes de la société sans distinction, et que les rapports n'y sont point calculés avec 
la population totale , souvent mal connue , mais avec le nombre des jeunes gens 
inscrits sur les tableaux de recensement. 



(1) En rendant compte dans le Journal des Débats du 21 juillet i8a3, de la Statistique du royaume de Portugal 
et d'Jlgatve, par M. A. Balbi, nous remarquerons que c'est duns cet ouvrage du savant géographe vénitien, que se 
trouvent les premiers documens qui aient été publiés sur la statistique de l'instruction publique en France. 1 



46 INSTRUCTION. 

Ce qui frappe d'abord, lorsqu'on jette les yeux sur la carte de l'instruction, 
c'est la teinte claire presque uniformément répandue sur les trente départemens 
du nord-est, qui se trouvent au-dessus d'une ligne droite que l'on tirerait du dé- 
partement de la Manche à celui de l'Ain. Les départemens de la Meuse, du Doubs, 
du Jura, de la Haute-Marne et du Haut-Rhin, compris dans cette série, présentent 
les proportions les plus favorables. Parmi ioo jeunes gens inscrits sur les tableaux 
de recensement, on y en compte de 71 ù 7/1, ou à-peu-près les trois quarts qui 
savent lire et écrire. 

Ce n'est point dans les provinces du sud que se trouve, comme on le prétend, le plus 
d'ignorance, mais bien dans celles de l'ouest et du centre; dans le lierry, le Li- 
mousin et la Bretagne. Sur 100 jeunes gens, le département du Finistère n'en offre 
que i5 qui sachent lire et écrire; celui du Morbihan, i4; ceux du Cher, de la 
Haute-Vienne et de l'Allier, i3;et enfin, celui de la Corrèze, 12 seulement, ou en- 
viron un huitième. 

Il faut excepter dans l'ouest, les départemens des Deux-Sèvres, de la Charente- 
Inférieure, de la Charente, de la Gironde et des Basses-Pyrénées , qui se trou- 
vent au-dessus de la moyenne du royaume. Dans le département de la Corse, 
que l'on croit fort en arrière sous le rapport de l'instruction , la moitié des jeunes 
gens (0,49) savent lire et écrire. Il y a soixante départemens qui n'ont pas atteint 
cette proportion. 

Rapprochons maintenant cette carte de celle des crimes contre les personnes (pl. i): 
le maximum de ces crimes tombe dans la Corse, dans les provinces du sud-est et dans 
l'Alsace. Est-ce là qu'il y a le plus d'ignorance ? Notre carte fournit la preuve du 
contraire. D'un autre côté, le minimum se rencontre dans les provinces de l'ouest et du 
centre : dira-t-on que c'est là qu'il règne le plus d'instruction? Evidemment la coïn- 
cidence dont on a parlé n'existe pas. • 

Nous avons prouvé plus haut que la distribution des crimes contre les personnes 
et contre les propriétés, quelle qu'en soit la cause, est aujourd'hui parfaitement 
connue, et qu'elle se reproduit chaque année d'une manière uniforme (page 10). Ce point 
ayant été bien établi, l'on ne pourrait plus, ce nous semble, contester maintenant la 
valeur de ces résultats qu'en prétendant que, même d'après notre travail, la distri- 
bution de l'instruction reste incertaine et accidentelle ; qu'elle peut changer d'une 
année à l'autre, d'après les élémens qu'on emploiera, et que, par conséquent, relative- 
ment à cette coïncidence, on ne peut encore rien affirmer. Si l'ordre dans lequel sont 
rangés les départemens, dans le tableau précédent, n'est pas rigoureusement exact, 
il n'en est pas moins certain que, dès que les départemens sont réunis en groupes, 
les erreurs partielles se compensent, que cet ordre devient presque invariable, et qu'il 
est même alors déterminé par des proportions numériques peu différentes entre elles. 
Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un regard sur le tableau suivant, dressé d'après 
des élémens très divers et recueillis pendant plusieurs années. 



INSTRUCTION. 



DISTRIBUTION SE L'INSTHUCTION DAKTS LE3 OIWQ nÉCIOKTS. 



47 






JEUNES GENS RECENSÉS. 



ACCUSÉS. 



C. ÉLÈVES. 



Rapport du nombre dra jrunri pin aarbant liir ri frrin- , née 
celui dea irunf i grua înacrilaaur 1rs lablraui de rrernaenient. 



Rapport du nombre dra aeenata aarbant au mo'ma lin, ;m ■<■ \r 
uombrc lo.al d<a aecuata traduit! devait! Ira ruun <I'.i.*>ii ■. 



Rapport du nombre dra r|é»e» du 
"ii m*** uliu à la population. 



Années 1827. 



Sur m" i- f ii' 
. . tarli. lin-, 

[-fEst 51. 

Nord. ... 48. 

Sud 32. 

Ouest ... 26. 
-Centre. . . 24. 



1828. 



1829. 



Années 1828. 



S. ion \. 
g.Mrh. I. 

4-E. 56. 

N. 53. 

S. 33. 

O. 27. 
— C. 25. 



6. 100 j 
g. mcIi.1, 

+E. 58. 

N. 55. 

S. 34. 

O. 27. 
— C. 25. 



Sur ion are. 
. . i.» ii. lire 



+ Est. . . . 

Nord. . . 

Sud. . . 

ai I Centre. . 

— Ouest . . 



. 52. 
. 49. 
. 31. 
. 29. 
. 25. 



1829. 



S. Ion ne. 
. . ucli. I. 

+E. 52. 

N. 47. 

S. 28. 

O. 25. 
— C. 23. 



1830. 



Année 1829. 



S. inn»r 
. . racli. I, 

-fE. 53. 

N. 47. 

S. 30. 

O. 24. 
— C. 23. 



1 élr.r Mil 
. . ll.lll. 

+Est 14. 

Nord I,,. 

Sud 43. 

x I Ouest 45. 

-Centre 48. 



Les trois parties de ce tableau (a, b, c) étant, comme on le voit, dressées d'après des 
élémens différens, il est évident que les erreurs de relevé propres à l'une d'elles, sont 
entièrement indépendantes de celles qui pourraient affecter chacune des deux autres. 
Les résultats partiels se contrôlent respectivement. Or, soit que nous considérions le 
rapport des élèves à la population , celui des accusés instruits avec le nombre total des 
accusés , ou , ce qui est préférable , le rapport du nombre des jeunes gens sachant 
lire et écrire avec celui des jeunes gens inscrits sur les tableaux de recensement , nous 
trouvons toujours lamême distribution de l'instruction danslescinqi-égionsdu royaume. 

Ces régions, classées d'après l'instruction de leurs habitans, se suivent chaque année 
dans le même ordre vertical : + est, nord, sud , ouest, — centre. L'ouest, il est vrai, 
paraît une fois sur sept immédiatement après le centre, au lieu de venir auparavant; 
mais il faut observer que le chiffre de es deux régions étant à-peu-près semblable , 
elles peuvent alterner sans que l'ordre soit, pour cela, réellement interverti. 

Dans les trois tableaux, toujours la région de l'est présente au moins deux fois 
autant d'instruction que celle du centre. Elle en offre même trois fois autant dans le 
tableau du rapport des élèves à la population, (c.) 

Les résultats généraux de la carte de l'instruction sont donc pleinement confirmés, 
et il est démontré que les départemens où il y a le plus d'ignorance ne sont pas, 
comme on l'affirme tous les jours, ceux où il se commet le plus de crimes contre 
les personnes (i). Il serait inutile de parler ici des attentats contre les propriétés, puis- 
qu'ils ont lieu principalement dans les départemens où il y a le plus d'instruction. Il 
est reconnu depuis long-temps , qu'on ne doit plus les attribuer à l'ignorance ainsi 
qu'on le faisait d'abord. 



(i) Ces résultats confirment ceux que présentait déjà la Statistique comparée de l'état de t 'instruction et du nombre 
des crimes, que nous ayons publiée en 1819 avec M. A. Balbi; seulement ils méritent plus de confiance, parce qu'ils 
embrassent une plus longue période, et surtout parce que la distribution de l'instruction est maintenant établie d'a- 
près de meilleurs élémens. 



48 INSTRUCTION. 

Les changemens que le temps peut apporter dans cette distribution de l'instruction 
sont peu sensibles , parce que le nombre des élèves augmentant partout à-Ia-fois , bien 
quedans des proportions inégales, les diverses parties du royaume conservent toujours 
entre elles à-peu-près le même ordre. En voici la preuve : 

D'après les tableaux annexés au projet de loi sur l'instruction primaire, présenté 
l'année dernière à la chambre des pairs, en 1817, il y a quinze ans, le maximum 
de l'instruction était, comme aujourd'hui , dans le nord-est, dans l'arrondissement des 
académies universitaires de Metz, Strasbourg, Besançon, Douai et Dijon, où les élèves 
étaient, avec les habitans,dans le rapport de un sur i/j, i4i i5, 16 et 17. Le minimum 
tombait aussi dans l'ouest et le centre, dans l'arrondissement des académies de Lyon, 
Bourges, Clermont, Grenoble, Rennes, où l'on ne comptait qu'un élève sur u3, 
12G, 190, 1 58 et 567 habitans. 

Cette proportion en 1827, dix ans plus tard, s'était augmentée sans que l'ordre eût 
sensiblement changé. Le maximum se rencontrait encore dans les académies de Be- 
sançon , Metz , Amiens , Strasbourg et Dijon , où le rapport des élèves était de un 
sur 11, 11, 12, 1 2 et 1 5 ; le minimum dans celles d'Angers , Limoges, Orléans , Rennes 
et Clermont où ce rapport n'était plus que de un sur 74 , 92 , 1 28 , 1 5o et 1 59 habitans. 
Ces académies se suivent donc toujours à-peu-près dans le même ordre, mais avec 
des proportions de plus en plus favorables. 

En attribuant au défaut d'instruction la plupart des crimes contre les personnes 
commis dans le sud, il fallait, pour être conséquent, admettre en même temps que 
les individus qui s'en rendent coupables sont plus ignorans que ceux qui portent seu- 
lement atteinte aux propriétés. C'est aussi ce dont on n'a pas douté. Maintenant que le 
compte de la justice a fait connaître depuis trois ans l'état de l'instruction des accusés, 
remarque-t-on qu'il y ait en effet plus d'ignorance parmi les individus poursuivis 
pour des crimes contre les personnes que parmi les autres? Bien loin de là, car 
c'est précisément le contraire. 

Dans les attentats contre les propriétés, 38 accusés sur 100 ont reçu quelque in- 
struction : il y en a 4» dans les attentats contre les personnes. Il est en outre un fait 
que nous ne pouvons taire; c'est que, parmi ces derniers crimes, ceux qui supposent 
le plus de dépravation , de perversité, paraissent en général être commis de préférence 
par des accusés instruits. Ainsi, les coups et blessures envers des étrangers donnent 
la proportion de 43 accusés instruits sur 100; les coups et blessures envers des as- 
cendans, o,44î les attentats à la pudeur sur des adultes, o,45; sur des enfans, 0,47; 
le meurtre, 0,47; l'assassinat, 0,49; enfin, l'empoisonnement aussi 0,49, ou deux 
fois plus que le vol sur un chemin public. 

Nous examinerons un dernier argument qui se trouve dans la plupart des écrits sur 
l'instruction populaire , et que l'on croit sans réplique. Ce qui prouve que l'ignorance 
est la principale cause des crimes, c'est, dit-on, qu'à diverses époques, en Angleterre 
ou chez nous, on a reconnu que la moitié ou les deux tiers des prisonniers ne savaient 






INSTRUCTION. 49 

pas lire (i). Qu'est-ce qu'on en pouvait conclure? Absolument rien, sinon que la chose 
était ainsi. Pour que ce fait fût devenu de quelque importance, il eût fallu prouver 
que la masse de la population , d'où sortaient ces prisonniers, était plus instruite, et c'est 
ce qu'on ignorait. Quand les trois quarts des prisonniers ne sauraient ni lire ni écrire, 
si, dans la niasse de la population, les quatre cinquièmes des habitans du même sexe 
et du même âge, étaient entièrement illettrés, les prisonniers se trouveraient alors 
proportionnellement les plus instruits, et l'ignorance ne pourrait plus être regardée 
comme la cause de leurs crimes. 

Depuis que ce travail a été présenté à l'Académie de» sciences (2), on croit avoir 
trouvé une meilleure preuve de l'influence de l'instruction sur la diminution du nombre 
des crimes. — «Cette influence, assure-t-on, sera évidente si l'on parvient à dé- 
montrer que les jeunes criminels deviennent plus rares à mesure que l'instruction 
se répand davantage. Or, le nombre des accusés, Agés de moins de seize ans, qui 
était de i43 en 1828, n'était plus, en i83o, que de u4; au lieu de 1,278 accusés, 
âgés de seize à vingt-et-un ans, que l'on comptait en 1828, il n'y en avait plus que 
1,161 en i83o. Cette progression a toujours été décroissante depuis qu'on a com- 
mencé à la noter. » 

Sans examiner d'abord si le principe qu'on vient de poser ne serait pas contestable, 
nous nous bornerons, pour toute réponse, à donner le nombre des jeunes accusés pen- 
dant les cinq années comprises de 1826 à i83o inclusivement. Nous ferons observer 
seulement que le nombre des crimes poursuivis ayant un peu diminué en i83o, par 
les causes que nous avons indiquées, il n'est pas étonnant que le nombre des accusés 
de tout âge se soit aussi trouvé moins élevé que pendant l'année précédente. 

Crimes contre le» personnes et contre les propriétés. 

Années 1826 1827 1828 1829 1830 



. r . , , . . [De moins de 16 ans. 124 136 143 107 114 

Nombre de» accuses été» \ _ _ . . 

* [De 16 à 21 ans 1,101 1,022 1,278 1,126 1,161 

Maintenant il est facile de juger si le nombre des jeunes criminels offre , comme on l'a 
dit, une progression toujours décroissante. 

On nous reprochera peut-être de renverser des théories depuis long-temps con- 
sacrées par les autorités les plus respectables : nous répondrons qu'ici nous ne faisons 

(1) Les enquêtes faites pur ordre du parlement Britannique, nous apprennent qu'en Angleterre l'instruction est au 
contraire assez généralement répandue parmi les prisonniers. Ceux du Londres, particulièrement, savent pour la plupart 
lire et écrire, mais il parait qu'ils n'en sont pas moins, sur tout le reste, de la plus grossière ignorance. Mostof ' Ihcm 
tan read and wtite , but they are exeessively ignorant , their rcading and writing givet them no sort o/Anowledge. It U 
•he tame as if they rould not read or write as to any useful knowledge. ( Minutes of évidence beforc sélect commit tee 
3n seconda ry ptmisbmcnts.— London, septemb. i83i , page 104). 

(») !<cance du i juillet i83a. 

7 



60 INSTRUCTION. 

point de doctrine; nous exposons ce qui est, sans prétendre l'expliquer. Nous sommes 
persuade d'ailleurs que toute erreur, en définitive, ne saurait être que funeste, et que, 
pour être utile à la science et aux hommes, il faut faire passer l'autorité des faits avant 
celle des noms, et ne jamais sacrifier à des considérations secondaires aucune vérité. 
Si nos recherches ne devaient pas se borner à la France, nous pourrions ajouter 
que ces résultats, si peu prévus, s'accordent avec ceux qu'ont obtenus, pour les pays les 
plus éclairés, des hommes pleins de savoir et de bonne foi. En Angleterre, en Alle- 
magne, aux Etats-Unis, où, l'on célébrait il y a peu d'années encore, l'heureuse in- 
fluence des lumières et de l'industrie sur le perfectionnement moral, on reconnaît 
déjà qu'il ne suffit pas de fonder des écoles pour prévenir la démoralisation , et qu'il 
faut chercher un autre remède au mal qui travaille la société, (i) 

( i ) The seventh Jlcport nf the committee of the socictyfor the improvrmenl of prison discipline. ( Appcndix , p. 108.) 

llf/iait of the selcct coin milice of the Htm te of Commons , appointai to faquin into the cause of the inercase in the 
nimber of éliminais eoininittements mut convictions in England and IFales ( Juiic 1 8/7 ). 

London médical llcpository, ncn> séries (t. m, page 337 ). 

Brougliam. — Speech in the lltiuse of Commons ( Junc i8ao). 

John Miller. — litquiry into the présent state nfthe statttte ifcriminal latv of England (London i83î, page a3i). 

First animal Report of the hoard of managers of the prison discipline soriety (Boston , etc., page 83 ). 

Stalistical illustrations ofthe British empire compilcd by the order oflhe London Statistical Society ( page 9 , London , 
1817; 1 vol. in-8"). 

Quétetet. — Ilcchcivhcs sur le penchant au crime, pages f,!, et 78. (Mcm. de l'Acad. tic Bruxelles , t. vu, i83i.) 

A. de Candollc. — De la statistique criminelle. {Bibliothèque universelle de Genève, Janvier i83i. ) 

!Rcm.— ©Jtttmgifdx achète ttiurigcn ( 1828, 1. 1, page 58). 

3»liu«.— 23ovfffmi3cn ûK'ïbic ©ff;iugm|]funbe, s< (Berlin i83o, in-8°). 

3<Unx0cr. — 9î«i< SBalwnblmigcn r« ©cfyvrijeufrfKn gcmeùtnûpigtn ©efcllfdjaff ûber ©ïjtf&ungénwftn, ©ciucibjïeip unb 
9lrmcil)>|ïf8< (Zurich 1827, t. ut, page 257). 

Deux magistrats de In cour royale de Paris, MM. G. de Beaumont et A. de Tocquevillc, qui viennent de par- 
courir les Etats-Unis de l'Améi ique du nord , où ils ont recueilli un nombre considérable de documens sur les 
applications du système pénitentiaire et sur la statistique criminelle, ont bien voulu nous communiquer la note sui- 
vante, extraite de l'ouvrage très remarquable dont ils préparent maintenant la publication. 

1 Quelques personnes aux États-Unis pensent que les lumières de l'instruction, si répandue dans les états du nord, 
tendent à la diminution des crimes. 

« Dans l'état de New- York, sur une population de deux millions ù'habitans, cinq cent cinquante mille enfuis 
sont instruits dans les écoles, et l'état seul dépense pour cet objet, près de six millions de francs chaque année. 
Il semble qu'une population éclairée, à laquelle il ne manque aucun des débouchés que peuvent offrir l'agriculture, 
le commerce et l'industrie manufacturière, doivent commettre moins de crimes que celle qui possède ces derniers 
avantages sans avoir les mêmes lumières pour les exploiter; néanmoins nous ne pensons pas qu'on doive attribuer à 
l'instruction cette diminution des crimes dans le nord, car dans le Connecticut où clic est encore plus répandue que 
dans l'état de New- York, on voit les crimes augmenter avec une extrême rapidité; et si l'on ne peut reprocher aux 
lumières cet accroissement prodigieux , on est du moins forcé de reconnaître qu'elles n'ont pas la puissance de 
l'empêcher. 

« L'instruction, alors même qu'on ne la sépare point des croyances religieuses, fait naître une foule de besoins 
nouveaux qui, s'ils ne sont pas satisfaits, poussent aux crimes ceux qui les éprouvent. Elle multiplie les rapports 
sociaux : elle est l'âme du commerce et de l'industrie; elle crée ainsi, entre les individus, mille occasion* de fraude 
et de mauvaise foi qui n'existent point au sein d'une population ignorante et grossière. 11 est donc dans sa nature 



INSTRUCTION. 51 

On sera peut-êlre tenté de conclure de ce qui précède que la culture de l'intelli- 
gence, loin d'affaiblir les penchans criminels tend plutôt à les fortifier. Ce serait sans 
doute une nouvelle erreur. 

L'instruction est un instrument dont on peut faire bon ou mauvais usage. Celle 
qu'on va puiser dans nos écoles élémentaires , et qui consiste seulement à savoir , 
d'une manière assez imparfaite, lire, écrire et calculer, ne peut suppléer au défaut 
d'éducation (i), et ne semble pas devoir exercer une grande influence sur la moralité. 
Nous pensons qu'elle ne rend ni plus dépravé ni meilleur. Nous aurions peine à 
comprendre comment il suffirait de former un homme à certaines opérations presque 
matérielles, pour lui donner aussitôt des mœurs régulières et développer en lui des 
sentimens d'honneur et de probité. 

Du reste, nous sommes loin de prétendre pour cela que ces connaissances soient 
inutiles, et nous applaudissons sincèrement au zèle des hommes honorables, qui, 
depuis quinze ans s'efforcent de les répandre parmi nous. Si elles n'offrent pas autant 
d'avantages qu'on le supposait d'abord, elles détruisent du moins des préjugés ab- 
surdes ou nuisibles, elles donnent quelques habitudes d'ordre, elles permettent de 
se livrer à des travaux moins pénibles, et peuvent ainsi contribuer à rendre plus douce 
la condition des classes laborieuses. 



d'augmenter plutôt que de diminuer le nombre des crimes. Ce point parait du reste aujourd'hui assez généralement 
reconnu : car en Europe, il a été observé que les crimes sont en progression dans la plupart des pays où l'instruction 
est très répandue. Du reste, nous dirons à cette occasion notre opinion tout entière sur l'influence de l'instruction. 
Ses avantages nous paraissent infiniment supérieurs à ses inconvéniens. Elle développe toutes les intelligences et 
soutient toutes les industries. Elle protège ainsi la force morale et le bien-être matériel des peuples. Les passions 
qu'elle excite, funestes à la société quand rien ne les contente, deviennent fécondes en avantages lorsqu'elles peuvent 
atteindre le but qu'elles poursuivent. Ainsi, l'instruction répand, il est vrai, parmi les hommes quelques semences de 
corruption ; mais c'est elle aussi qui rend les peuples plus riches et plus forts. Chez une nation entourée de voisins 
éclairés, elle est non-seulement un bienfait, mais encore une nécessité politique. » 

G. de Beauhont et A. de Tocqueville, Du Système Pénitentiaire (I" Partie, Chap. III). 

(i) La distinction entre l'instruction et C éducation , qui semble par fois être méconnue, a souvent été rappelée 
par quelques-uns de nos meilleurs publicistes, entre autres par MM. Degérando et Roycr Collard. Voici comment 
ce dernier s'exprimait à ce sujet, dans un discours prononcé en 1817. « Sans l'éducation , l'instruction ne serait qu'un 
• instrument de ruine.... Les mœurs naissent de l'éducation, l'éducation seule les crée et les perpétue, parce que 
« seule elle enseigne véritablement le devoir en le réduisant en pratique. » 

Il n'entre pas dans notre plan de chercher quels seraient les moyens de joindre l'éducation morale à l'instruction, 
nous dirons cependant, sans nous exagérer l'influence des livres, qu'il serait nécessaire d'encourager, par des récom- 
penses nationale*, la composition de bons ouvrages pour l'instruction populaire, et surtout celle d'ouvrages utiles 
aux meurs. 






ENFANS NATURELS, (i) 



D'après le mouvement de la population du royaume, pendant les douze années 
comprises de 1817 à 1828, et dont les relevés ont été publiés par le bureau des lon- 
gitudes, le nombre moyen annuel des naissances illégitimes est de 67,876, dont 
34,708 du sexe masculin, et 33, 168 du sexe féminin. 

Quand il naît un enfant illégitime, il en naît i3, 3, ou plus de i3 légitimes. 

Le rapport du nombre des enfans légitimes du sexe féminin à ceux du sexe mas- 
culin, est comme celui de 1 5 à 16 ; mais il n'est plus que comme celui de ao à ai pour 
les naissances illégitimes, c'est-à-dire que, lorsqu'il naît vingt filles illégitimes, il naît 
vingt-et-un garçons. La quantité dont cette fraction s'écarte du rapport général tï n'est 
pas assez petite, et les nombres observés sont trop grands pour qu'on puisse attribuer 
cette différence au hasard, et, quelque singulier que cela paraisse, on est fondé à 
croire qu'il existe, à l'égard des enfans naturels, une cause quelconque qui diminue 
la prépondérance des naissances des garçons sur celles des filles. Cette influence 
se fait même sentir sur les naissances annuelles, ainsi qu'on peut s'en assurer en cal- 
culant, pour chacune des dix années comprises de 18 17 à i8a6, le rapport des 
naissances des deux sexes. (2) 

Le département de la Seine, qui entre pour environ un trente-deuxième dans la po- 
pulation du royaume, produit le sixième des naissances illégitimes. Leur nombre s'y 
élève à 1 1,000 chaque année. 

Ces naissances ne sont, avec les naissances légitimes, que dans le rapport de une 
sur a,66 pour tout le département; elles sont, pour la ville de Paris seule, dans celui 
de une sur 1,77. On y compte, par conséquent, une naissance illégitime, sur un peu 
moins de deux naissances légitimes. 

Cette proportion, qu'accroissent, il est vrai, quelques départemens de l'intérieur, 
ferait supposer que, dans la capitale, plus d'un tiers de la population indigène se com- 
pose de bâtards. S'il y en a beaucoup moins, c'est que la plupart de ces enfans vont 
périr dans l'hospice qui les recueille à leur entrée dans la vie. D'après les recherches de 
M. le docteur Villermé, pour la période de 1817 à i8ai, presque les trois cinquièmes 
(o,58) des enfans illégitimes sont abandonnés par leurs mères, et la mortalité parmi 
eux s'élève à 67 pour 100, avant qu'ils n'aient atteint leur deuxième année (3); de sorte 
que, de trois enfans confiés à la charité publique, dès la fin de la première année, il 



(1) Les proportions que présente In carte ci-contre, pour chaque département, ont été calculées par M. Villermé, 
d'après les relevés publiés par le bureau de» longitudes pour les cinq années 1817-1821 (Bulletin universel des 
sciences de M. de Férussac , VI* section, janvier 1826.) 

(2) Poisson. — Mém. de V Acad. des sciences. Paris, i83o (t. IX, page 2/ t 1 ). 

(3) Villermé. — Des lois de la population, ou rapports de le médecine et de t économie politique. — II" Partie-» 
Mortalité i Enfans abandonnés (Inédit). 



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I 



ENFANS NATURELS. 53 

n'en existe pins qu'un. A Pétersbourg, à Vienne, à Dublin, à Florence, à Madrid, la 
mortalité n'est pas moins effrayante; aussi, M. Malthus a-t-il observé que, pour ar- 
rêter la population , un homme indifférent d'ailleurs sur le choix des moyens , n'aurait 
rien de mieux à faire que de multiplier les maisons d'enfans trouvés, où les cnfans 
seraient reçus sans distinction ni limites (i). Ces établissemens, dont les dépenses de- 
viennent chaque année plus onéreuses, paraissent avoir pour effet inévitable d'au- 
gmenter chez nous le nombre des naissances illégitimes, comme la charité légale ac- 
croît indéfiniment celui des pauvres en Angleterre. 

On a vu que les trois cinquièmes des enfans naturels sont abandonnés, et qu'ils 
meurent, pour la plupart, dans leur première année. Que deviennent ceux qui sur- 
vivent? Quelle est leur conduite dans le monde où ils se trouvent sans guide et sans 
appui? Une statistique générale des prisons nous l'apprendrait sans doute, mais l'ad- 
ministration qui seule en possède les élémens n'a rien publié sur ce sujet. Relativement 
aux filles illégitimes , des recherches récentes ont constaté que, dans les grandes villes, 
elles sont, en général, vouées à la prostitution. A Paris, sur sept prostituées, il s'en 
trouve au moins une qui est fille naturelle, et l'on doit remarquer d'ailleurs que cette 
proportion , conclue de près de 4i°oo observations , ne concerne que les filles dont 
on a pu recueillir les actes de naissance. Elle serait assurément beaucoup plus forte, 
si elle comprenait le nombre considérable de celles sur lesquelles il n'a pas été possible 
d'obtenir de renseignemens authentiques, et dont, par conséquent, l'origine est 
restée incertaine. On sait ensuite quelle est, dans la capitale, la destinée de ces filles : 
abruties par les mauvais traitemens, la débauche, l'ivrognerie, la misère, impliquées 
dans des affaires de rixe, de vol et d'escroquerie, jetées tour-à-tour de la prison à 
l'hôpital, quand elles ne succombent pas de bonne heure à de honteuses infir- 
mités, elles vont terminer leur triste existence dans les hospices ou dans les maisons- 
d'aliénés, (a) 



(i) Malthus. — Essay on the prineiple of population , or a vieiv qfits past and présent effects on human kappiiicss. 
(London, 1807, a vol. in-8". — Book III, chap. III, page 36?). 

Cette opinion du célèbre économiste anglais , sur l'influence pernicieuse des maisons d'enfans trouvés , est encore 
généralement repoussée parmi nous. Elle est partagée, cependant, par un homme dont les travaux font autorité en 
cette matière, par M. de Gouroff , recteur de l'université de Pétersbourg, qui a parcouru l'Europe afin de recueillir 
les élémens de ses recherches sur les enfans illégitimes et les enfans trouvés. Son ouvrage, composé de trois volumes 
in-8% et accompagné d'un grand nombre de tableaux statistiques, sera publié prochainement à Paris. 

(a) Ces renseignemens nous ont été communiqués par M. le docteur Parent Duchltelet, qui, depuis plusieurs 
années, s'occupe de recueillir les élémens d'une Statistique de la prostitution dans la ville de Paris. Ces nouvelles re- 
cherches favorisées par l'administration municipale, et faites avec le soin et l'exactitude qui distinguent tous le* 
travaux de M. Parent, présenteront des résultats également intéressans pour la médecine , l'hygiène publique et la 
philosophie morale. 

La distribution de la prostitution dans les différentes parties du royaume, serait intéressante à comparer avec 
celle des naissances illégitimes et de certains crimes contre les personnes, mais on ne possède encore aucun moyen 
de l'établir. Nous indiquerons seulement, d'après les relevés de M. Parent, le nombre de prostituées venues à Pari*. 



5* ENFANS NATURELS. 

Les départemens du Rhône, de la Seine-Inférieure, du Nord, du Calvados; sont, 
après le département de la Seine, ceux qui, proportionnellement à leur population, 
offrent le plus de naissances illégitimes. Les départemens de la Vienne, des Côtes-du- 
Nord, de l'Ille-et-Vilaine , de l'Ardèche et de la Vendée sont ceux qui en présentent 
le moins. Dans les cinq premiers, on compte un enfant illégitime sur 3, 5, 7 et 8 
enfans légitimes : dans les cinq autres, il n'y en a qu'un sur 35, 36, 4<^ 4a et 62. 

L'agglomération de la population tend à multiplier, dit-on, les naissances illégi- 
times. Cette opinion semble fondée, si l'on s'arrête aux départemens qui viennent les 
premiers sur cette carte , mais on ne tarde pas à reconnaître , en portant plus loin 
l'examen, que les faits ne la justifient pas toujours. 

En effet, il y a, proportionnellement à la population, beaucoup plus d'enfans illé- 
gitimes dans les départemens dont les principales villes sont : Le Mans (19,000 ha- 
bitans), Bayonne (i3,ooo), Châlons (12,000), Blois (11,000), Tarbes (8,000), 
Vesoul (5,ooo), que dans ceux où se trouvent les villes de Rennes et d'Angers (29,000 
habitans), de Clermont, de Toulon, de Saint-Étienne (3o,ooo), de Montpellier 
( 35,ooo), de Nîmes (39,000), de Toulouse (53,ooo) et de Nantes (71,000). 



de divers départemens, durant les quinze années comprises de 1816 à i83i. Nous observerons que probablement 
les nombres ci-dessous présentent souvent des erreurs en moins, par suite d'omissions dans les inscriptions pendant 
les premières années. 

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+ ,l Seine «,774? 

2 Scine-el-Oise 874 

3 Seine-Inférieure. 54 5 

4 Seine-et-Marne 45G 

5 Oise 338 

6 Aisne 327 

7 Nord 309 

8 Somme 302 

9 Loiret 2û2 

10 Marne 2C0 

. 1 1 Aube 207 









194 




179 




178 








7 1 Gard 






4 




3 




3 







7G Landes 

77 Tarn 

78 Basses-Alpes. 

79 Vauclusc. . . . 

80 Aveyron. . . . 

81 ilaulcs-Alpes. 

82 Aude 

83 Corse 

84 Gers 

85 Lot 

— 86 Lozère 



Il est remarquable que le plus grand nombre de prostituées ne vient pas, comme il serait naturel de le supposer, 
des départemens qui sont le plus près de Paris, mais qu'il est fourni surtout par ceux du nord est et du nord-ouest , 
parles anciennes provinces de la Normandie, delà Picardie, delà Champagne, de l'Alsace et de la Bourgogne. De 
sorte que le maximum , au lieu de former un rayon autour de la capitale, s'étend assez régulièrement de chaque coté, 
en embrassant presque toute l'étendue qui se trouve au nord d'une ligne que l'on tirerait du département de la 
Manche à celui du Jura. Au sud de cette ligne, les nombres s'affaiblissent assez proinptemcnt, et bientôt l'éloigncment 
de la capitale commence à se faire sentir. Alors on reconnaît, plus distinctement que dans le nord, l'influence des 
villes qui ont avec Paris le plus de relations commerciales. En effet, les départemens de cette grande division du sud 
qui fournissent le plus de prostituées, sont ceux où se trouvent les villes de Nantes, Bordeaux, Montpellier, Nîmes 
et Marseille. 

Quelques départemens de l'intérieur, et entre autres ceux du Puy-de-Dôme, de l'Allier, du Cantal cl de la Creuse , 
offrent ici, comme dans la carte des enfans naturels, des proportions peu favorables. Ce résultat, auquel peut-être 
on ne s'attend pas, s'explique, ce nous semble, par l'émigration annuelle que fait, sur la capitale, une partie de 
la population de ces départemens. 



ENFANS NATURELS. 55 

Dans les six premiers départemens , les enfans illégitimes sont, avec les enfans lé- 
gitimes, dans la proportion de un sur 10 , 1 1 , 12 et i3 ; dans les huit autres, ils ne 
sont avec eux que dans celle de un sur i4, i5, 18 et même sur 21 , 28 et 29. 

L'influence attribuée aux ports de mer ne paraît pas non plus très marquée, car 
si les naissances illégitimes sont communes dans les dépai'temens des Bouclies-dn-Rliône, 
de la Seine-Inférieure et de la Gironde, où elles peuvent encore être dues à des causes 
différentes de celle-là, elles sont très rares dans les départemens où se trouvent ce- 
pendant les ports de Rochefort, de la Rochelle, de Lo rient, de Saint-Malo et de 
Brest, départemens qui tous s'élèvent de beaucoup au-dessus de la moyenne, et où 
les enfans naturels ne sont, avec les enfans légitimes, que dans le rapport de un sur 23, 
3i , 4o et 28. 

Du reste, pour résoudre ces questions et la plupart de celles qui se rattachent au 
même sujet, il serait indispensable d'avoir le nombre des naissances illégitimes dans 
les villes et dans les campagnes, comme on l'a depuis long-temps pour la Suède et 
la Prusse. Il serait donc à désirer que l'administration, au lieu de se borner à donner 
tous les ans les relevés des naissances et des décès dans chaque département, publiât, 
et avec les développemcns nécessaires, l'état général du mouvement de la population. 

Les départemens de la Vienne, de la Corse, d'Indre-et-Loire, des Deux-Sèvres, 
de l'Aveyron et de la Haute-Vienne sont ceux où il se commet le plus d'infanticides; 
ces crimes y sont chaque année , avec les habitans , dans la proportion de un sur 84,ooo , 
8.5,000,96,000, 108,000, 110,000 et 127,000. Les départemens du Pas-de-Calais, de 
la Gironde, du Nord et du Cantal n'en présentent qu'un sur plus d'un million d'ha- 
bitans; et enfin les trois départemens des Pyrénées-Orientales, des Ardennes et de 
l'Oise n'en ont pas vu constater un seul en cinq années. 

Les départemens où il y a le plus de naissances illégitimes sont, en général, ceux 
où il se commet le moins d'infanticides, et réciproquement ceux où les infanticides 
sont les plus nombreux , sont assez souvent ceux où il se rencontre le moins de nais- 
sances illégitimes. Les départemens de la Seine, du Rhône, de la Seine-Inférieure, du 
Nord, du Calvados et des Bouches-du-Rhône, les premiers sur la carte des enfans 
illégitimes, ne viennent, sur celle des infanticides, que les 67 e , 33 e , 61 e , 81 e , 50 e , 74 e 
(xi, e.). Au contraire, ceux de l'Ain, de la Vienne, des Côtes-du-Nord , de l'Ille-et- 
Vilaine, de l'Ardèche et de la Vendée, les derniers sur la carte des enfans illégitimes, 
paraissent sur celle des infanticides, les Go c , i er , 69 e , 3i e , 47 e , 44 e ; par conséquent 
bien plus près de la moyenne qui se trouve ici précisément au n° 43. Il semblerait 
donc qu'à l'exception des maisons d'enfans trouvés , répandues également dans tout le 
royaume, les causes qui tendent à multiplier les naissances illégitimes, contribueraient 
en même temps à rendre l'infanticide moins fréquent. 



1 • 



DONATIONS ET LEOS. 



Les citoyens ont en France la faculté de disposer, sous certaines conditions, de 
tout ou de partie de leur fortune en faveur des établissemens religieux ou de bienfai- 
sance. Le relevé de ces dispositions, fait d'après les ordonnances royales d'autorisa- 
tion insérées au bulletin des lois, complète le tableau de notre situation morale qu'il 
présente sous un nouvel aspect. 

On a publié souvent l'état des sommes données annuellement aux hospices, aux 
communes et au clergé, en argent, en rentes et en immeubles. Ces recherches, où les 
libéralités sont considérées comme formant une sorte de budget accessoire, se rap- 
portent surtout à des questions de finances; les nôtres ont plus spécialement pour 
objet les questions morales. Elles montrent comment se pratique, dans chaque partie 
du royaume, et dans diverses conditions de la vie civile, la bienfaisance publique ; elles 
peuvent conduire à des rapprochemens intcressans, et éclairer sur la réforme de 
quelques points de notre législation. Il est impossible, en effet, de modilîer les lois qui 
règlent la faculté de disposer, si l'on ignore la manière dont elle s'exerce, et plus encore, 
si l'opinion à cet égard est non-seulement fausse, mais qu'elle admette comme vrai, 
précisément le contraire de ce qui a lieu. 

Nous faisons connaître la fréquence des dispositions à titre gratuit indépen- 
damment de toute valeur. Le relevé des sommes eût plutôt prouvé la richesse 
que l'esprit de bienfaisance, puisqu'un seul legs considérable peut élever un dépar- 
tement au-dessus d'un autre où les legs sont néanmoins beaucoup plus nombreux. Il 
est d'ailleurs impossible de savoir à combien s'élèvent annuellement ces libéralités, 
car il en est qui manquent d'évaluation , tandis que d'autres en ont une évidemment 
trop faible. En nous bornant ainsi, nous ne regardons cependant pas encore nos 
résultats comme d'une grande exactitude , parce que souvent les ordonnances d'autori- 
sation ne contiennent que des renseignemens incomplets. On en voit qui n'indiquent 
ni le sexe, ni le nombre des donateurs, ni même la nature des actes qui renferment 
leur volonté; d'autres n'apprennent point dans quel département se trouve une 
commune en faveur de laquelle on dispose. Nous avons donc été obligé de faire 
souvent des omissions, mais elles n'altèrent pas les rapports particuliers, bien qu'elles 
affaiblissent le total général. Le lecteur devra donc l'augmenter d'une quantité quel- 
conque, afin de le rendre plus approximatif, et tenir compte en même temps des 
dons au-dessous de 3oo francs pour lesquels l'autorisation royale n'est pas nécessaire, 
et des dons secrets qui échappent à la loi. 



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DONATIONS AUX PAUVRES. 

Les dispositions par donation et par testament en faveur des pauvres, des hospices 
et en général des établissemens publics de bienfaisance, les écoles exceptées, forment 
plus de la moitié, ou 52 pour ioo, du nombre total de ces dispositions. 

Plus des trois cinquièmes, ou 61 sur ioo, sont faites par des hommes, deux- 
cinquièmes seulement le sont par des femmes, ce rapport qui est le même pour deux 
périodes de i8i5 à 1820 et de 1820 à 1825, ne s'écarte que d'un centième de celui 
qu'atrouvéM.B.deChâteauneuf,pourles vingt-deux années comprises de 1802a 1824.(1) 

Sur seize personnes qui donnent aux pauvres, une seule garde l'anonyme : il n'y en 
a qu'une sur quarante-neuf, ou deux fois moins parmi celles qui donnent au clergé. 

Si nous considérons ensuite la nature des actes , nous voyons que les pauvres re- 
çoivent par testament, près du double de ce qu'ils reçoivent par donation entre-vifs. 

Cette distinction découvre dans les dispositions faites par les femmes, des résultats 
singuliers et qu'il paraît difficile d'expliquer. Par donation, les femmes donnent aux 
pauvres plus que les filles, et celles-ci plus que les veuves; par testament, au con- 
traire , les veuves donnent plus que les filles , et les filles plus que les femmes. C'est 
précisément en ordre inverse. Ces dispositions se distribuent de la manière suivante : 



Dispositions par donation. 



3 



Sar 10e. 

-f-Par des femmes 38 

Par des filles 33 

— Par des veuves 29 

Total 100 



Dispositions par testament. 



Sur ioo< 

— Par des femmes 25 

Par des filles 3G 

-f-Par des veuves 39 



Total 100 



Afin de nous assurer si cette -opposition n'était pas accidentelle , nous avons partagé 
les relevés en deux séries successives de cinq années. Chacune d'elle a reproduit exac- 
tement le même résultat qui ne saurait être alors attribué qu'à une cause régulière. 

Si l'on tire une ligne droite, du département de la Côte-d'Or à celui de l'Ariège, 
la plupart des dons aux pauvres se trouvent au sud-est de cette ligne, dans les départe- 
mens formés de la Provence, du Languedoc, de la Bourgogne et du Dauphiné, leur 
minimum est dans les provinces de l'ouest et du centre. Dans le département de 
Vaucluse, on a compté en dix ans, de 18 15 à 1825, une disposition en faveur des éta- 
blissemens de bienfaisance, sur 1,246 habitans; dans les départemens de l'Hérault, di\ 
Rhône, de la Lozère, de la Mayenne et de la Haute-Garonne, ces dispositions ont été 
dans le rapport de une sur i,G8o, 1,983, 2,0^0, 2,107 et 2286; dans les départemens 
du Morbihan, de la Corrèze, des Deux-Sèvres, du Finistère, du Calvados et de la 
Corse, elles n'ont plus été que dans le rapport de une sur 14,000, 16,000, 23,ooo. 
27,000 et 37,000 habitans. 



(t) Bulletin unirertel de* sciences, i8a5, tome t, page 9. 






58 DONATIONS AUX PAUVRES. 

En rapprochant celte carte de celle qui porte le n° i, et du tableau xn (c), on 
voit, qu'après avoir retranché la Corse, c'est dans les départcmens où le clergé ca- 
tholique est le plus répandu, et où les attentats contre les personnes sont en même 
temps les plus communs, que se rencontrent le plus de dispositions en faveur des 
pauvres. 

On remarque aussi, en exceptant toutefois la Bretagne, l'Alsace, la Lorraine et la 
Vendée, que c'est là qu'il naît le plus d'enfans illégitimes. On pourrait encore ici re- 
connaître l'influence des mœurs et du caractère particulier qui distinguent sous tant 
d'autres rapports les habitons de nos contrées méridionales. 

Les départcmens où l'instruction est peu répandue donnent rarement au clergé, 
et plus rarement aux pauvres. On ne peut supposer que ce soit par l'effet seul d'une 
plus grande richesse, puisque, comme nous l'avons dit précédemment, nous ne consi- 
dérons que le nombre des dispositions sans avoir égard à leur valeur. 

DONATIONS AUX ÉTABLISSEMENS RELIGIEUX. 

Parmi les dispositions en faveur des établissemens religieux, nous avons compris 
celles qui sont faites aux fabriques, au clergé, aux communes lorsqu'il s'agit d'objets 
relatifs au culte, aux séminaires, et enfin aux membres des congrégations. Nous avons 
regardé cependant les dons aux frères de la doctrine chrétienne et aux sœurs de la 
charité, comme faits indirectement aux pauvres et aux écoles. 

Ces dispositions forment presque la moitié du nombre total des donations et des legs. 
On croit généralement que cette proportion est beaucoup plus forte : cela vient sans 
doute de ce que, dans les états publiés jusqu'ici, au lieu d'opposer aux sommes reçues 
par les établissemens religieux, le total de celles qui l'étaient par les pauvres, on a 
souvent présenté séparément le montant partiel des dons faits aux hospices, aux 
monts-dc-piété ainsi qu'à diverses fondations philanthropiques. 

Les hommes donnent plus que les femmes aux établissemens de bienfaisance, ils 
donnent aussi plus aux établissemens religieux, bien qu'on ait souvent dit le contraire. 
On a prétendu encore que les libéralités au clergé se faisaient surtout par testament, 
et que le plus souvent, elles étaient dues à l'influence exercée sur l'esprit des mou- 
rans; qu'il fallait par conséquent, restreindre davantage la faculté de disposer de cette 
manière; or, ce n'est pas par testament que l'on donne le plus au clergé, mais par 
donation entre-vifs. Ce serait donc sur les donations que devrait de préférence se 
porter l'attention du législateur s'il voulait rendre plus difficiles et moins fréquentes 
les dispositions en faveur du clergé. 

Par donation, les femmes donnent encore ici plus que les filles, et les filles plus 
que les veuves; tandis que par testament, au contraire, les veuves donnent plus que 
les filles, du moins pour la première série, celle de i8i5 à 1820, et celles-ci plus que 






DONATIONS AUX ÉTADLISSEMENS RELIGIEUX. 



59 



I 



les femmes. C'est donc sauf une légère différence, la même distribution que dans le 
tableau des dispositions en faveur des pauvres. 



Dispositions par donation. 



Sur 100. 

-+-Par des femmes 41 

Par des filles 31 

— Par des veuves 28 



Total 100 



Dispositions par testament. 



— Par des femmes 24 

Pardonnes 38 

-f-Par des veuves 3S 



Total 100 



Les dons aux établissemensprotestans sont trop rares pour que leur relevé présente 
quelque intérêt. Ils ne sont guère, avec le nombre total des dispositions, que dans le rap- 
port de un à 1 5o. La plupart des dispositions de ce genre, dont presque les trois quarts 
se font par testament et par des hommes, s'appliquent à des établissemens religieux qui 
sont compris, pour plus de moitié, dans le nombre total des dispositions, tandis que 
les pauvres ne le sont que pour un tiers environ. Il est juste de faire observer d'ailleurs 
que si, d'un coté, les protestans donnent moins aux pauvres que les catholiques, il arrive 
souvent aussi qu'en donnant à leurs co-religionnaires, ils n'oublient pas nos établisse- 
mens de bienfaisance, et que c'est parmi eux que les écoles trouvent proportionnelle- 
ment le plus de bienfaiteurs. 

Une observation souvent reproduite, c'est que les départemens où il y a le plus de 
prêtres et le moins d'instruction, sont ceux où le clergé reçoit le plus de libéralités. 
L'examen des faits prouve qu'il n'en est rien; car les départemens de la Corse, de la 
Lozère, de l'Aveyron, des Pyrénées-Orientales, des Basses-Alpes et du Cantal, qui, 
dans l'ordre de ces donations, ne sont que les 84°, 4^°s 23", 77 e , 37 e et Go e , sont ce- 
pendant les six premiers dans l'ordre de distribution du clergé catholique. 

Le plus grand nombre des dispositions en faveur des établissemens religieux se 
trouve dans la Lorraine, la Bretagne, la Normandie, l'Artois et la Champagne; le plus 
petit nombre dans le Berry, le Limousin, l'Auvergne, la Corse et le Dauphiné. Sauf 
les exceptions qu'offriraient quelques départemens de la Bretagne et du Midi , c'est 
donc dans la partie du royaume la plus riche, la plus éclairée, dans celle qui se dis- 
tingue depuis long-temps par ses élections libérales et son industrie, que l'on compte 
le plus de dispositions en faveur des établissemens religieux. 

Si chaque année ramène dans les dons de la bienfaisance publique et dans leurs 
diverses applications, une étonnante régularité, leur nombre pour cela ne reste pas 
stationnaire, mais il s'accroît suivant une progression rapide. De 181 5 à 1820, il 
n'était, pour les legs et les donations au clergé, que de 2,000 ; il s'est élevé pendant les 
années suivantes à 3,8oo, ou presque au double. On remarque avec peine que, pen- 
dant cette même période, les dons aux pauvres n'ont augmenté que de 45 pour cent, 
ou de moitié moins. 



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DONATIONS AUX ÉCOLES. 



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Les dispositions en faveur des établissemens d'instruction publique, parmi lesquelles 
nous avons compté les fondations de prix, sont en France les plus rares de toutes; elles 
ne forment environ que la 3o c partie du nombre total, tandis qu'il paraît qu'en Angle- 
terre, où de tels secours seraient cependant moins nécessaires, elles en forment pres- 
que le tiers, (i) 

Comme le clergé, les écoles reçoivent plus par donation que par testament, et plus 
aussi des hommes que des femmes. De quelque manière qu'elles disposent, les filles 
donnent aux écoles plus que les femmes ou les veuves. Ce dernier résultat se repré- 
sente, il est vrai, pour les deux périodes, mais d'un autre côté les chiffres sont trop 
faibles pour indiquer autre chose qu'une tendance. 

Les donateurs dont le nom reste inconnu sont cinq fois plus nombreux parmi ceux 
qui donnent aux écoles que parmi ceux qui disposent en faveur du clergé. C'est dans 
les départemens du nord-est, où l'instruction est, comme on sait, déjà très répandue, 
que les donations aux écoles sont plus les fréquentes. Elles se rencontrent surtout 
dans la Franche-Comté, la Normandie, la Champagne, la Lorraine, la Bourgogne. 

Il y a dix-sept départemens où, dans l'espace de dix années, on n'a pas compté une 
seule disposition en faveur des écoles. Ce sont en général ceux où règne le moins d'in- 
struction. Treize d'entre eux sont dans les régions de l'ouest et du centre, et, sur ce 
nombre, il y en a onze qui se touchent. Ainsi, même en admettant qu'il se soit glissé 
des inexactitudes dans les relevés, elles ne porteraient que sur quelques départemens, 
et n'expliqueraient point un pareil résultat. 

Les départemens de la Sarthe, de Maine-et-Loire , du Rhône, de la Loire, du Puy-de- 
Dôme, du Cantal et de la Haute-Loire, rivalisent ici avec nos provinces les plus éclai- 
rées. Peut-être la statistique, en faisant connaître, il y a peu d'années, l'état affligeant 
de l'instruction primaire dans ces parties du royaume, à-t-elle contribué à y multiplier 
les libéralités qui tendaient à l'améliorer. Espérons que cet exemple ne sera pas perdu 
pour les provinces de l'ouest et du centre, et que le nombre total des dispositions en 
faveur des écoles qui, de 1820 à 1825, s'est élevé à plus du double de ce qu'il était 
pendant les années précédentes, continuera de s'accroître suivant la même progression. 

(1) Statistical Mut Initions of the British empire, London 18» 7, in- 8°. — Charitable donations for the support 0/ 
public Schoolt. 



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SUICIDES. 



Parmi les sujets qu'embrasse la statistique morale, le suicide est un de ceux qui ont 
le plus vivement attiré l'attention, et sur lesquels on a le plus disserté. Mais, jusque 
vers la fin du siècle dernier, par suite de l'ordre d'idées qui dirigeait les esprits, on 
s'est toujours borné à présenter, sur cette matière, des abstractions, des généralités 
philosophiques, et surtout à discuter la question de savoir s'il est permis à l'homme 
de mettre fin à son existence. On ne s'est nullement occupé de rechercher les motifs 
qui l'y déterminent ordinairement, et bien moins encore d'apprécier jusqu'à quel point 
il peut être soumis à des influences extérieures ou philosophiques lorsqu'il exécute 
cette funeste résolution. Ici, comme dans presque tout le reste, l'observation des faits 
est récente, et ne date que de quelques années. Aussi, malgré les nombreux écrits 
publiés parmi nous sur le suicide, aujourd'hui même on ignore complètement, non 
pas seulement les motifs ordinaires qui, en France, portent à se donner la mort, mais 
encore, ce qu'il serait bien plus facile de constater, l'âge et le sexe des suicidés. 

Les seuls renseignemens que l'on possède sur les suicides commis en France ne 
remontent pas au-delà de quatre années ; ils ont été publiés dans le compte de la justice 
criminelle, et ne font qu'indiquer, pour chaque département, le nombre des suicides 
qui ont été portés à la connaissance du ministère public , et dont il a eu à vérifier les 
circonstances. C'est sur les relevés des années 1827, 28, 29 et 3o, que nos rapports 
ont été calculés pour les diverses parties du royaume. Les autres résultats statistiques 
sont extraits de recherches inédites sur les suicides commis à Paris pendant une 
période de 36 ans, de 1794 à i832. (1) 

D'après les tableaux du ministère de la justice, le nombre des suicides pendant ces 
quatre années a été de 6,900 et de près de 1,800 chaque année. 

On se tromperait gravement si l'on regardait ces nombres comme entièrement 
exacts; ils sont probablement beaucoup trop faibles. Les relevés adressés par les 
procureurs généraux, loin de comprendre tous les suicides connus, qui ne forment 
eux-mêmes qu'une partie des suicides commis, n'offrent que les suicides constatés 
judiciairement; c'est-à-dire, presque uniquement ceux qui sont suivis de mort et 






(1) Voici ce que, dans nos relevés relatifs à la ville de Paris, nous avons cru devoir noter pour chaque suicide : 

Sexe , Age, constitution. — Profession ou condition. — Demeure. — Lieu de naissance. — Etat civil, célibataire, 
veuf ou marié, avec ou sans enfans. — État de fortune, 1* richesse, a<> aisance , 3° pauvreté, 4° misère. — Instruc- 
tion , i° instruction littéraire, i" sachant lire et écrire, 3" illettré. — État intellectuel. — Moralité, ayant subi des 
condamnations judiciaires, adultère, prostitution , jeu , concubinage, ivrognerie, etc. — Religion. 

Lieu où a été commis le suicide, ses principales circonstances, notes de médecine légale. — Date du suicide, jour 
et heure. — Influences météorologiques. — Quand et comment le suicide a-t-il été connu et constaté. 

Motifs connus ou présumés. —Lettres écrites par le suicidé, que contiennent-elles de plus remarquable. .— Avait- 
il tenté précédemment de se suicider , quand et comment. — Avait-il des parens aliénés ou qui se fussent suicidés. 
— Objets trouvés sur le suicidé, livres, placets , billets de loterie, reconnaissances du Mont-de-piété, cartes de mai- 
ions de jeu, etc. Le cadavre a-t-il été reconnu et réclamé, quand et par qui. 

Ce travail sera précédé de Rec herehes historique* sur le suicide et d'une Bibliographie générale des ouvrages pu- 
bliés tuf le même sujet. 



62 SUICIDES. 

dont les circonstances peuvent faire soupçonner un crime et donner lieu, par con- 
séquent, à un commencement d'instruction. 

Il est impossible de connaître le rapport des suicides constatés, ou simplement 
connus, avec les suicides commis; mais nous pouvons donner, du moins pour la ville 
de Paris, la proportion du nombre des personnes qui , en voulant terminer leurs jours, 
ne parviennent qu'à les abréger douloureusement, quand elles n'échouent pas entière- 
ment dans l'exécution de leur dessein. Cette proportion varie suivant les moyens 
dont on fait choix pour s'ôter la vie. D'après les observations de dix années prises, au 
hasard, dans la période de trente-six ans dont nous avons parlé plus haut, elle 
s'élèverait à environ 35 pour ioo ou à plus du tiers du nombre total. Si l'on considère 
ensuite que les intérêts et les affections de famille s'unissent pour dérober à la pu- 
blicité ces sortes d evènemens ; que parmi les morts regardées comme accidentelles , 
et surtout pour celles qui ont lieu par chute ou submersion, il en est beaucoup de 
volontaires, on estimera sans doute que le nombre des suicides commis peut 
s'élever presque au double de celui des suicides constatés. 

Sans recourir d'ailleurs à aucune évaluation approximative, si l'on se borne à 
recueillir avec soin les renseignemens relatifs aux suicides connus , leur nombre 
devient presque toujours supérieur à celui des suicides constatés par acte judiciaire. 
C'est ainsi qu'en rassemblant les procès-verbaux conservés aux archives de la préfec- 
ture de police, et en les collationnant avec des rapports particuliers, avec les feuilles 
de mortalité dressées dans les mairies et avec les registres de la Morgue, nous sommes 
parvenu à élever sensiblement, pour certaines années, le chiffre des relevés officiels. 
Il est probable que, dans les départemens , le nombre des suicides augmenterait 
à-peu-près suivant la même proportion, s'il s'y trouvait, comme dans la capitale, des 
moyens multipliés de contrôle et de vérification. 

Malgré les fréquentes omissions que présentent inévitablement les relevés du mi- 
nistère de la justice, le nombre total des suicides, pour tout le royaume, s'élève 
encore comme on l'a vu, à i,8oo chaque année. Il est donc presque aussi considérable 
que celui des crimes contre les personnes, et il égale au moins trois fois celui des 
meurtres et des assassinats réunis. On peut tirer de là cette conséquence, que lors- 
qu'un homme périt en France , de mort violente , mais non cependant par suite 
d'accident ou d'homicide involontaire, il est, en général, deux fois plus probable 
qu'il aura lui-même attenté à ses jours, qu'il n'est probable que sa mort aura été le ré- 
sultat d'un meurtre ou d'un assassinat. 

Bien que depuis long-temps, parmi nous, le suicide ne soit plus considéré comme 
un crime, et que, vraisemblablement, il ne doive devenir, désormais l'objet d'aucune 
disposition législative, ce n'en est pas moins, pour le moraliste et l'homme d'état, un 
fait extrêmement grave , et assurément aussi important à étudier que les divers 
attentats qu'embrasse aujourd'hui la statistique criminelle. Il serait, ce nous semble, 
du devoir de la haute administration, de recueillir et de publier périodiquement des 
documens officiels , sur une sorte de maladie morale qui , chaque année régulièrement, 



SUICIDES. 



63 



enlève à leur famille et à leur pays, près de deux mille individus, la plupart dans la 
force de l'âge. 

Nous n'examinerons pas si le suicide est, comme on l'assure, plus fréquent aujour- 
d'hui qu'il ne l'était autrefois, ni s'il s'en commet en France plus que dans les autres 
pays. Ces deux questions, souvent décidées en sens contraires, et cependant toujours 
avec une égale assurance, présentent beaucoup de difficulté, et demandent à être étu- 
diées avec soin. Nous travaillons maintenant à recueillir et ù coordoner les faits qui 
peuvent servir à en amener la solution. 

Après ces observations générales, nous considérerons le suicide particulièrement 
dans sa distribution géographique, et nous parlerons ensuite de quelques-unes des 
des causes auxquelles on l'attribue le plus souvent. 

En représentant par ioo le nombre des suicides commis en France, de 1827 à i83o, 
on trouve successivement pour chacune des cinq régions , les proportions ci-après. 

Rapport du nombre des suicides avec la population. 



! 



Années 1 827. 


L 


1828. 


1829. 

Sur 

loo auieid. 


1830. 

Sur 

loo auieid. 


Moyenne. 


Sur 
100 auiridtl 


Sur 
looniirkl. 


Sur 

loo auieid- 


/ J »<tord. . . 


51 


+N. 


48 


+N. 


54 


+K. 


51 


, -J-N. 0,51 


A Sud . . . 


14 


S. 


15 


S. 


12 


O. 


12 


O. 0,13 


j Est...- 


17 


F.. 


10 


E. 


15 


E. 


IC 


E. 0,10 


£ j Ouest . . 


11 


O. 


11 


O. 


11 


C. 


H 


C 0,11 


\ —Centre. . 


g 


— c. 


10 


— C 


8 


—S. 


10 


—S. 0, 9 


Totae:(. 


100 




100 




100 




100 


1 00 



Durant ces quatre années , le nombre proportionnel des suicides commis dans 
chaque région, n'a pas varié de plus de trois centièmes au-dessus de la moyenne; dans 
la région du centre, il n'a pas varié de plus d'un centième; et enfin, dans celle de 
l'ouest, la plus grande différence observée d'une année à l'autre, ne s'est même pas 
élevée à un centième. 

I*a distribution des suicides n'est donc pas moins régulière que celle des diverses 
espèces de crimes contre les personnes ou contre les propriétés. 

Si nous établissons maintenant le rapport avec la population, les cinq régions, 
classées d'après le nombre des suicides qu'elles ont vu commettre, se présentent dans 
l'ordre suivant : 

Rapport du nombre des suicides avec la population. 



I 



Années 1827. 


1828. 


1829. 


1830. 

1 mie. 


Moyenne. 


1 Nltidc 


1 Mlle. 


l auie. 


1 "ir. 




Mr . . . habit. 


sur. . . babil. 


aur . . . babit. 


aur . . . babil. 


,' -f-Nord. . Il 257. 


+N. 10 376. 


+N. 8 470. 


+N. 9 742. 


-f N. 9 853 


1 Ksi.. , 24 542. 


E. 21 714. 


E. 19 667. 


E. 21 553. 


E. 21 734 


| Centre. 29 706. 


O. 26 751. 


C. 25 935. 


C. 27 145. 


C. 27 393 


1 Ouest . 23 060. 


S. 26 964. 


S. 32 177. 


S. 28 559. 


S. 30 499 


• —Sud. . 35 752. 


— C 27 005. 


— O. 32 448. 


— O. 32 150. 


— O. 30 870 



3 



61 



SUICIDES. 



Les deux régions du nord et de l'est paraissent constamment chaque année aux 
premiers rangs, celles du centre, du sud et de l'ouest, où les suicides sont en général, 
deux fois plus rares, ne se suivent pas avec la même régularité, parce que leur chiffre 
est à-peu-près semblable. 

Dans les départemens de la Seine, de Seine-et-Oise , de l'Oise, de Seine-et-Marne 
et des Bouches-du-Rhône , les suicides sont annuellement, avec les habitans, dans la 
proportion de un sur 3,5oo, 5,8oo, 6,goo et 9,400: ils ne sont plus que dans 
celle de un sur 98,000, i85,ooo, 122,000, 214,000 et 222,000 pour les départemens 
du Cantal, de l'Ariège, de l'Allier, de la Haute-Loire et des Hautes-Pyrénées. 

Le département de la Seine , qui , comme nous l'avons dit , entre chaque année 
pour un sixième dans la production des naissances illégitimes , voit commettre 
également le sixième du nombre total des suicides. On y en compte autant que dans 
trente-deux départemens du sud et du centre. 

Comme un tiers environ de la population de Paris, se compose d'étrangers, il 
n'était pas sans intérêt de connaître la proportion des habitans des départemens qui 
viennent attenter à leurs jours dans cette ville. Nous en avons fait un relevé, dont les 
résultats se rapprochent beaucoup de ceux des tableaux précédens. L'influence du 
voisinage de Paris y est encore plus sensible , comme on pouvait s'y attendre. 

Sur mille suicides de cette espèce, on trouve les nombres suivans pour les douze 
départemens qui paraissent en premier ordre, et ensuite pour chacune des cinq régions. 



KOHBBt DES SUICIDES COMMIS A PARIS. 



XI. 



PAR DES 1UDITANS DES DÉPARTEMENS. 


FAR DES HABIT. DE CHACUNE DES S RÉGIONS. 


N'eTori. 

Art mir. etl 
France (•). 


tmé. 


DÉFARTEMMt. 


Sur 
t.OOOiuie. 


N'd'crd. 

dea mir. en 

France. 


V 

d'ord. 


liÉPARTrHEirS. 


Sur 
1.000 auic. 


Ord dceRei. 

p. Ir.luic.com. 

en France. 


DÉPARTlMIlfS. 


Sur 
1.000 auic. 


2 
4 
II 
11 
26 
48 


1 
2 
3 

4 
5 
6 


-f-Seine-et-Oise. . 

Seine-et-Marne. 


109 
41 
39 
37 
33 
30 


3 
23 
22 

78 

40 

9 


7 

8 

9 

10 

II 

12 




29 
29 
28 
26 
24 
23 


E. 
C. 

. s. 
—0. 


4. Nord 


504 

210 

168 

65 

52 










— Sud 






1,000 



A l'exception de la transposition de la région de l'ouest, qui passe avant celle du 
sud, c'est le même ordre que pour les suicides commis dans l'intérieur du royaume. 
Le minimum tombe dans les régions du centre, de l'ouest et du sud, et celle du nord, 
dont le département de la Seine est cependant retranché, produit encore plus de la 
moitié des suicides. 

(a) Pl. vi. 






SUICIDES. 65 

L'agglomération de la population dans les grandes villes ne paraît pas contribuer 
à multiplier, ainsi qu'on le prétend , les morts volontaires. Elles sont plus fréquentes 
dans les départemens dont les principales villes sont: Langres, M eaux (7,000 habitans); 
Evreux (9,000) ; Mâcon (10,000) ; Blois (1 1,000); Auxerre, Châlons, Beauvais, Bar-le- 
Duc (12,000), et Chartres (i3,ooo), que dans les départemens où se trouvent les villes 
de Clermont, de Saint-Etienne (3o,ooo habitans), Montpellier (35,ooo), Caen (38,ooo), 
Metz (49,000) , Toulouse (53,ooo) , Nantes (71,000) et Bordeaux (93,000). 

En général, de quelque point de la France que l'on parte, le nombre des suicides 
s'accroît régulièrement à mesure que l'on s'avance vers la capitale. Cette progression 
est surtout frappante pour les départemens que traversent les routes de Paris à Lyon, 
à Strasbourg, à Nantes ou à Bordeaux. On en trouve successivement en partant de 
cette dernière ville : dans le département de la Charente , un sur 28,000 habitans ; 
dans celui de la Vienne, un sur 25,ooo; d'Indre-et-Loire, un sur 18,000 ; de Loir- 
et-Cher, un sur 1 4,000 ; du Loiret, un sur 10,000; puis enfin un sur 5,ooo dans le 
département de Seine-et-Oise , et un sur 3,ooo dans celui de la Seine. 

Ces six départemens dont les teintes deviennent de plus en plus obscures, selon 
qu'ils se rapprochent davantage du département de la Seine, présentent successi- 
vement les numéros ci-après : 4ii 34, 20, 18, 9 et 2. De Lyon à Paris, on trouve 
ensuite les numéros 35, 23, 8, 4 et 2. De Strasbourg à Paris, les numéros 28, 22, 
i4, 16, 6, 4 et 2. Enfin, de Nantes à Paris, on trouve, toujours avec la même pro- 
gression, les numéros 5o, 45, 19 et 2. 

Ainsi, quels que soient, dans chacun des départemens que l'on traverse, l'agglomé- 
ration de la population , l'état de l'instruction, du commerce et de l'industrie, la dis- 
tribution du clergé catholique, ou celles des divers attentats contre les personnes et 
contre les propriétés, on voit le nombre des suicides augmenter régulièrement et 
dans toutes les directions, à mesure que l'on s'approche de sa capitale; parmi les 
cartes que nous avons dressées, il n'en est aucune qui présente d'une manière plus 
remarquable, l'influence du voisinage de Paris. 

Dans quelques départemens du sud-est , le nombre des suicides devient de même 
plus considérable, à mesure que l'on s'approche de Marseille. Relativement au suicide, 
cette ville semblerait donc être à certains égards, pour la Provence et le Dauphiné, 
ce que la ville de Paris est pour le reste de la France. 

On pourrait croire que la rudesse des mœurs, la vivacité, la violence du caractère 
national qui, dans nos provinces du midi, produisent tant de rixes soudaines, et font 
commettre un si grand nombre d'attentats contre les personnes , doivent porter 
souvent à se donner la mort. Ce serait une erreur. En comparant la carte des suicides 
avec celle des crimes contre les personnes, on reconnaîtra, sauf quelques exceptions, 
particulièrement pour l'Alsace et la Provence, que les départemens où l'on attente le 
plus souvent à la vie des autres , sont précisément ceux où l'on attente le plus rare- 
ment à la sienne propre , et réciproquement. 

9 



66 SUICIDES. 

Parmi les causes qui portent l'homme à se donner la mort, on a signalé surtout la 
passion de la loterie. Dans le sein des chambres, on est allé même jusqu'à supposer une 
liaison entre le nombre des tirages eteelui des suicides ! Si l'on consulte le tableau xu (g), 
on reconnaîtra quil est beaucoup de départemens où le produit moyen des mises est 
fort élevé, bien que les suicides y soient cependant assez rares, et réciproquement. 
Nous pouvons assurer qu'à Paris du moins , il y en a fort peu qui soient dus à cette 
cause. Nous n'en sommes pas surpris. La passion de la loterie ne produit point de ces 
ruines soudaines et imprévues qui poussent aux résolutions désespérées : seulement 
elle épuise les ressources, elle accoutume à de pénibles privations, et, après avoir 
affaibli le caractère , elle réduit à vivre des secours de la charité publique. Les 
maisons de jeu, dont les inconvéniens attirent moins l'attention, paraissent avoir sous 
ce rapport des effets bien plus funestes. (1) 

Des relevés statistiques, faits avec critique et bonne foi, peuvent seuls éclairer sur 
le principe d'un pareil égarement de la raison (a). Ceux qui ont été publiés jusqu'ici 
sont insuflisans, parce que les causes les plus diverses y sont quelquefois confondues 
et réunies dans une même classe. Il est assez indifférent d'apprendre, en général et 
sans distinction, que le désordre des mœurs, les peines domestiques, la misère, 
les infirmités, le dégoût de la vie conduisent au désespoir et produisent le tiers ou 
le quart des morts volontaires, ce qui revient presque à dire qu'il y a des causes du 
suicide, mais on le soupçonne aisément, sans pour cela recourir à la statistique. Ce 
qu'il serait utile de connaître, ce serait la fréquence, le degré d'activité de chacune de 
ces causes, relativement à toutes les autres. Il faudrait savoir en outre, si leur in- 
fluence, une fois reconnue pour la masse des individus, ne varie pas ensuite considé- 
rablement selon l'âge, lie sexe , l'instruction , la fortune, la position sociale. 



(i) Parmi le» pnpiers do suicides, nous avons trouvé' souvent des cartes de m: isons de jeu. 

7i Pour juger de In confiance que méi ilcnt In plupart des opinions publiées sur le suicide et ses motifs, il suffit le 
plus souvent de les rapprocher, et de voir comment elles s'accordent «cnible. Nous en citerons seulement quel- 
ques-unes. 

Voltaire, qui vivait dans l'opulence , pensait que le suicide a pour causes ordinaires l'abus des jouissances de U 
vie , l'ennui , In passion de l'amour ou celle du jeu. ( Dict. philos, art, Caton.) 

Montesquieu préoccupé de ses idée:, sur l'influence du climat et de l'organisation, attribue le suicide à un défaut 
d'infiltration du suc nerveux. « La machine, dit-il, dont les forces motrices se trouvent a tout moment sans action, 
est lasse d'elle-même; l'âme ne sent point la douleur, mais une certaine difficulté de l'existence. (Esprit des Lois, 
L. IV, Ch. XII.) 

Un homme dont les écrits ont joui pendant quelque temps d'un grand succès, et qui ne voyait partout que réfor- 
mes à introduire dans l'administration publique, Mercier, dans son Tableau de Paris, découvre une cause toute dif- 
férente de celles-là. ■ Si depuis vingt-cinq mm, dit-il, on se tue tant à Paris, il n'en faut point accuser la philosophie 
moderne, c'est l'ouvrage du gouvernement. ( Tableau de Paris.) Tom. III, page 193, Amsterd. 178a. 

Si malgré leur génie, des hommes tels que Voltaire et Montesquieu n'ont pas deviné ce qui ne peut s'apprendre 
qu'en observant, et si, sur plusieurs points de statistique on leur rer>--;'.ie de graves erreurs, n'y aurait-'! pas à-la. 
fou trop d'ignorance et de présomption à nous flatter qu'aujourd'hui nous seront plus heureux ou plus habilfs , et 
que le travail de l'esprit pourra suppléer à l'observation. 



SUICIDES. 



67 



C'est dans les écrits laissés par les infortunés qui attentent à leurs jours, que se 
trouvent ordinairement indiqués les vrais motifs de leur détermination. 

L'analyse philosophique de ces écrits serait sans doute d'un grand intérêt pour les 
sciences morales , si elle pouvait être dégagée de toute opinion personnelle, de tout 
esprit de système. Nous avons pensé qu'il ne serait pas impossible de réduire à un 
certain nombre les idées qui s'y trouvent le plus souvent exprimées, de les représenter 
par des signes algorithmiques de convention, et de donner ensuite à chacune d'elles 
des valeurs numériques. Cette méthode, dont l'emploi demanderait sans doute 
beaucoup de temps et d'attention, aurait l'avantage d'introduire encore l'observation 
et le calcul dans l'étude de matières où d'abord ils ne semblaient pas applicables. On 
parviendrait de la sorte à connaître avec précision les sentimens propres à chaque 
sexe, à chaque Age, h chaque époque, ceux qui s'appellent, ceux qui paraissent au 
contraire s'exclure; on saurait suivant quelle proportion, à mesure qu'on avance en 
âge, tel ou tel ordre d'idées et de sentimens se développe ou s'affaiblit. 11 serait inutile 
d'observer que les résultats d'une pareille analyse ne présenteraient de certitude qu'au- 
tant que l'on aurait opéré sur un nombre d'écrits extrêmement considérable. 

Afin de montrer comment nous concevons que se ferait cette analyse, et ce qu'elle 
embrasserait, nous donnerons ici, pour la ville de Paris, et d'après une centaine de 
lettres seulement, le tableau des sentimens, des idées, des opinions exprimés le 
plus souvent par les suicidés. Ce tableau ne comprend point, en général , l'aveu des 
motifs qui seront exposés ailleurs. Les divers sentimens, qui ne sont point encore 
accompagnés de signes numériques, y sont classés, non d'après leur fréquence rela- 
tive, mais, à-peu-près, suivant l'ordre dans lequel ils se présentent. 

SENTIMENS F.XPR1MÏS DAMS LES ÉCRITS DES SUICIDÉS. 

{Ville de Paris.) 



Qu'ils jouissent de leur raison. 

Qu'on peut se délivrer de la vie quand elle devient un 

fardeau. 
Qu'ils ne se déterminent qu'après de longues hésitations. 
Angoisses de leur esprit. 
Que leurs idées se troublent. 

Horreur que leur inspire l'action qu'ils vont commettre. 
Préoccupation des souffrances qu'ils vont endurer. 
Crainte de manquer de courage. 
Aveu d'un crime secret. 
Regret d'avoir cédé à la séduction. 
Prière qu'on leur pardonne leurs fautes. 
Désir d'expier une faute. 
Qu'ils sont désormais inutiles sur la terre. 
Dégoût de la vie. 

Injures n un personnes dont ils croient avoirà seplaindre . 
Paroles. bienveillantes aux personnes dont, etc. 



Prière de ne pas donner de publicité à leur suicide. 

Invitation de publier leurs lettres dans les journaux. 

Réflexions sur la misère des destinées humaines. 

Croyance au fatalisme. 

Indifférence sur ce qu'on pensera de leur action. 

Prière ù leurs fds pour en obtenir le pardon de leur 
suicide. 

Qu'ils meurent hommes d'honneur. 

Regrets de ne pouvoir témoigner leur reconnaissance 
à leur.» bienfaiteurs. 

Tableau des espérances qu'ils voient s'évanouir. 

Regrets de la vie. 

'•rière à leurs amis de donner des larmes à leur mé- 
moire. 

Regrets de se séparer pour toujours d'un frère, etc. 

Prière de cacher le genre de leur mort à leurs enfans. 

Sollicitude pour l'avenir de leurs enfans. 

9. 



68 



SUICIDES. 



Adieux à leurs amis. 

Désir de recevoir les prières de l'église, (i) 

Insulte aux ministres du culte. 

Croyance à une vie future. 

Pensées de débauche et de libertinage. 

Matérialisme. 

Incertitude sur leur destinée future. 

Recommandation de leur âme à Dieu. 

Confiance dans la miséricorde divine. 

Instructions pour leurs funérailles. 



Prière à leurs amis de conserver une boucle de che- 
veux, une bague, etc., en mémoire d'eux. 

Désir d'être inhumé avec une bague ou un autre sou- 
venir. 

Recommandation à leurs amis sur la manière de les en- 
sevelir. 

Qu'ils appréhendent d'être exposés à la morgue. 

Réflexions sur ce que bientôt va devenir leur cadavre. 

Désir d'être porté directement au cimetière. 

Prière de les inhumer dans la terre des pauvres. 



/ 



Rien de plus arbitraire, de plus libre, en apparence, que le choix des moyens à 
l'aide desquels on se donne la mort. Cependant ce choix est influencé à notre insu 
par l'âge, le sexe, la condition sociale, et une multitude d'autres circonstances sou- 
vent très difficiles à apprécier. Il n'y a pas ici plus de hasard que pour ce qui se 
rapporte à la distribution des crimes ou des autres faits de statistique, et pour peu 
que les observations soient nombreuses, quelques élémens bien connus peuvent servir 
à déterminer une partie des autres. Nous allons en citer un exemple remarquable, 
et c'est par là que nous terminerons. 

A chaque âge, l'homme fait choix de moyens particuliers pour se donner la mort. 
Dans la jeunesse, il a recours à la suspension, que bientôt il abandonne pour les 
armes à feu; ta mesure que sa vigueur s'affaiblit il revient aux premiers moyens, 
et c'est ordinairement par la suspension que périt le vieillard qui met fin à son 
existence. 

Les courbes II et I de la planche VII (Résultats divers), présentent ce résultat d'une 
manière très sensible pour les suicides commis dans la ville de Paris. 

La hauteur de chaque colonne des deux courbes H et I, exprime le nombre 
d'hommes, de l'Age indiqué à la base, qui se sont suicidés par le pistolet ou par la sus- 
pension. Les chiffres placés au-dessous font connaître, comme dans chacune des sept 
autres courbes de cette planche, le rapport de ces nombres avec le nombre total 
des observations ramené à 1,000. 

La courbe formée par le sommet des colonnes de la courbe II (suicides par le 
pistolet) atteint son maximum à l'âge de vingt à trente ans, et décroît ensuite assez 
régulièrement jusqu'à la fin de la vie. 

La seconde courbe 1 (suicides par suspension) qui est presque l'inverse de la 
première, s'élève au contraire progressivement, et n'atteint son maximum qu'à l'âge 



(1) Cette manifestation de sentimens religieux à l'instant même où l'on va commettre une action que la religion 
condamne comme un crime, surprendra sans doute, et paraîtra difficile à expliquer. Quoi qu'il en soit, de pareilles 
contradictions ne sont pas aussi rares qu'on pourrait le penser. Plusieurs suicides se signent avant de se donner la 
mort, d'autres se mettent à genoux et font leurs prières, enfin il en est sur lesquels on trouve des chapelets et des 
livres de dévotion. 



SUICIDES. 69 

de cinquante à soixante ans, bien qu'alors la population soit beaucoup affaiblie. 
Elle s'abaisse après si lentement, qu'elle indique encore plus de suicides pour l'âge 
de soixante-dix à quatre-vingts ans, qu'il n'y en a pour celui de trente à quarante. 

Lorsque le nombre des observations est considérable, ces diverses proportions se 
reproduisent constamment. 



Les résultats que présente cet ouvrage sont trop variés et se rapportent à des ques- 
tions trop complexes pour qu'il soit possible de les résumer avec exactitude, et de 
les ramener à un petit nombre de propositions. Une des conséquences les plus gé- 
nérales qu'on en puisse tirer, c'est qu'ils concourent tous à prouver que la plupart des 
faits de l'ordre moral, considérés dans les masses, et non dans les individus, sont 
déterminés par des causes régulières, dont les variations sont renfermées dans d'étroites 
limites, et qu'ils peuvent être soumis, comme ceux de l'ordre matériel, à l'observation 
directe et numérique. Une autre conséquence à laquelle ils conduisent également, c'est 
que, dans d'importantes questions de philosophie et d'économie civile, des systèmes 
admis jusqu'ici sans contradiction, ne reposent le plus souvent que sur des faits 
inexacts, incomplets ou évidemment erronés. 

Ces premiers essais mènent donc rarement à l'application immédiate, ils détruisent 
l'erreur bien plus qu'ils n'établissent la vérité, et leur utilité consiste moins à élever 
des théories qu'à répandre l'esprit de doute et d'examen. Ils sont d'ailleurs trop impar- 
faits pour donner une idée de l'immense développement que pourraient admettre par 
la suite des recherches du même ordre. 

La Statistique morale (i), ayant pour objet l'homme intellectuel, elle étudie ses 
facultés, ses mœurs, ses sentimens, ses passions; elle embrasse ainsi à-la-fois dans son 
ensemble, In philosophie morale, la politique, le culte, la législation, l'histoire, 
la littérature et les arts. Ses progrès futurs sont liés à ceux de la statistique maté- 
rielle qui lui fournit des bases, des moyens de contrôle, et qui, nécessairement, 
a dû la précéder. 



(i) La Statistique générale , que l'on a confondue long-temps avec la géographie, exclut les descriptions, et con- 
siste essentiellement dans l'cnumération méthodique dVh'mcns variables dont elle détermine la moyenne. 



FIN. 



533357A 



APPENDICE. 



I 



NUMÉRO D ORDRE DU CHAQUE DÉl'Alt'l E.MEXT , POUR DIVERS RESULTATS DE STATISTIQUE MORALE. 



\l. 



OKI , ARTl!ME.\S(«). 



Ain 

Aisne 

Allier 

— Alpes (liasses). . , 
— Alpes (Hautes). . 
— Arilèchc 

Antennes , 

— Arjcge. 



Aul>e. jK. 

Aude S. 

Avcyroii S. 



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Seine-et-Marne. ■ . . N. 

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Richesse,— Quotité de In contribution personn. et mobil. par babitunt {Proposition tic fois pour la fixation des rfryi. et îles recettes de 1821. État C 
et E, n°2. — C'ait n ■ par M.f'illot. — Hall, univ. l'P scct. t janv. i8aÔ} ( — Maxim. Ffuril et lud-tiveit. — Minim. Centre, Lorraine et Dauphinê? 

Commfhce et INDI strie. — Rapport du uombre des patentables avec 1» population. — tS3o. — ( Rapport an roi sur l'administration 
des finances , par M. de Chabrol. Tableaux et documens statistiques, état X. ( Maxim, nord-est. — Mintm. centre, Bretagne, sud-est. 
— Coïncidence avec la distribution de l'instruction ( Pi., ut). 

Distribution nu clergé. — Rapport du nombre des prêtres catholiques en activité de service, arec la population. — ( Almanaeh offi- 
ciel du clergé, 189.9.) AftJfù». Corse, sud-est et Normandie. — Miuim. Flandre, Picardie, centre et ouest? — Coïncidence avec les 
crimes contre les personnes, et avec les douations aux pauvres (Pi.. 1 et v ). 

Crimes contre les ascendans. — Rapp. du nombre des cr. contre les a*rcnd., avec celui des ci*, contre les personnes. — Moyenne des 6 
années i8a5 — ifi'lo. — {Compte gén. de t'administr. de la justice crimin.). Maxim. .Nord-est et ouest ? — Minim. Centre, sud et Corse. 

Infanticide. — Rapport des infanticides avec la population. — Moyenne des 6 année» 182;* — i83o. — ( Compte général de l'administra- 
tion de la justice criminelle.) Maxim. Corse et centre. — Minim. .Nord , est , Auvergne ? 

Donations au clergé. — Rapp. du nombre des legs et des donations aux établisse meus rclig. avec la population. — Mor. des :o année» 
i8(5 — «8a£. — {Bull. de*, lois , ordonn. tt autorisation^ Maxim. Nord-est, Anjou , Urctagne et Aormandie — Minim. Centre et sud -est. 

Loterie. — Happort du produit des mises à la loterie royale, avec la population. — Moyenne des 7 années 1822—1828. — {Comptes 
rendus par le ministre des finances. — Dèveloppcmens par départemens et par produits , sur les contributions et les revenus publics). Maxim. 
Nord-est et départemens où se trouvent de grnude» vdles ? — Minim. Ceutrc. 

Désertion . — Rapp. du nomb. des j. soldats prévenus de désertion, avec In force du contingent, moins le déficit produit par l'insuffisance des 
ressources cantonales.— Moy. tics 3 années 1 825- 1 Ha 1 ],— Compte du ministre de la guerrv, 1 8if), état P.) Maxim t Ceutrc et sud-ouest. — Minim. 
.lord- cit.— Cuïucid.du maxim. avec ia minim. des cr.c. Ici pcrs.ct les propr. (Pl. lot II) etiiunumm. avec le maxitn. de l'iustr. (Pl. tu). 



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R»rPOBT A l'aCIDÉMIK DES SCIENCES cio 

Introduction | 

Statistique criminelle. — Considérations générales • . . 5 

Nature et nombre des crimes commis en France chaque année , classés 

par ordre de fréquence 14 

Influence du sexe. — Rapport des crimes entre eux, avec distinction 

du sexe des accusés , lit 

Rapport du sexe des accusés pour cliaque crime 20 

Distribution des crimes aux différens âges, par série de dix années. ... 23 

Crimes propres à chaque âge, pour les deux périodes extrêmes 27 

Influence des saisons 20 

Motifs des crimes capitaux , id. 

Ordre des motifs appareils, des crimes d'empoisonnement, de meurtre 

d'assassinat et d'incendie , classés par fréquence 31 

Ordre des motifs apparens avec distinction des crimes id. 

Ordre des crimes d'empoisonnement , de meurtre , d'assassinat et d'in- 
cendie, classés d'après leurs motifs apparens 32 

Crimes d'empoisonnement , de meurtre et d'assassinat commis par suite 

d'adultéré. — Tableau de développement 34 

Crimes d'empoisonnement , de meurtre et d'assassinat commis par suite 

de débauche et de concubinage. — Tableau de développement 36 

Crimes contre les personnes. — Distribution géographique 38 

Crimes contre les propriétés 42 

Instruction 45 

Enfans naturels 52 

Donations et legs 56 

Donat ions aux pauvres 57 

Donations aux établissemens religieux 58 

Donations aux écoles 60 

Suicides 01 

Appendice. — Richesse , commerce et industrie. — Distribution du 
clergé catholique. — Crimes contre les ascendans. — Infanticides. — 

Donations an clergé. — Loterie. — Désertion 70 



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STATISTIQUE COMPAREE 

DE L'ÉTAT DE L'INSTRUCTION ET DU NOMBRE DES CRIMES 

T>AWI t£» DIVERS ARRONDISSEMEÎCS DES COURS ROYALES ET DES ACADEMIES TJmVERSITeURES DE 

FRANCE; 



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/ De la Fréquence du Pouls chez les aliénés, 

ttoKSIDXRBK .DANS SES RAPPORTS AVEC LA TEMPERATURE ATMOSPHÉRIQUE, LES PHASES .'SE li LMF, 

,„ l'âge, ETC. 

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' •''; 1 vol. nt-8'. — paris, i83a, uiraimi nt cnocau»». 



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Sur la Statistique de l'homme physique et moral. 

Loi» de li population. — Fécondité. — Dis.riliulion de la population par scie» et par âge». — Vie moj-tnDe. — Vie probable. — Tontine» , 
^^iutitmi'w la rie. — Sociétés de aecours mutuels. — Mortalité. 

Développement physique. — Taille Poids. — Forces. — Statistique médicale. — Consommations. 

Statistique monde. — Développement intellectuel.— Instruction. — Aptitude à l'étude des sciences, des lettres et des arts. — Aliénation. — 
Kaistances illégitimes. — Crimes. — Suicides. 

.," '■■' I VOL. Ilt-8 . . , ', • , 

faba, ». guxbxly. 
Sur les dimensions du crâne de l'homme sain, de l'aliéné et du criminel, . 

D'après lira observations faites dans les hospices Je Charenton, de Bicétre, de la Salpétrière et dans divers 

ctablissemens publics de la capitale. 

. l'iVOI.. IM-8* AVEC PLAJICBsU GHAVÉBS. 

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LES FOUS, Essai psychologique et moral, par F. Lkceet. 



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UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 



HV Guerry, André Michel 
6966 Essai sur la statistique 

G8 morale de la France 
1833a